Inception

2010

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Genre : Fantastique

Avec : Leonardo DiCaprio (Cobb), Joseph Gordon-Levitt (Arthur), Ellen Page (Ariane), Tom Hardy (Eames), Ken Watanabe (Saito), Dileep Rao (Yusuf), Cillian Murphy (Robert Fischer), Tom Berenger (Browning), Marion Cotillard (Mal). 2h28.

Dom Cobb échoue sur une plage. En ouvrant les yeux, il a la vision de ses deux jeunes enfants s'en allant jouer plus loin. Il est traîné par deux gardes devant un vieil homme qui lui demande s'il est venu pour le tuer car il se souvient l'avoir vu dans un rêve déjà ancien.

Dans la forteresse de Saito, Arthur et Cobb tentent de voler des documents confidentiels cachés dans un coffre. Ces derniers savent qu'ils errent dans un rêve partagé entre eux et Saito dans un espace onirique labyrinthique construit par Nash, un architecte de rêves. Alors que Cobb est parvenu à localiser le coffre, il voit surgir Mal, son épouse, à qui il demande de l'aider à rejoindre silencieusement le salon du coffre. Mais Mal se retourne contre son mari, informe Saito qu'il est dans un rêve et que Cobb tente une extraction : profiter de son subconscient sans défense dans le rêve pour localiser le coffre. Pour profiter de sa victoire, elle tire sur le pied d'Arthur ce qui lui fera mal sans le tuer... ce qui aurait l'inconvénient de mettre fin au rêve. C'est Cobb qui abat Arthur pour pouvoir le réveiller et, dans une chambre d'Asie, renforcer le sommeil de Saito. Cela prend quelques secondes qui se démultiplient dans le rêve où tout va plus vite. Cobb en profite pour lire les documents confidentiels qu'il avait réussis à voler. Il est toutefois ramené dans la chambre d'Asie avant d'obtenir ce qu'il souhaite. Les quatre hommes, Cobb, Arthur, Nash et Saito se retrouvent donc dans la chambre d'Asie, la garçonnière de Saito où, dehors, la révolte gronde. Cobb pointe son arme sur Saito l'enjoignant de lui donner les derniers renseignements nécessaires. Saito, le nez dans le tapis comprend, en examinant sa structure artificielle, différent du pur laine de sa vraie garçonnière, qu'il est de nouveau dans un rêve et refuse de répondre. Cette fois, les quatre hommes se retrouvent dans le train de Tokyo et seul Saito dort encore alors que les "extracteurs" réprimandent Nash pour le travail bâclé du tapis qui a fait échouer la mission. La multinationale qui les emploie ne pardonnera pas cet échec et ils vont devoir se séparer et se cacher pour longtemps.

A Tokyo, Cobb téléphone à ses enfants et s'apprête à prendre un hélicoptère avec Arthur pour s'enfuir. Mais c'est Saito qui est à bord car il a fait prisonnier l'architecte Nash pour retrouver leur trace. Il ne leur en veut pas d'avoir tenté de le voler mais leur propose au contraire une nouvelle mission. Celle-ci sera bien plus périlleuse que l'ancienne. Au lieu de voler un secret, il conviendra d'implanter une idée, de pratiquer une "inception" dans un cerveau : convaincre l'héritier de son concurrent de liquider l'empire de son père mourant afin que lui devienne leader mondial. Cobb reconnaît avoir déjà pratiqué une inception. Et surtout, devenu un fugitif traqué dans le monde entier, seul Saito peut lui procurer une amnistie qui lui permettra de rentrer aux États-Unis retrouver ses enfants.

Cobb rend visite à son père, dans l'école d'architecture de Paris qui lui conseille d'arrêter sa fuite en avant et de se rendre mais Cobb tient à cette dernière chance. Son père lui présente donc Ariane, la plus douée de ses élèves. Cobb lui fait subir un exercice de labyrinthe en forme de test puis la plonge dans une première expérience de rêve partagé au cours duquel elle plie un quartier de Paris sur un autre. Elle subit aussi la projection incontrôlable du subconscient de Cobb : une Mal vindicative qui la poignarde... et met ainsi fin au rêve. Ariane n'avait d'abord pas su qu'elle était dans un rêve. Pour l'aider, Arthur lui conseille de se munir d'un "totem", un objet petit mais unique qui permet à son possesseur de faire la différence entre la réalité, ses propres rêves et les rêves d'un autre. Arthur possède ainsi un dé truqué. Masi Ariane, effrayée par les dégâts dans le subconscient de Cobb causés par la présence incontrôlée de sa femme, renonce à faire partie de l'équipe. Cobb est néanmoins certain qu'elle reviendra.

En attendant, Cobb réunit une équipe d'experts chevronnés pour réussir. Il se rend à Mombassa pour embaucher Eames, un voleur, spécialisé dans le vol de personnalité, capable de mettre le sujet en état d'accepter l'idée à implanter en lui. Cobb échappe à la traque de la CIA grâce à l'intervention de Saito qui veille sur la mission. Pendant ce temps à Paris, comme prévu, Ariane rejoint l'équipe et Arthur l'initie aux constructions architecturales complexes. Il lui révèle que Mal est morte. Cobb recrute aussi Yusuf, responsable de la sédation des participants au rêve pour qu'il réalise trois niveaux de rêves emboités. Yusuf lui montre ses clients pour qui le rêve est devenu la réalité en rêvant durant deux heures réelles soit, avec son sédatif, 40 heurs par jour. Cobb expérimente ce sédatif et rêve de Mal lui demandant de la rejoindre. Bouleversé, Cobb vérifie qu'il n'est pas dans le rêve de Mal en faisant tourner sa toupie. Eames réussit à s'introduire dans le cercle d'affaire des Fischer et voit l'influence de Browning sur Robert Fischer dont il est l'oncle et le parrain. Robert est désespéré de voir son père, Maurice Fischer, le dédaigner. Eames sait que, dans un premier niveau de rêve, il va pouvoir se faire passer pour Browning et faire passer des concepts dans le conscient de Robert. Dans le second niveau, ce seront les projections de Browning qui devraient le convaincre afin qu'il se donne lui-même l'idée dans le troisième niveau.

Ariane confectionne son totem : une pièce d'échec, un fou en métal. Cobb lui présente le totem de Mal : une toupie qui ne tombait jamais dans ses rêves, continuant de tourner sans fin. Cobb ne peut plus construire de labyrinthe car s'il le connait, sa projection de Mal le connaitra aussi et mettra l'équipe en danger. L'équipe discute à nouveau sur la méthode : l'idée à implanter doit être autosuggérée : "Je vais disloquer l'empire de mon père" serait une idée que, de lui-même, Robert rejetterait. Il faut donc que cela passe par son subconscient au moyen d'un concept affectif. Il faut de plus une émotion positive, plus forte qu'une émotion négative : on aspire tous à la réconciliation. En réaction à toute la mission, Robert devra trouver une émotion positive : mon père est d'accord pour que je crée quelque chose de mon côté plutôt que de lui emboiter le pas

Le puissant sédatif de Yusuf multiplie le temps par 20 à chaque niveau. Ainsi dix heures de vie réelle équivalent à une semaine au niveau - 1, six mois au niveau -2, et dix ans au niveau -3. La sensation de chute qui réveille en sursaut arrache au rêve car le sédatif est fait de telle sorte que l'oreille interne ne soit pas affectée. Ainsi, du plus profond sommeil, le dormeur sent quand même la chute. Le tout étant de synchroniser une décharge qui perce les trois niveaux : une chanson d'Édith Piaf servira de compte à rebours pour permettre de synchroniser les décharges. L'équipe prévoit de mettre en œuvre le plan au cours du vol Sydney - Los Angeles, 10 heures, le plus long du monde que Robert prend tous les quinze jours. Si son jet privé a besoin d'une révision, il devra prendre le vol long courrier normal, un 747 classe affaire... dont Saito possède la compagnie.

Ariane surprend Cobb qui s'est plongé dans un rêve et s'y introduit. Elle le voit avec Mal lui rappelant leur rêve de vieillir ensemble. Elle le plaint de s'infliger le rêve d'une vie famille toujours présente : Mal sur la plage avec leurs deux enfants. Cobb souffre de n'avoir pu profiter, de l'instant où il aurait pu voir le visage de ses enfants mais il avait dû fuir. Ariane s'enfonce jusqu'au sous-sol où est reconstruit le souvenir de la soirée d'anniversaire de mariage. Ariane comprend que Cobb a construit une prison de souvenirs pour enfermer Mal.

L'équipe apprend que Maurice Fischer est mort à Sidney et que Robert accompagnera le corps à Los Angeles. Ariane impose sa présence sur le terrain pour contrôler les apparitions de Mal dont elle connait seule la dangerosité. A bord du 747, la cabine affaire retenue par Saito, Robert Fischer est donc suivi par l'équipe des six : Cobb, Arthur, Eames, Ariane, Yusuf et Saito. Tous durant les 10 heures de vol font l'expérience du rêve partagé.

 

Dans le premier niveau de rêve, ils se retrouvent dans un décor urbain et pluvieux où ils enlèvent Fisher dans le taxi qu'ils ont pris de force. Mais leur plan prend rapidement une tournure désastreuse lorsqu'ils réalisent que leur cible a préalablement été entraînée à lutter contre les incursions étrangères dans son subconscient. Cet entraînement prend la forme d'une équipe de sécurité privée et lourdement armée qui prend pour cible les « intrus », à savoir Cobb et son équipe. Au cours de l'attaque, Saito est gravement blessé. Le tuer ne servirait à rien car, il est trop anesthésié pour se réveiller et il tomberait alors dans les limbes, espace onirique non construit sauf quand on y déjà allé ce qui est le cas de Cobb. Comme il l'explique à Ariane : avec Mal ils n'avaient pas compris les années qui se perdaient dans les niveaux emboités. Ils ont passé 50 ans dans le monde qu'ils se sont bâti. Elle avait mis sous clé la fameuse toupie pour oublier qu'elle était dans un rêve. Puis au retour du réel, son âme vieillie transportée dans leur jeunesse, elle avait développé une idée fixe : leur monde n'existait pas; elle devait se réveiller pour revenir à la réalité et, pour cela, se tuer. Elle avait ainsi imaginé un plan pour leur anniversaire de mariage. Pour l'obliger à sauter du haut de l'immeuble de l'hôtel, elle avait déposé une lettre chez leur avocat stipulant qu'elle se sentait en danger : s'il ne saute pas avec elle dans le vide, il sera accusé de meurtre.

Alors que les projections armées de Fischer se rapprochent, l'équipe se réfugie au fond de l'entrepôt désaffecté et tente d'extorquer un code secret hypothétique à Fischer amadoué par la présence de son parrain, Peter Browning, interprété par Eames. Celui-ci évoque l'existence d'un second testament secret laissé par Maurice Fisher à l'intention de son fils. Robert donne une combinaison au hasard commençant par 528.

Cobb décide de descendre à un niveau de rêve inférieur afin d'avoir du temps pour agir d'après la règle qui veut que le temps s'y déroule plus lentement que dans le niveau de rêve supérieur. Ils s'échappent donc dans une camionnette conduite par Yusuf tout en se plongeant dans un nouveau rêve emboîté. Ainsi, les quelques minutes de course-poursuite dans la camionnette correspondent à plusieurs heures dans les rêves inférieurs. La camionnette est prise en chasse par l'équipe de sécurité de Fisher jusqu'à un pont où, d'après le plan, une chute dans la rivière donnera aux rêveurs la « décharge » (une sensation de chute) nécessaire pour les réveiller, si tant est qu'elle soit coordonnée avec les décharges des niveaux de rêve inférieurs.

Dans le deuxième niveau de rêve, un hall d'hôtel d'affaires, Cobb accoste Fisher en lui disant qu'il est "monsieur Charles", une projection de son esprit, un allié dans la protection de son subconscient contre des forces extérieures voulant lui extraire des informations. Fisher se laisse duper et accepte de le suivre dans un troisième niveau de rêve, où il va tenter de mettre la main sur le second testament de son père et de prendre connaissance de son contenu. C'est ainsi dans la chambre 528 qu'ils se rendent alors. Arthur a la tâche de trouver un moyen de leur donner une décharge dans ce deuxième niveau. Il piège ainsi d'explosif le plafond se la chambre 491, juste en dessous de la 528.

Cobb, Ariane, Saito, Eames et Fisher s'endorment à nouveau et se retrouvent dans le troisième niveau, le subconscient de Fisher ayant des doutes sur Browning : c'est une forteresse hautement sécurisée en montagne. Bientôt cependant, il ne reste plus que les 10 secondes de la chute de la camionnette et 3 minutes à Arthur pour trouver une nouvelle méthode de chute, dès lors, sans apesanteur. Durant l'heure de répit du troisième niveau, l'équipe réussit à s'infiltrer au cœur de la place forte. Les choses se compliquent lorsque Saito est sur le point de succomber à ses blessures et que Fisher est abattu avant d'avoir pu ouvrir le coffre-fort contenant le testament.

Ariane persuade alors Cobb de pénétrer dans un dernier niveau de rêve, le plus profond, appelé les " limbes", où se rassemblent tous ceux qui meurent dans un rêve mais qui, en raison des grosses doses de sédatifs, sont incapables de se réveiller, et sont donc condamnés à y errer pour l'éternité (le temps y étant distendu à l'infini). Dans les limbes, Cobb retrouve une projection de Mal, qui tente de le convaincre de rester avec elle. Cobb révèle à Ariane comment il savait que l'inception était chose possible : il l'avait déjà réalisée avec sa femme, lui ayant inséré l'idée qu'elle était dans un rêve, espérant ainsi la ramener dans la réalité. Et, effectivement, ils s'étaient couchés sur les rails pour mourir et sortir du rêve. Mais l'idée avait tellement bien germé dans l'esprit de Mal qu'elle s'est finalement persuadée que la réalité dans laquelle elle avait émergée était simplement un niveau supérieur du rêve, et que la réalité était plus haut encore. Mal veut qu'il se rachète et reste avec elle. Elle lui indique où se trouve Robert. Cobb lui dit qu'il ne peut plus supporter sa projection mentale d'elle. Mal se révolte et tente de le poignarder et c'est Ariane qui la blesse mortellement. Ariane saute dans le vide avec Fisher pour le réveiller dans le troisième niveau de rêve et demande à Cobb de ne pas s'attarder auprès de sa femme. Cobb sait qu'il doit encore récupérer Saito qui est mort au troisième niveau. Il prend le temps de consoler sa femme, c'est à dire son rêve de vieillir ensemble avec elle en pensant que leurs 50 ans dans les limbes, c'était cela vieillir ensemble. Ainsi consolé, il ferme les yeux de Mal et s'en va à la recherche de Saito, sans qui il n'a aucune chance de retrouver ses enfants. Dans la forteresse du troisième niveau, Fisher ouvre le coffre-fort où il découvre son père encore vivant que lui affirme que sa seule déception est qu'il ait essayé d'être lui. Il le convainc de ne pas suivre ses traces et de vivre une autre vie que la sienne. L'inception réussit donc, puisque Fisher, touché par la prétendue dernière volonté de son père, accepte de démanteler l'empire commercial de son père. Cobb rencontre un Saito déjà devenu sénile et le persuade de tenir son engagement et de revenir à la réalité avec lui.

Peu après, tous se réveillent dans l'avion alors que l'appareil amorce sa descente sur Los Angeles. Saito passe un appel, après quoi Cobb passe sans problème les contrôles de sécurité de l'aéroport ; il rentre donc enfin chez lui et y retrouve ses enfants. Avant de les rejoindre, Cobb lance la toupie de Mal sur la table : il n'en a désormais plus besoin et s'en va embrasser ses enfants. La toupie continue de tourner dans l'indifférence générale puisque Cobb est débarrassé de sa culpabilité et de son addiction au rêve.

Rarement sans doute le plan final d'un film n'aura fait couler autant d'encre pour asseoir autant d'interprétations divergentes. La toupie qui ne s'arrête pas de tourner alors que commence le générique n'est pourtant que l'étape finale d'un scénario complexe qui vise autant à être un excellent film d'action qu'un grand film psychanalytique sur le deuil d'un amour.

Un scénario complexe

Le film est un immense flash-back : Cobb revient chercher Saito, presque sénile, alors que lui-même est aussi atteint par les effets délétères des limbes et doit se souvenir de ce qui l'a amené là.

Il n'a pas fallu moins qu'insérer une idée dans la tête de l'héritier Robert Fischer grâce à des rêves emboités et ainsi échapper à une mort rapide dans la camionnette (niveau -1), en sachant retrouver un état de pesanteur grâce à la chute de l'ascenseur (niveau -2) en faisant parvenir Robert au supposé coffre où son père aurait enfermé le testament (niveau -3) et, pour cela, le réveiller de son agonie dans le  niveau -4 où  Cobb doit enfin récupérer Saito, qui vient de mourir au niveau -3. L'enjeu supérieur et dont dépend le bonheur de Cobb (niveau 0 du réel) est en effet d'obtenir de Saito qu'il puisse user de son pouvoir afin de retrouver ses enfants. Plastiquement, la réussite de la mission se place sous le signe du labyrinthe, des architectures paradoxales (en rêve, on peut truquer l'architecture avec des formes impossibles, créer des boucles fermées tel que l'escalier de Pedros, l'escalier infini), des mondes pliables (Paris qui se replie) et obliques (la chute du camion dans le fleuve, le couloir en apesanteur).

Mais la mission proprement dite n'intervient qu'après une heure de film où ont été explicitées les règles de plus en plus raffinées et dangereuses du rêve partagé qui permet d'extraire ou d'implanter une idée. Dans un rêve, l'esprit fonctionne plus rapidement donc on a l'impression que le temps est plus long. Yusuf a mis au point un narcotique tres puissant qui multiplie par vingt le temps dont on dispose à chaque niveau. Si on s'enfonce dans un niveau plus profond, on a de nouveau une multiplication du temps disponible. Le voleur (Eames) travaille sur la psychologie du sujet en l'occurrence la relation père-fils. Pour une inception, il doit trouver la version la plus simple pour qu'elle pousse naturellement dans l'esprit du sujet. L'architecte (Nash puis Ariane) fait le décor : un étage d'immeuble ou une ville entière. Les boucles fermées aident à camoufler les frontières du rêve que l'on crée. Plus les formes sont truquées et plus on a de temps pour échapper aux projections du subconscient du rêveur (Cobb ou Robert). C'est le rêveur qui peuple le reve de ses projections. Celles-ci peuvent se révolter si le rêveur interrompt son action en se mettant à penser qu'il rêve. Ainsi les visages menaçants lors du premier rêve d'Ariane et l'apparition violente de Mal lorsqu'elle recrée un espace trop proche de la réalité de Cobb qui pense alors à son épouse défunte qui aurait certainement agressée Ariane. Tout pareillement lors de la mission, le premier niveau débute en catastrophe parce que Robert déclenche une réaction de violence à son propre enlèvement auquel il s'était entraîné.

Le gouffre amoureux

Mais l'ensemble de ces niveaux est travaillé par un danger plus grave encore, le déséquilibre de Cobb dû à la perte de sa femme. Les séquences de l'ascenseur pris avec Ariane depuis le fond de la maison où elle découvre le couple jusqu'à la plage des jours heureux et de la chute suicidaire de Mal depuis le haut de l'immeuble travaillent l'ensemble du film.

La force du film est en effet moins d'en appeler à la permanence de l'idée insérer dans le cerveau (l'inception) : "Le monde dans lequel tu vis est faux" ou "Tu dois démanteler l'empire de ton père" que de révéler le profond traumatisme de Cobb d'avoir manipulé le cerveau de sa femme et involontairement conduite ainsi au suicide.

Cobb ne compte plus que sur le rêve pour  poursuivre son histoire d'amour avec Mal  et tenir sa promesse de vieillir ensemble.

Une histoire de totem : dé, fou, toupie et bague

Pour distinguer le vrai du faux dans le voyage que représentent les rêves partagés, le rêveur a intérêt a emmené avec lui un petit objet dont il ne se sépare jamais et qu'il ne prête sous aucun prétexte. La présence de cet objet dans le rêve vient lui rappeler qu'il doit remonter au moins d'un niveau. C'est Arthur qui en donne l'explication à Ariane en lui présentant son dé truqué. Celle-ci se confectionne alors une pièce d'échec en métal. Ces deux totems ne seront jamais montrés ou utilisés dans l'économie du récit et ni Yusuf, ni Eames, ni Saito ne semblent en avoir besoin.

En revanche, la toupie est très présente. Cobb la présente à Ariane comme le totem de Mal : grâce à la puissance de son esprit dans le rêve sa toupie dit-il n'arrêtait jamais de tourner. Mais qu'elle s'arrête ou non de tourner n'a que peu d'importance. C'est l'objet en lui-même qui importe. Mal dans les limbes ne veut pas repartir du monde qu'elle a construit avec Cobb. C'est pourquoi, elle cache soigneusement la preuve du rêve, le totem, dans un coffre dissimulé dans sa maison de poupées de la maison de son enfance reconstruite. La toupie ne tourne d'ailleurs pas. Mal n'a pas le goût de la faire jouer. Cobb lui ramène l'objet pour bien lui prouver qu'ils sont dans un rêve et qu'ils doivent mourir sous un train pour remonter au niveau du réel. Dans la chambre d'hôtel de la soirée d'anniversaire de mariage, Mal, qui a perdu la raison, a laissé sciemment trainer son totem par terre comme une preuve dérisoire qu'elle est encore dans un rêve. Cobb garde souvent sur lui le totem de Mal dans une forme d'attachement morbide. Le film ne dit jamais explicitement quel est le totem de Cobb.

Le dé, totem d'Arthur
La toupie, totem de Mal
Le fou en métal, totem d'Ariane
La bague de mariage, totem de Cobb

Le réalisateur compte sur la perspicacité de son spectateur (ou des forums d'internautes) pour le détecter. Il s'agit de la bague de mariage que Cobb porte à son annulaire gauche. Cette bague est visible dans la séquence initiale avant l'immense flash-back du film et lorsque Cobb explique son premier rêve partagé à Ariane ou bien encore lorsqu'il discute pour la dernière fois avec Mal. Nolan s'ingénie souvent à cacher la main gauche de Cobb mais on voit que la bague n'est pas là lorsqu'il téléphone à ses enfants depuis Tokyo ou lorsqu'il discute avec l'équipe à Paris.

La bague dans le flash-back initial
Plus de bague à Tokyo
Plus de bague en parlant des totems
Bague dans les limbes
Plus de bague au retour à Los Angeles

Il convient donc de ne pas donner trop d'importance au fait que la toupie tourne ou pas après le générique. L'important est que Cobb arrive enfin à ne plus être fasciné et détruit par se souvenir culpabilisant et abandonne enfin le totem de Mal sur la table pour rejoindre ses enfants. Ceux-ci se retournent enfin montrant leur visage et non plus seulement leur dos comme dans les rêves. Celui-ci n'en est pas un puisque Cobb ne porte pas sa bague. Le dernier plan est libératoire : Cobb sort du champ, emmenant ses enfants avec lui. Par un travelling arrière, la caméra se retire discrètement laissant la toupie abandonnée sur la table.

Jean-Luc Lacuve le 15/08/2010