Providence
1977

La villa Providence, la nuit, son parc, le seuil de la maison, un rai de lumière dans la chambre éclairée. Un vieil homme, dont on ne voit que le bras, s'en veut de laisser tomber son verre de vin. Un hélicoptère survole une cathédrale. Des militaires tirent dans les fourrés où un vieil homme hirsute se cache. L'hélicoptère survole la ville où des rafales se font entendre. Brève intervention de Claud qui demande si tous s'accordent sur les faits. Le vieil homme hirsute est épuisé. Claude plaide. Le vieillard fuit, terrorisé, devant une patrouille et Woodford s'approche, compatissant, du vieillard. Claud reproche à Woodford d'avoir tué bien trop précipitamment le vieillard pour abréger ses souffrances sans même attendre un médecin. Woodford justifie son acte pas seulement par la blessure mais aussi par la transformation en bête du vieillard. "La transformation en loup-garou justifiait-elle la solution finale ?" ironise, méprisant, Claud. Bref retour au vieillard hirsute agonisant. Dans le public, Sonia supporte de plus en plus mal la brutalité méprisante de son mari. Woodford reproche aussi à l'avocat son mépris. Claud se dit certain du jugement des jurés. Retour à la rafale mortelle de Woodford sur le vieillard hirsute.

Le vieil homme se ressert un verre de vin. A la sortie du tribunal, un homme demande à Sonia pourquoi elle a épousé son fils. C'est la voix de Clive, off, qui se demande comment réécrire cela en si peu de temps. Il est perturbé par Eddington qui descend les escaliers. Il le condamne à devenir l'ami de Claude. Et Eddington défend Claud face à Sonia qui l'accuse de fureur glaciale. Sonia invite Eddington à déjeuner.

L'écrivain voudrait rester avec Sonia et pas avec Eddington, le médecin de famille qu'il déteste. Sonia est intriguée par Woodford. Eddington, à l'hôpital, procède à l'autopsie d'un cadavre. Clive se souvient de Cap Ferrat autrefois, de sa femme Molly. Il aimait le vin. Aujourd'hui, c'est Claud, "le mannequin empaillé", qui en boit. Molly aimait rire. Retour au cadavre dépecé par Eddington que Clive tente de chasser. Claud est dans un restaurant où Mark Eddington l'a rejoint selon l'invitation de Sonia qui est en retard. Elle arrive avec Kevin Woodford comme invité. Claud refuse de déjeuner avec lui et s'en va.

Les arbres la nuit, et puis des militaires qui encadrent de nombreuses personnes arrêtées qui sont parquées dans un stade de football, symbole d'angoisse trop vu dit Clive. La nuit, près de la rivière, se dressent quatre colonnes.

Sonia et Kevin ensemble devant la villa de Claud. Clive fait s'offrir Sonia mais Kevin l'éconduit. Le tyranneau judiciaire est dans son cabinet dictant une lettre odieuse à son père agonisant. S'il ne sait pas mourir au moins a-t-il biens su vivre se réconforte Clive, il se souvient de sa maîtresse, sortie d'avion. Helen Wiener sera celle de Claude, journaliste intellectuelle. Retour à Clive que l'on voit pour la première fois. Il boit sans plaisir le vin. Retour à Kevin avec son verre devant Sonia. Il ne parle que des astronautes et du cosmos ce qui n'intéresse ni Sonia, ni Clive… qui a fini sa bouteille et qui souffre sous les coups de la maladie. Il envisage de faire rentrer Claud à son domicile. Déplacé ? Et puis non, il leur balance Claud. Apres trois gros plans sur le téléphone, celui-ci se met à sonner. C'est Helen qu'il va voir.

Des militaires et camions défilent, inquiétants dans la rue. Un cadavre est jeté dans la tamise. Claud est arrêté au feu rouge. Un vieillard s'écroule sur le passage piéton. Une masse détruit une maison. Clive est réveillé par la douleur "Que la science apaise ce rectum en détresse" et prend un suppositoire

Claud redémarre et conduit dans une rue où dominent les belles maisons. Devant l'immeuble en forme de rotonde d'Helen, un vieillard loup-garou est emmené en ambulance. Claud entre dans l'immeuble mais, quand la porte s'ouvre, c'est Kevin Woodford qui entre. Clive le chasse. Du coup, c'est Helen qui entre par la porte de la salle de bain. Elle descend un long escalier pour ouvrir à Claud. Clive fait penser à Claud qu'elle ressemble à sa mère faisant confiance à son inconscient. Helen lui dit qu'elle va mourir. Il dit qu'il veut tuer Kevin dont le frère, Dave est un footballeur célèbre. Helen dit qu'elle en a pour six mois, Claud lui dit cyniquement d'en profiter ; surgit le footballeur dans la chambre qui vient se doucher à la grande exaspération de Clive.

"Reprenons ça ailleurs" dit l'écrivain qui se transporte à l'hôtel Monat. Claud parle de sa situation conjugale, saisit le visage d'Helen et constate qu'il ne ressent rien … ce qui fait rire Clive qui se lève et casse ses lunettes buvant une nouvelle bouteille.

Sonia et Claud se disputent au sujet de la conduite à tenir envers Clive. Ni fils ni mari, geôlier, ça te tient lieu d'instinct. Un corps est traîné par des militaires sur le terrain de football alors que Clive pleure, off. Claud dans la salle du tribunal avec des livres en face de lui demande à son père de cesser de pleurnicher, qu'il admire ses livres mais voudrait être débarrassé de lui. Claud continue sa plaidoirie dehors. Ça s'améliore constate l'écrivain qui se lève à la recherche de fois gras et de champagne mais s'écroule de douleur, s'adresse à Molly et sent la mort approcher.

Kevin tend une banderole entre les colonnes du tribunal face à des soldats indifférents : " on devrait permettre aux gens d'avoir la mort de leur choix "

"Reprenons cette scène", déclare, off, Clive alors que Claud et Sonia se disputent à nouveau dans la cuisine au sujet d'Helen cette fois. Père l'a tué déclare Claud parlant de Molly torturée par Clive à Cap Ferrat, l'alcool le rendait lubrique. Le footballeur court toujours. Sonia se reproche de s'être laissé épouser à dix sept ans. On sonne, c'est Kevin, blessé à la tète que Claud rejoint par de longs couloirs. La nuit, les militaires poursuivent un vieillard qui s'échappe du stade. Clive s'effraie de voir Molly qui a les traits d'Helen. Sur la terrasse de l'hôtel, Helen s'inquiète de sa ressemblance avec la mère de Claud. Chez Claud Sonia soigne Kevin qui parle d cosmos. A l'hôtel, Helen sert des crevettes et Claud boit du vin. Helen se dit contente de n'avoir pas été colonisée comme sa femme. Kevin se lave le visage sous le regard de Sonia. Claud dit que la ville est en feu… En rentrant chez lui et y trouvant Kevin set sa femme. Ils se disputent. Claud sort et se retrouve sur sa terrasse devant la mer. Dave, en tenue de footballeur, frappe un punching ball. Claud parle chorégraphie du football. Dave le frappe.

Clive n'est pas satisfait et ses veines le font atrocement souffrir. Helen appelle-t-il puis Molly en la voyant et se croyant emmené dans le stade la nuit. Claud emmène Kevin dans une agence de voyage tenue par Miss Boon pour s'en débarrasser avant qu'il ne le tue. Clive défèque dans la douleur, une fiole de whisky à ses pieds. Claud emmène Kevin chez le tailleur, M. Jenner. Lorsque Claud affirme qu'il aurait préféré, aux chemises commandées par son père, un linceul, Clive tire la chasse. Sonia marche dans la lumière du petit matin. Clive se réjouit, off, de sa rencontre avec Kevin qui admire ses gants en lui disant que Molly avait les mêmes. Il nie ensuite avoir parlé de Molly. Sonia rappelle que Molly, la mère de Claud, s'est suicidée se sachant condamnée. Kevin a une érection ; Claud s'en afflige. Claud prépare les haricots chez lui, se dispute avec Sonia sur la façon de mastiquer de Kevin. Elle lui répond qu'elle aime sa façon de forniquer... ce qui fait rire Clive que l'on voit ensuite continuer de rire dans son lit avant que l'angoisse de la nuit ne l'étreigne. Chez Claud qui pérore, Sonia, puis Kevin qui accueille Helen, la dame condamnée. Helen est sévère pour Claud, des bombes explosent. Soudain la maison est pleine d'invités

C'est le petit matin sur Providence. Clive regarde le portrait de Molly à son chevet, se désole des deux bouteilles vides autant que de l'accusation de la mort de Molly porté par Claud. Claud remarque que sa secrétaire, Mlle Lister, est outrée de ses propos envers son père. Elle affirme avoir été plusieurs fois la maîtresse de son père, je peux parfois me taper un génie dit-elle en claquant la porte pendant que Clive s'en amuse en se levant du lit. C'est toujours la nuit ; Clive se souvient d'un dîner où Claud avait quinze ans, lui gris, et Molly triste. Claud avait dit que le propre de son âge était de vouloir un code moral aussi droit que les mathématiques.

Sur la terrasse d'Helen, Kevin est venu discuter. Helen se transforme en Molly hurlant sa rage d'avoir été méprisé lors d'un congrès de dix jours à Vienne. Depuis elle haïssait Claud comme elle craignait Clive. Retire-toi de mes pensées implore Clive devant sa porte-fenêtre dont il tire les rideaux en songeant que le suicide de Molly était une vengeance. Wooders se retrouve au stand de tir de Claud sans savoir pourquoi. Il joue le rôle de Claud demandant des comptes à son père... qui s'extirpe de son lit. Sonia dit sa haine de son mari qui l'épousa à dix sept ans là dans la cabane sous la pluie, écoutée par Kevin. A la fin tout vous échappe, le corps la mémoire témoin de l'exécution des autres se plaint Clive devant le stade vide puis jonché de morts. Clive pleure dans son lit. Sous une pierre, des vers de terre.

Kevin poursuivi par Claude avec un pistolet devant le tribunal ; puis dans le restaurant du début. Sonia lui présente à nouveau Kevin. Il ne va pas bien perturbé depuis son enfance sans doute mais on ne peut pas passer sa vie à tout lui mettre sur le dos ; Il cherche un code moral. Claude grimpe en haut du restaurant, toujours armé et découvre la terrasse devant la mer où Sonia repose dans un hamac. Il s'en retourne mais est dorénavant sur la terrasse de Helen. Il va la laisser tomber. La crise conjugale voulue par le père n'aura pas lieu." Mort pas de problème stop, mon fils mutilé du cœur stop, set et game to father". Claud poursuit Kevin dans le bois, celui-ci se transforme en loup-garou. Kevin-Clive avoue avoir toujours aimé son fils à sa façon. Sonia arrive, Claud tire. Les militaires accourent et entraînent Claud et Sonia dans le camp du stade. Kevin loup-garou est mis par les soldats dans une poubelle.

Clive dans son fauteuil avec son chien devant son immense parc, on prépare la table de son anniversaire. Assailli par l'image du corps de la morgue dépecée. Son serviteur raconte qu'il l'a trouvé allongé dans la salle de bain et l'a habillé et porté dehors. La voiture de Claud se fait entendre ; Clive regarde le portait de Molly et est assailli par l'image de son suicide dans la salle de bain. Claude et Sonia arrivent, très amoureux, et fidèles après des années de mariage.


Le cadeau de Sonia est un couteau semblable à celui d'Hemingway, celui de Claud, un roman, cadeau maladroit pour Clive. Arrivée de Kevin, le seul fils hors mariage reconnu par Clive, chercheur en astrophysique. Clive a 78 ans Molly en aurait eut 71. Claud affirme à son père ne pas avoir souffert par lui son code moral acceptait l'incompréhensible et sa mère est morte de part son cancer. Un bourgeois c'est quelqu'un qui refuse les nouvelles idéologies. Non un bourgeois c'est quelqu'un pour qui les nouvelles idéologies signifient la mort de ses valeurs. Comme lui ; ses valeurs l'honnêteté, le scrupule, le discernement, la sollicitude, la tendresse, l'horreur de la violence, de toute terreur organisée. "Rien n'est écrit d'avance" est le dernier toast" levé par Clive qui, souffrant, demande à ses enfants de partir mainteant, imémdiatement sans au reveoir ni embrassades. ce qu'ils font tosu els troisen jetant un dernier regard sur Clive, stoïque dans sa douleur physique et morale.

Dans ses courts-métrages, Van Gogh (1948), Paul Gauguin (1950) et Guernica (1950), Alain Resnais avait filmé la peinture. Dès son premier long métrage, il collabore avec des écrivains. Marguerite Duras écrit le scenario d'Hiroshima mon amour (1959), Alain Robbe-Grillet celui de L'année dernière à Marienbad (1961) et George Semprun ceux de La guerre est finie (1966) et de Stavisky (1974). Providence (1977) est cependant la première fois où Resnais met en scène un écrivain de fiction au travail.

L'histoire se passe dans l'imagination de Clive Langham, un écrivain célèbre, au cours d'une nuit solitaire dans Providence, sa riche villa, la veille de son anniversaire. Le narrateur souffre et boit pour oublier la douleur. Il se débat pour concevoir sa dernière œuvre, un roman dans lequel il explore des aspects de lui-même. En même temps, il est submergé de cauchemars : au cours d'un coup d'état, de nombreuses personnes arrêtées sont parquées dans un stade de football. Petit à petit les personnages qu'imagine Clive sont happés par son cauchemar, le rêve et le roman se fondent, ainsi que les rapports entre les personnages, en particulier ceux de Clive avec Claud, son fils et Sonia, la femme de celui-ci.

Le film est une métaphore de la création et de la désintégration, la création d'un roman à partir de souvenirs autobiographiques douloureux, la désintégration d'une cité imaginaire peu à peu envahie par la végétation, les arbres, rongé aux vers, envahie par les soldats et graduellement détruite par les explosions, pendant que les hommes retournent à l'état de nature. Si le film explore le processus de la création littéraire, il est aussi comme tout un grand film de Resnais un film d'architecte où les lieux filmés sont révélateurs des états d'âme des personnages.

Providence : un nom, une terrasse, une ville, un auteur, une villa

Le film débute sur un travelling à partir du nom de la villa de Clive pour arriver, après un passage à travers le parc de nuit, au seuil de la maison où Clive écrit. C'est ainsi le nom de la villa qui donne son titre au film. Pourquoi ce nom alors que la providence ne joue aucun rôle dans le film ?

Dans le script, Resnais a précisé que l'une des nombreuses terrasses du film est située à Providence vile des Etats-Unis dont on voit effectivement une photographie agrandie comme toile de fond lors d'une séquence de dialogue entre Helen et Kevin. Il ne s'agit pas d'une photographie contemporaine de la ville mais bien plutôt de la ville telle que l'a connu son citoyen le plus célèbre, H. P. Lovecraft (1890-1937) qui y est né et y a travaillé allant même jusqu'à écrire "I am Providence ".

Clive est atteint de la même douloureuse maladie qui tua Lovecraft, un cancer du colon et apprécie vraisemblablement les visions fantastiques de l'écrivain américain. Mais Resnais ne s'en tient pas à simple parallèle entre un écrivain de fiction et un écrivain réel. Il mobilise des processus de glissement-déplacement de sens qui sont à l'œuvre dans l'ensemble du film : sous l'apparence des noms, des fictions inventées, se cache une réalité lourde, complexe et oppressante qui réapparait sous différentes formes.

La villa Providence finit par monter son vrai visage aux trois quarts du film, au petit matin alors que Clive achève son roman qui, on l'apprendra plus tard, travestit grandement la réalité pour devenir œuvre d'art. Cette villa de Providence, lieu d'écriture, est à l'image de l'écrivain, magnifique et pleine de recoins sombres. Filmée en légère contreplongée, dans la splendeur du petit matin, elle s'oppose à la maison moderne de Claud, aux terrasses ouvertes aux phantasmes ainsi qu'au stade oppressant. Elle symbolise l'effort de construction du romancier.

Les perturbations de l'inconscient

Montrer des images qui ne sont pas l'enregistrement de la réalité mais une vision fantasmée est courant pour des scènes de rêves (celui décoré par Dali dans La maison du docteur Edwards de Hitchcock par exemple) ou de phantasmes. Dans Belle de jour, Bunuel entremêle aussi rêve et réalité sans que l'on sache toujours discerner ce qui relève de l'un et l'autre statut. Dans Providence toutefois les scènes rêvées sont construites avec effort. L'originalité de ce film est de mettre en scène la difficulté même à construire les séquences de création.

Pas moins de seize retours à la villa de Providence seront nécessaires pour amorcer soixante-et-une séquences de création au sein d'un puzzle qui, scène initiale comprise, comporte ainsi soixante-dix huit séquences dans ses quatre-vingt première minutes de film. Les trois dernières ont le statut spécial de révéler la réalité des rapports entre les personnages. Resnais se montre là, comme à son habitude, virtuose en matière de montage raccordant chaque séquence sur un mot, une position ou un objet. Tout aussi virtuoses, les éléments de l'inconscient qui perturbent la construction consciente de l'écrivain. Dans Belle de jour, Bunuel faisait entendre le grelot de la calèche comme signe de début de fantasme. Resnais va multiplier ces signes et leur donner une présence tour à tour inquiétante, élégante et humoristique.

Le premier leitmotiv visuel qui vient, tel un parasite, contaminer la construction du romancier pour le faire retourner à son état d'homme souffrant dans sa villa est l'image du corps du vieillard à la morgue, que Clive voudrait chasser de son esprit . Y feront aussi écho le vieillard qui s'écroule sur le passage piéton, la maison détruite à la masse. Le footballeur est le second leitmotiv visuel. Kevin a incidemment mentionné avoir un frère célèbre qui pratique ce sport et celui-ci interviendra cinq fois inopinément dans le champ. Le leitmotiv le plus prégnant est le verre de vin blanc qui occupe pas moins de vingt-quatre séquences sur les soixante-et-une de création. Il est omniprésent dès que Claud est là, marquant contre la volonté consciente du romancier, sa proximité avec son fils puisque lui-même se saoule au vin blanc dans sa nuit de douleur.

Brouillard esthétisant ?

L'accueil critique fait à Providence fut particulièrement enthousiaste. Seule fausse note l'avis de Freddy Buache, directeur de la cinémathèque Suisse. Dans La tribune de Lausanne du 17 avril 1977, il pointe le fait que le joli "brouillard esthétisant" (titre de l'article) de la construction masque mal sa psychologie trop conventionnelle :

"La critique parisienne y a vu le chef-d'œuvre du cinéaste et cet enthousiasme unanime laisse perplexe puisque Resnais, curieusement, abandonne là ce qui fit, à juste titre sa renommée. Providence, malgré la maitrise technique, le jeu, le brio quasi chorégraphique de la réorganisation kaléidoscopique des phantasmes à l'intérieur d'un climat social de terreur, me semble être son moins bon film parce que le désordre du récit n'est qu'un brouillage esthétisant qui tente vainement de conférer de la profondeur à une psychologie banalement conventionnelle ".

Resnais avait peut-être anticipé cette remarque en faisant dire à Clive : "On dit que mes recherches de style entraînent un certain manque de sensibilité. Je dirais le style, c'est l'émotion sous sa forme la plus dépouillée".


Psychologie et mémoire collective

La psychologie est-elle aussi banale ? En fait, au cœur du film, il y a le suicide de la femme de Clive Langham : en a-t-il été en quelque sorte responsable ? Pourquoi le suicide de celle-ci apparait-il en fin de film, non comme une scène de roman, mais comme un flash-back classique ? Puisque Helen, Claud et Kevin sont les transpositions de sa femme et de ses deux fils, n'est-ce pas finalement Claud, le mieux traité ? Helen comme Molly est une femme condamnée, éternellement réduite aux seconds rôles et Kevin n'est qu'un doux rêveur aux paroles creuse. Clive, stoïque dans la douleur due à la maladie et à la création n'a qu'un alter ego dans le roman : Claud. De plus, on l'apprendra à la fin, Claud a réussit sa vie en opposition aux valeurs de son père.

La construction d'une œuvre romanesque ne se base pas seulement sur la psychologie, aussi complexe soit-elle. Elle est aussi sensible à la mémoire collective, grand thème omniprésent chez Alain Resnais. Ce ne sont plus les souvenirs de l'épuration de 45 en France ou d'Hiroshima, ceux de la guerre d'Espagne ou de l'affaire Stavisky mais le coup d'Etat chilien, grand traumatisme des années 70, qui imprègne le film d'une atmosphère de terreur.

Les images d'une armée menaçante en début de film puis du stade (avec buts de football) où sont enfermés et tués des prisonniers font directement référence à la dictature d'Augusto Pinochet après le coup d'État du 11 septembre. Du 11 au 30 septembre des dizaines de milliers d'opposants politiques sont enfermés dans le stade national et le stade Chili, temporairement transformés en d'immenses prisons, où les prisonniers sont torturés et plusieurs centaines exécutés sommairement. 130 000 personnes seront arrêtées en trois ans et les exactions se poursuivront durant toute la durée de la dictature.

Jean-luc Lacuve le 22/12/2010 pour Ciné-lycée

  0'00 générique      
1 2'00 La villa providence vin blanc Villa providence Clive
2 3'30 Cathédrale   Cathdrale  
3 3'45 Forêt   Forêt Vieillard
4 4'35 Palais de justice   Palais de justice Claud
5 4'55 Forêt   Forêt Vieillard
6 5'10 Claud plaide   Palais de justice Claud
7 5'20 Forêt   Forêt Kevin
8 5'35 Claud plaide   Palais de justice Claud,Kevin, Sonia
9 7'10 Forêt   Fôret  
10 7'20 Claud plaide   Palais de justice Claud,Kevin, Sonia
11 8'25 Rafale   Forêt Kevin
12 8'40 Claud plaide   Palais de justice Claud,Kevin, Sonia
13 9'25 La villa providence vin blanc Villa providence Clive
14 9'30 sortie du palais cadavre Palais de justice Sonia-Medecin
15 11'50 souvenirs cap Ferrat vin blanc-crevettes roses parc Clive-claud
16 12'35 souvniers cap ferrat cadavre parc Clive
17 12'50 Restaurant vin blanc Restaurant Claud, medecin, Kevin, Sonia
18 14'50 parc de nuit   parc Clive
19 15'05 Stade   parc Clive
20 15'30 parc de nuit   parc Clive
21 15'50 Sonia et Kevin   Villa de claud Sonia-kevin
22 17'05 lettre de Claude   Cabinet de Claud Claud
23 18'30 Trouver une maitrsesse   Parc de nuit Clive
24 18'40 Helen wiener   Avion helen
25 19'20 La villa providence vin blanc Villa providence Clive
26 19'30 Kevin astronaute vin blanc Villa de claud Sonia-kevin
27 20'50 Nuit de souffrance   Villa providence Clive
28 22'05 flash Claud   Rues Clive
29 22'07 retour roman   Villa providence Clive
30 22'15 Claud rentre vin blanc Villa de claud Sonia-kevin
31 25'20 Camion militaire, vieillard jeté pieton, pilon Rues Clive
32 25'30 Claud en voiture   Rues Claud
33 26'20 Nuit de souffrance   Villa providence Clive
34 26'55 Claud en voiture   Rues Claud
35 29'55 Kevin chez Helen   Chez helen Clive
36 30'10 Claud chez Helen vin blanc- footbaleur Chez helen Claud
37 33'10 Claud et helen vin blanc hotel Monat Claud
38 33'40 La villa providence vin blanc Villa providence Clive
39 35'25 Dispute claud-Sonia vin blanc Villa de claud Claud-Sonia
40 37'10 corps trainé Stade Stade Clive
41 37'20 Claud contre son père   Palais de justice dedans puis dehors Claud
42 37'50 La villa providence   Villa providence Clive
43 39'30 Kevin palais de justice   Palais de justice Kevin
44 39'50 Dispute claud-Sonia. Kevin blessé vin blanc-footballeur Villa de claud Claud-Sonia-Kevin
45 42'25 Molly dans le stade stade stade Clive
46 42'50 helen terrasse hotel terasse Terasse claud-Helen
47 43'05 Sonia soigne Kevin   Villa de claud Sonia-Kevin
48 43'45 Dispute Claud-Helen vin blanc, crevettes Terasse Claud-Helen
49 44'55 Sonia-Kevin-Claud vin blanc Villa de claud Claud-Sonia-Kevin
50 47'30 Dave frappe claud footballeur Terasse Claud-Dave
51 49'10 La villa providence   Villa providence Clive
52 50'10 Molly dans le stade stade stade Clive
53 50'50 Claud et Kevin footballeur agence de voyage Claud Kevin
54 51'10 dans l'agence footballeur    
55 53'20 Clive aux toilettes   Villa providence Clive
56 54'00 Kevin chez le tailleur   chez le tailleur  
57 54'20 Clive tire la chasse   Villa providence Clive
58 54'35 sonia rejoint Kevin sur un banc   parc de jour Sonia-KevinClaud-
59 56'50 claud prepare àmanger vin blanc Villa de claud Claud-Sonia-Kevin
60 58'00 La villa providence vin blanc Villa providence Clive
61 58'55 reception chez claud vin blanc Villa de claud Claud-Sonia-Kevin-helen
62 1h03'00 La villa providence vin blanc Villa providence au petit matin Clive
63 1h04'25 lettre de Claud   Bureau de Claud Claud
64 1h05'10 Clive, son fils et sa morale   Villa providence Clive
65 1h06'25 kevin chez helen joue à molly clive Terasse de Providence (1) Terasse helen-Kevin
66 1h08'15 souvenir de Molly   Villa providence Clive
67 1h0845 kevin claud- jouent à Claud-Clive vin blanc champ de tir  
68 1h09'20 La villa providence vin blanc Villa providence Clive
69 1h09'45 Comment Sonia épousa claude vin blanc Ferme Sonia-Kevin
70 1h11'25 fantasme de Sonia   arbres, marécages Sonia
71 1h11'30 mort sur le stade stade stade Clive
72 1h12'10 Clive pleure vin blanc Villa providence Clive
73 1h12'20 Claud poursuit Kevin vers de terre oplais,retsaurant Claud-Kevin
74 1h14'25 Claud retrouve Sonia qui l'accuse d'être insensible terrasse terrasse blanche Claud-Sonia
75 1h15'50 claude retrouve helen   terrass d el'enfance  
76 1h16'50 Victoire pour père   Villa providence Clive
77 1h17'00 claude poursuit Kevin dans la foret et le tue      
78 1h19'30 sonia dans le stade avec Claud ; Kevin dans une poubelle stade stade Claud-Sonia
79 1h20'00 Clive le jour vin blanc villa providence  
80 1h22'25 suicide de Molly      
81 1h22'40 Arrivée des enfants vin blanc/rouge    
  1h40'50 générique      
  1h42'45 Fin      

(1) selon L'avant-scene cinéma n°195 du 1er novembre 1977, le scrip précise que cette séquence se passe à Providence (USA).

David Mercer (1928-1980), le scénariste de Providence est né dans le Yorkshire. Fils d'un cheminot très attaché aux traditions du combat syndical, David Mercer incarne toutes les contradictions du théâtre engagé anglais des années soixante et soixante-dix. Comme un Thomas Hardy ou un D. H. Lawrence, Mercer s'est arraché à sa classe d'origine par son éducation et en conservera toujours un problème d'identité. Il quitte l'école à quatorze ans, fait une succession de métiers divers, puis étudie à l'université de Durham où il découvre les maîtres à penser des intellectuels de gauche de sa génération (Marx, Trotski, Freud, Jung, Sartre). C'est le début d'une longue relation complexe et ambiguë avec le marxisme. En 1957, une dépression nerveuse lui fait connaître la psychanalyse et la psychiatrie clinique. Il faut ajouter à cela l'influence des théories de Ronald Laing sur la folie comme subversion de l'ordre psychologique et social, et l'on comprend la place essentielle qu'aura la folie dans son théâtre.
A partir de 54, il commence à ecrire des pieces destinées au thétre ou à la télévision. A trois reprise, la guilde des écrivains anglais le recompense pour la meilleure oeuvre originale pour la télévision. Il est le scénariste de Fou à lier (Karel reisz, 1965), Family life (Loach 1971) et La maison de poupée (Losey, 1973). Après el film, il écrit , Providence, un film pour Alain Resnais (traduit de l'anglais par Claude Roy, edition Gallimard

"Ma première idée était de bâtir un film à partir de la situation des prisonniers politiques enfermes dans le fameux stade du chili, qui eût symbolisé la désintégration de tout un univers. Pour fixer la nature du processus de mort, nous avons combiné trois niveaux de réalité : le cauchemar représenté par le stade, le niveau du travail littéraire de l'écrivain rédigeant un roman et la réalité quotidienne de l'existence matérielle du vieil homme… la trouvaille majeure de Resnais fut de décider que le film serait une métaphore de la création et de la désintégration, puis de concrétiser cette métaphore en montrant une cité imaginaire peu à peu envahie par la végétation, les arbres, les orties, rongé aux vers, envahie par les soldats et graduellement détruite par les explosions, pendant que les hommes retournent à l'état de nature." (extrait d'un entretien de David Mercer avec Robert Benayoun, positif, février 1977)

Pour Gilles Deleuze (Image temps p.162), Providence est l'un des plus beaux films de Resnais avec ses redistributions, fragmentation et transformations des états du corps (crépitements organiques) des états du monde (orage et tonnerre), et des états de l'histoire (rafales de mitrailleuses, éclatement de bombes) qui ne cessent d'aller d'une nappe de temps à l'autre, mais pour en créer une nouvelle qui les emporte toutes, remonte jusqu'à l'animal et s'étend jusqu'aux confins du monde.

Il y a beaucoup de difficultés, de ratés dans ce travail du vieux romancier ivre : par exemple trois terrasses empruntées à trois âges, et le footballeur de quelle nappe est-il issu, faudra-t-il le garder ? L'œuvre d'art traverse les âges coexistants, à moins d'en être empêchée, d'être fixée sur une nappe épuisée, dans une fragmentation mortifiée (Les statues meurent aussi)

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Avec : John Gielgud (Clive Langham), Dirk Bogarde (Claud Langham), Ellen Burstyn (Sonia Langham), David Warner (Kevin Langham / Kevin Woodford), Elaine Stritch (Helen Wiener), Cyril Luckham (Docteur Mark Eddington), Denis Lawson (Dave Woodford), Kathryn Leigh Scott (Miss Boon), Milo Sperber (Mr. Jenner), Anna Wing (Karen), Peter Arne (Nils), Tanya Lopert (Miss Lister). 1h40.