L'aimée

2007

Avec : Robert Desplechin, Arnaud Desplechin, Fabrice Desplechin. 1h05.

Roubaix, 2006. Arnaud Desplechin apprend que ses parents viennent de signer l'acte de vente de leur maison de famille de Roubaix. Il s'y rend, officiellement pour aider son père, Robert, à vider la demeure. Il se souvient aussi : "Le 24 juin 2004 à Paris en fin de matinée, le docteur H m'apprenait le décès de la femme aimée. Il m'espérait au courant. Je ne l'étais pas. Confusément, il me sembla que la mort avait eu lieu deux jours auparavant, soit le mardi 22 juin 2004. La semaine suivante j'écrivais à un ami d'Esprit : "Je suis assommé par l'idée que je n'ai pas su protéger une femme à qui je dois tant depuis plus de dix ans. Quel sorte d'homme ai-je été qui n'a pas su défendre une femme ?"

Dix jours plus tard, Arnaud avait crayonné sur une enveloppe le visage et le corps de l'aimée, aidé par la ressemblance que celle-ci avait avec une grand-tante, morte en 1981 et dont Arnaud avait conservé une photo.

Dans cette demeure du 8, rue de Vauban, que son père a décidé de vendre, Arnaud l'interroge sur l'un des événements les plus marquants de sa vie : il n'a pas connu sa mère, Thérèse, morte de la tuberculose en 1936 alors qu'il avait 2 ans et elle 35.

Dans le jardin Arnaud et Robert se souviennent des dates. Robert est né le 15 octobre 1934. Sa mère Thérèse, née en août 1901, est morte le 6 octobre 1936 à l'âge de 35 ans. Thérèse était partie au sanatorium à cent kilomètres de là alors qu'il a six mois. Robert est alors partagé entre la famille de son père qui a seulement sa mère et la famille de sa mère avec leurs multiples maisons. Le bébé est ainsi partagé entre la rue Balchemagne et la maison sinistre de sa grand-mère paternelle où il reste jusqu'à sept ans et la rue Gustave Delaury. Thérèse depuis son sanatorium insiste pour que son bébé ait une bonne à son service.

Arnaud regarde la photo des trois soeurs : Reine, née en 1900 et qu'Arnaud a connu enfant, Thérèse, née en 1901 et Rose-Aimée née en 1904.

Arnaud et son père s'en vont dans la maison où été prise la dernière photo de Robert, bébé, et de sa mère, prise pas son mari Alphonse. Arnaud photographie son père soulignant, qu'à cet endroit, c'est la dernière fois que sa mère a pu être près de lui.

Il y a aussi Fabrice, le frère d'Arnaud, ses trois garçons et sa femme qui viennent une dernière fois à la maison. Ils vont visiter le 31-33 de la rue Gustave Delaury où Robert vécu le départ de sa mère puis où il eut plus tard sa chambre, jeune homme.

Retour au 8 de la rue de Vauban. Robert explique que la grand-mère Susanne avait effectué une donation de ses biens à titre de partage anticipé avec la maison du 31 pour Reine, le 10 à Rose-Aimée et le 8 pour lui puisque Thérèse était alors décédée.

Lecture du journal de stage de Thérèse chez les tuberculeux, prémonitoire de la maladie qui allait l'emporter sur des images de La nuit du chasseur.

Robert parle de la deuxième femme de son père Alphonse, mamie Desplechin.

Sur des images d'arbres, Arnaud se souvient que, le 26 juin 2004, il avait tenté de se rendre au funérarium de l'hôpital Cochin à Paris où reposait l'aimée mais qu'il était arrivé dix minutes après la fermeture. Le lendemain dimanche à son arrivée, il apprend que les visites ont été annulées. Le corps de l'aimée avait été emporté loin de la France par sa royale famille pour y être enterré. Arnaud n'avait appris la haute lignée de l'aimée que quelques mois avant sa mort.

Nouvelles lecture des lettres de Thérèse. Visite de Robert au cimetière de Roubaix selon son parcours habituel. Il visite d'abord, près de l'entrée les tombes de Reine et Rose Aimée morte en 1966, puis les tombes de sa mère et des grands parents Subrenat-Cheminade puis la tombe de son père Alphonse et de mamie Marie-louise morts en 1988 et 2000.

Au 8, c'est le déménagement.

Robert rappelle qu'il a été adopté à 50 ans par mamie comme l'indique d'ailleurs un document officiel au nom de madame Desplechin Nappe. Elle était infirmière et chanteuse, comme sa mère.

Arnaud revient à Thérèse. "Je l'ai connu en creux" dit Robert "Mais elle, elle t'a connu. Et de ça, tu peux avoir un chagrin" insiste Arnaud. "Bien-sur" conclut Robert.

Arnaud Despelchin avait devant lui le tableau de Thérèse à la mort de l'aimée en 2004. Il revient deux ans après exactement à Roubaix comme pour éprouver à nouveau le chagrin du deuil.

Se superpose à ces deux femmes mortes, le Vertigo d'Hitchcock, le mythe de cet homme qui deux fois laissa mourir la femme aimée. La musique originale du film, Femmes Aimées 1 2 et 3, composée par Grégoire Hetzel indique bien que le deuil que met en scène Desplechin se compose de trois étages temporels. Au thème de Cole Porter, Ev'ry time we say goodbaye, qui ouvre le film va se superposer la musique de Bernard Herrmann écrite pour Vertigo avec les deux thèmes du portrait de Carlotta et de la plage. Filmée par le fils, la voiture du père, qui suit, évoque aussi la filature de Madeleine par Scottie.

Deux fois est montré le même extrait de Lilian Gish dans La nuit du chasseur, lisant dans la nuit étoilée, sans le son, la Bible aux orphelins. Dans cette scène où elle leur rappelle qu'on reconnaît un arbre à ses fruits, sont lues les lettres de Thérèse.