Un homme sort du commissariat de police et emprunte un taxi dans lequel on pris place deux gendarmes. C'est un journaliste qui vient d'être mis au courant d'une curieuse affaire. Quelqu'un a essayé de se faire passer pour Moshen Makhmalbaf, grand cinéaste iranien et convaincu les membres d'une famille de tourner dans leur maison. Le journaliste appartient au magazine Sorush et vient couvrir son arrestation dans le quartier de Lavizan. Arrivée rue Golzar, le gendarme le plus gradé demande au journaliste, M. Farazmand, de dire au plaignant d'apporter sa plainte et ses papiers. Le chauffeur s'étonne que la gendarmerie n'ait pas de véhicule et discute avec les gendarmes. Le plus jeune, non marié, a fait douze mois de service militaire et doit bientôt partir pour le Kurdistan pour ses dix huit derniers mois.

Arrive Abolfazi Ahankhah, le plaignant et les gendarmes pénètrent dans sa maison pour en ramener bientôt le prisonnier. Le journaliste paye le taxi mais abandonne tout le monde pour rechercher un magnétophone portable que M. Ahankhah finit par lui apporter.

Hors champ, Kiarostami interviewe le capitaine Bashiri quinze jours après les faits. Il a d'abord fallu une semaine avant que l'article de M. Farazmand soit publié et Kiarostami est venu une semaine après. Le capitaine Bashiri lui explique que Hossain Sabzian, l'usurpateur est très calme et lui donne l'adresse des Ahankhah.

Kiarostami, hors champs, interroge les Ahankhah, le père, la mère et le fils, Mehrdad. Ceux-ci disent avoir compris assez tôt la supercherie. Quand Mehrdad se plaint de la situation économique, il est rappelé à l'ordre par sa mère.

Kiarostami va à la prison et rencontre Hossain Sabzian. Celui-ci accepte d'être filmé durant son procès et souhaite que Kiarostami puisse exprimer sa souffrance dans son film. Ce que j'ai fait ressemble à une escroquerie dit-il.

L'équipe de Kiarostami se rend au tribunal, un homme dit avoir transmis leur demande de tournage d'un documentaire durant le procès à la justice. Le juge ne comprend pas l'intérêt du tournage mais ne s'y oppose pas. Seule chose retenue contre Sabzian c'est un vol de 1 900 tomans auprès de M. Ahankhah extorqué pour un taxi. Le procès est fixé au 15 décembre.

Le procès s'ouvre. Kiarostami explique à Sabzian qu'il a deux caméras pour filmer l'une avec une focale en gros plan pour lui et une autre en grand angle pour filmer le tribunal.

Sabzian avoue que tout a commencé car il tenait la main la brochure du cycliste et qu'il a déclaré en être l'auteur à madame Ahankhah.

Il connaît bien le cinéma de Makhmalbaf, le cycliste et La noce des bénis ainsi que le passager de Kiarostami. Il a aimé tenir le rôle de Makhmalbaf car sous les traits d'une personne connue, il se fait obéir. Il avait pensé à La maison de l'araignée comme titre de son film.

Il voulait passer pour un réalisateur conscient de la souffrance de la société, assez modeste pour fréquenter des gens ordinaires. Un véritable artiste est proche du peuple. Il est venu trois fois en quatre jours, le mardi, le jeudi et le samedi. Le mardi est allé au cinéma avec eux. Le jeudi les doutes se sont installé et il a été arrêté le samedi.

Monsieur Mosheni est l'ami commun du journaliste et des Ahankhah. C'est lui qui appelé par ces derniers a appelé le premier. Le samedi matin avant l'arrivée de Sabzian, il discute avec M. Ahankhah. Celui-ci a eu des doutes lorsque Sabzian n'a pas bien répondu au sujet d'une récompense annoncée par le journal. Un prix pour le cycliste à Rimini, il a confondu avec le festival de Fajr et avoué une récompense pour la musique.

Mais Sabzian arrive, sous l'œil moqueur et sceptique de Ahankhah et Mosheni il dit que La nature est un miroir dans lequel nous pouvons nous examiner. Le journaliste arrive et constate immédiatement l'imposture. Il entraîne M. Ahankhah dehors pendant que Sabzian voit le piège se refermer sur lui.

Au tribunal, il regrette d'avoir joué avec leurs sentiments et demande que justice soit rendue. Légalement il a commis un crime mais, dit le juge en souhaitant que les plaignants retirent leur plainte, leur pardon constituerait une circonstance atténuante.

Ceux-ci refusent encore, le journaliste a reçu des témoignages depuis l'arrestation du faux Makhmalbaf. Mais Sabzian les réfute. D'ailleurs son usurpation ce n'était au départ que pour un repas possible car il était à court d'argent. ensuite ce rôle lui apportait le besoin de réconfort moral, aime jouer ce rôle, a du mal à partir
Il savait qu'il serait arrêté car il avait remarqué qu'ils avaient acheté le magazine Film pour une photo de Makhmalbaf. Il avait du répondre sur sa teinture de cheveux.

Sa mère est au tribunal. Elle intercède pour lui. Il a été marié et a divorcé avec deux enfants car il ne pouvait entretenir sa famille en étant souvent au chômage. Il est un bon acteur car prêt a exprimer sa réalité intérieure. Jouer le rôle d'un réalisateur est une performance d'acteur Quel rôle tu aimerais jouer ? Le mien. Tu en es arrivé à ton propre rôle

Le tribunal obtient le retrait des plaintes des Ahankhah.

Kiarostami filme Makhmalbaf venant chercher Sabzian à la sortie de prison. Ils s'en vont chez les Ahankhah. Sabzian achète des fleurs. 40 jours après la première visite, il peut annoncer M. Makhmalbaf, non sans pleurer.

Lorsque les critiques ont vu le premier film distribué en France de Kiarostami : Où est la maison de mon ami ? (1987) tous ont vu en lui l'héritier de Rossellini, qui filme la réalité telle qu'elle est, pour qu'elle se révèle. La vision de Close-up est toutefois venue bouleverser la donne et fait penser que Kiarostami se rapprocherait d'Orson Welles, d'un cinéma du faux, de la boucle et de la complication. Alain Bergala propose ainsi de voir en lui l'héritier de la double culture, occidentale et orientale, des perses. Les films suivants viendront confirmer cette hypothèse d'un Kiarostami jouant sans cesse entre le vrai et le faux.

Un dispositif entièrement faux pour faire éclore une parole vraie

Interrogé par Jean-Pierre Limosin dans Abbas Kiarostami, vérités et songes pour la collection Cinéma, de notre temps, le cinéaste iranien déclarait en 1994 :

"Que ce soit du documentaire ou de la fiction, le tout est un grand mensonge que nous racontons au spectateur. Notre art consiste à dire ce mensonge de sorte que le spectateur le croie. Qu'une partie soit documentaire ou une autre reconstituée se rapporte à notre méthode de travail et ne regarde pas les spectateurs. Le plus important, c'est que les spectateurs sachent que nous alignons une série de mensonges pour arriver à une vérité plus grande. Des mensonges pas réels mais vrais en quelque sorte."

Il n'est alors pas étonnant que Kiarostami se soit emballé pour ce projet dès qu'il en a eu connaissance par le magazine Sorush et alors qu'il préparait un film sur l'argent de poche des enfants. Sa volonté de faire jouer leur rôle à tous les protagonistes jusqu'au soldat qu'il fit revenir du front va de paire avec la volonté d'enserrer dans ce qu'il pourrait y avoir de plus vrai cette histoire de faussaire.

Et pourtant les "effets du faux", comme un exact contraire des fameux "effets de réel", ne cessent d'intervenir ici nous conduisant à nous interroger sans cesse sur ce que nous voyons avant de comprendre quel parfait objet est en train de tailler Kiarostami.

C'est d'abord le dispositif du procès qui est manifestement reconstitué pour l'occasion. Le juge, d'abord peu intéressé par le procès, accepte de jouer le rôle de l'observateur compréhensif qui semble davantage en vouloir aux accusateurs, les Ahankhah, qu'à l'accusé. Il accepte que Sabzian s'exprime pour la caméra qui filme en gros plan comme à un autre juge, plus artiste et plus intime. Un plan viendra au milieu du procès révéler le dispositif de mise en scène. Même jeu de la part des Ahankhah qui ne maintiennent leur plainte que pour que le film existe. Jeu sans doute plus incertain de la mère qui apparaît soudain pour préciser les conditions de vie de son fils. Sa sortie étrange puis son entrée dans le champ sont manifestement préparées mais son intervention est probablement la plus sincère de toutes avec celle de son fils.

Celui-ci dira enfin pourquoi le cinéma le fascine, en gros plan, tel que l'a souhaité Kiarostami : "Quand je suis déprimé et envahi de troubles, je ressens le besoin d'exprimer l'angoisse de mon âme, les tristes expériences de ma vie dont personne ne veut entendre parler. Et puis je rencontre un homme bon qui montre toutes mes souffrances dans ses films et qui me donne envie de les voir et de les revoir toujours. Un homme qui ose montrer les gens qui jouent avec la vie des autres les riches insouciants des simples besoins des pauvres qui sont principalement matériels. Voilà pourquoi je me consolais en lisant ce livre. Il parle de choses que j'aurais aimé pouvoir exprimer (...). L'art est le développement de ce que l'on ressent à l'intérieur. Tolstoï a dit "l'art est une expérience sentimentale que l'artiste développe en lui-même et transmet aux autres".

 

Une mise en scène en forme d'écrin

Et c'est bien par le développement de la parole dans un dispositif qui permet à Sabzian d'exprimer ce qu'il a de plus intime à dire que le filme touche. Kiarostami l'interroge : "Que fais-tu en ce moment ?" ce à quoi Sabzian répond "Je parle de mes souffrances. Ce n'est pas de la comédie."

Kiarostami se montre toutefois assez cruel avec Sabzian lui rappelant qu'il est meilleur acteur que réalisateur, ce que celui-ci reconnaît d'ailleurs bien volontiers, jouer un réalisateur c'est une performance d'acteur.

Kiarostami recourt tout au long du film à une succession de dispositifs pour que s'exprime une parole qui serait sans aucun doute moins sincère si les protagonistes ne la jouaient pas. En faisant les acteurs, ceux-ci expriment plus intimement une parole qui serait froide et objective si elle était prononcée face caméra dans un documentaire classique. Ce précipité de vérité obtenu grâce à un dispositif, Kiarostami le met en jeu dès la première séquence avec le journaliste dans le taxi. Cette discussion vraie dans l'îlot de la voiture est une séquence obligée de tout film du réalisateur. Autre dispositif à la toute fin du film avec le retour de Sabzian, filmé en caméra cachée. Makhmalbaf est sans doute le seul à savoir que la séquence est filmée alors que Sabzian, fleurs à la main, ne le découvre sans doute qu'assez tard après avoir pleuré pour annoncer Makhmalbaf pour de vrai, c'est à dire à ses cotés.

Mais la séquence la plus étonnante est le second flash-back du procès, celui qui raconte la journée du samedi, exact hors champ de la première séquence. Elle se déroule pendant le trajet en taxi du journaliste et filme l'intérieur de la maison et l'arrestation de Sabzian, ce que ne voyait pas le chauffeur de taxi de la première séquence.

Close-up est bien ainsi une réflexion sur le pouvoir du cinéma, sur sa capacité à faire s'exprimer une parole vraie grâce à des dispositifs préparés à l'avance et sur son pouvoir d'ubiquité.

Jean-Luc Lacuve le 05/01/2010

 

Test du DVD

Editions Montparnasse. Janvier 2010. Edition double DVD.

   
Test du DVD

Suppléments : Close-Up long shot, de Mamhoud Chokrollahi et Moslem Mansouri (43 min - 1996). Le jour de la première de Close-Up, par Nanni Moretti (7 min - 1996). Abbas Kiarostami, vérités et songes, par Jean-Pierre Limosin (52 min - 1994).

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Close-up

(Nema-ye nazdik). Avec : Ali Sabzian, Hasan Farazmand, Abolfarz Ahankhah, Mohsen Makhmalbaf (eux-mêmes). 1h36.

1990
Voir : Photogrammes
Genre : Documentaire de fabulation
dvd