Mme Emilie Petersen s'enquiert auprès du gardien du Majestic si on ne lui a pas livré un paquet important. Il s'agit d'un revolver qu'un armurier est venu en personne lui apporter. Rentré dans sa suite, Emilie réprimande son fils Teddy qui joue aux indiens avec son mari et Hélène, la jolie secrétaire de celui-ci. Peterson annonce son départ pour Rome. Emilie téléphone à Enrico un danseur argentin pour l'emmener danser le soir dans la boite du "Clair de lune". Celui-ci refuse pourtant car il est accaparé par Mme Van-Beil une riche veuve hollandaise. Le soir, Arthur Donge, cuisinier dans les sous-sols, "les caves", de l'hôtel, discute avec Ramuel, le surveillant en chef de son petit pavillon de Suresnes où il vit heureux avec sa femme Charlotte même s'il doit faire vingt minutes de vélo pour venir travailler.

A six heures du matin, Enrico sort discrètement de l'hôtel où il a passé la nuit avec Mme Van-Beil. Il croise Arthur Donge arrivé en retard au travail du fait d'une crevaison. Arthur ouvre l'armoire de son vestiaire... d'où sort le cadavre d'Emilie Petersen.

Le frêle commissaire Maigret et le gros inspecteur Lucas sont affalés à l'arrière d'un taxi après une nuit passée à courser un malfaiteur. La concierge les avertit qu'ils sont attendus à l'hôtel Majestic pour une affaire criminelle. Maigret est prié par le directeur de l'hôtel de mener l'enquête avec discrétion. Il se rend aux caves du palace où les cuisiniers s'affairent. Puis il discute avec Teddy et rencontre Hélène qu'il fait suivre par Lucas qui se plaint toujours de manquer de sommeil. Il découvre pourtant que Peterson n'a jamais quitté Paris. Il a prétexté un voyage à Rome pour rester auprès d'Hélène qu'il compte épouser après son divorce. C'est Hélène qui vient l'avertir de la mort de sa femme. Peterson exige du juge d'instruction de n'être pas importuné par Maigret... ce que celui-ci accepte, non sans ironie.

Maigret se rend ensuite à Suresnes où vivent Arthur et Charlotte, ancienne danseuse qu'il a jadis connue à Cannes avec toute une bande de jeunes gens dont Emilie et Petersen. Charlotte et Arthur sont effrayés par l'enquête. Maigret ne fait rien pour les rassurer, appréciant le ragout de lapin mais mettant en difficulté Charlotte, incapable de décrire un moulin à café tant elle est troublée.

Maigret se rend ensuite avec Lucas au Clair de lune où Emilie avait passé sa dernière soirée. Il se fait passer auprès de Ginette, aujourd'hui au vestiaire de l'établissement, mais ancienne amie de Charlotte, Emilie, Peterson et Arthur, pour un ancien de la bande. Gagnant sa confiance, il apprend que Teddy n'est pas le fils de Peterson mais celui d'Arthur.

Maigret rencontre enfin Enrico, faux danseur argentin mais bon fils, gagnant difficilement sa vie auprès de riches veuves, souvent bien peu généreuses. Au Majestic, Maigret essaie d'obtenir des lettres d'Hélène mais se fait boxer par Peterson auquel il réplique. Celui-ci se plaint au juge. Maigret se venge en lui assenant qu'il n'est pas le père du fils qu'il adore et pour lequel il a accepté d'épouser Emilie qu'il n'aimait pas.

Le juge se satisfait des aveux d'Arthur obtenus par deux inspecteur aux méthodes expéditives mais obtempère quand Maigret lui demande de le relâcher. Ce soir à 23 heures lui promet-il, il connaitra le coupable. Mais il doit d'abord décider d'une affaire plus importante : savoir à qui attribuer la garde de l'enfant.

Maigret apprend du banquier alerté par l'arrestation d'Arthur Donge que celui-ci possédait chez lui un compte régulièrement alimenté par Madame Peterson. Lucas apprend que ce Donge n'envoyait pas ses retraits à Suresnes mais dans une mystérieuse "Agence internationale". Le patron miteux de celle-ci accepte, contre publicité de sa petite entreprise crapoteuse aux assisses, de reconnaitre celui qui venait retirer cet argent.

Maigret organise un repas en forme de jugement de Salomon entre Arthur et Petersen: c'est celui qui mangera le mois qui aura la garde de l'enfant. Les deux hommes ne touchent pas à leur assiette. Petersen tient absolument à garder le fils qu'il a élevé et qui l'a profondément changé. Arthur aurait aimé en obtenir la garde mais il a déjà renoncé depuis longtemps. Il ne souhaite le voir qu'une seule fois. Arthur retrouve ainsi Teddy, lui donne un Napoléon et lui raconte une histoire. Pour lui, il ne sera que le souvenir d'un nom affectueux, le pied nickelé.

Maigret assemble ensuite tous les protagonistes de l'affaire chez le juge. Le directeur de l'Agence internationale ne reconnait pas son client mais Maigret le fait surgir à 23 heures pile. C'est Ramuel.

Maigret avait découvert la vérité : de l'hôtel, Donge écrivait parfois à Emilie, non pour avoir de l'argent, mais pour la supplier de lui monter au moins une fois son fils. Ramuel, avait surpris une de ces lettres ; imitant l'écriture de Donge, il écrivait aussi à Emilie mais pour lui extorquer de l'argent. Emilie payait... Lorsque les Peterson sont arrivés par hasard au Majestic et qu'Emilie s'est présentée à six heures pour voir Arthur, Ramuel a compris que son escroquerie allait être découverte et n'a pas hésité à tuer Emilie.

Petersen peut manger son sandwich. Pour Arthur rien n'a changé, il a toujours l'estomac noué.

C'est dans la France occupée que Charles Spaak écrit un scénario qui modifie assez profondément le roman. Maigret se trouve investi d'une double fonction : trouver le meurtrier et le père avec qui l'enfant de Mme Petersen sera le plus heureux. Dans le roman, la famille qui descend au majestic, les Clark, est de nationalité américaine. Ils se nomment ici les Peterson et sont de nationalité suèdoise. M. Clark n'avait que faire de Teddy. Ici, dès le départ, c'est la fusion entre Petersen et celui qu'il croit son fils fils qui est fortement marquée. Il en découle que Maigret ne pourra qu'entériner la défaite d'Arthur Donge qui, dans le roman de Simenon, obtenait la garde de l'enfant. La France vivant honnêtement semble ainsi plier sous le poids des puissances étrangères : Suède, Hollande et Argentine dont les ressortissants font sans cesse valoir la puissance de leur ambassade auprès de la police et de la justice.

Albert Préjean interprète Maigret pour la troisième et dernière fois après Picpus (Richard Pottier 1943) et Cécile est morte (Maurice Tourneur, 1944). Il succède ainsi à Abel Tarride (Le chien jaune, Jean Tarride, 1932), Pierre Renoir (La nuit du carrefour, Jean Renoir, 1932) et Harry Baur (La tête d'un homme, Julien Duvivier 1933). Lui succèderont Michel Simon dans un sketch de Brelan d'as, Charles Laughton, Maurice Manson, Jean Gabin (trois films), Gino Cervi et Heinz Rühmann.

Albert Préjean donne ici une des interprétations les plus frondeuses du personnage : il donne un coup de poing, organise un jugement de Salomon avec son repas entre les deux pères et a ses méthodes bien à lui : il demande aux suspects de décrire un objet banal. S'ils se troublent et ne répondent pas immédiatement, c'est qu'ils ont quelque chose à cacher. Ses exploits sont relatés dans la presse et tous les suspects potentiels sont déstabilisés par son regard.

Jean-Luc Lacuve le 12/02/2013

Retour à la page d'accueil

Les caves du Majestic

D'après le roman de Georges Simenon. Avec : Albert Préjean (Jules Maigret), Suzy Prim (Emilie Petersen), Jacques Baumer (Arthur Donge), Denise Grey (Mme Van-Beil), Jean Marchat (Petersen), Gabriello (Lucas), Jacques Baumer (Arthur Donge), René Génin (Ramuel), Florelle (Charlotte Donge), Denise Bosc (Hélène), Gina Manès (Ginette), Jean-Jacques Delbo (Enrico), René Génin (Ramuel), Charpin (le juge d'instruction), Robert Demorget (Teddy), Raymond Rognoni (le directeur du Majestic). 1h40.

1945