3h10 pour Yuma

1957

Genre : Western

(3:10 To Yuma). Avec : Glenn Ford (Ben Wade), Van Heflin (Dan Evans), Felicia Farr (Emmy), Leora Dana (Mrs. Alice Evans), Henry Jones (Alex Potter), Richard Jaeckel (Charlie Prince). 1h32.

Ben Wade et sa bande attaquent une diligence et raflent le coffre rempli d'or qu'elle transportait. En tenant de s'interposer, le cocher est tué. Accompagné de ses deux fils, Dan Evans, un éleveur de la région, a assisté impuissant à la scène. Embrigadé dans la patrouille que le shérif du lieu constitue pour retrouver les bandits, Dan réussit à capturer Ben Wade, qui s'était attardé au saloon de la ville avec Emmy, la jolie serveuse.

Butterfield, le propriétaire du coffre volé, offre une prime de 200 dollars à qui conduira le prisonnier dans le train pour Yuma. Dan, qui a un grand besoin de cet argent à cause de la sécheresse qui menace de ruiner sa ferme, accepte la mission. Parvenu à Contention, Dan s'enferme dans une chambre d'hôtel avec son prisonnier pour y attendre l'arrivée du train. Mais les complices de Ben, qui ont retrouvé sa trace, se rendent sans peine maîtres de la ville.

Tout le monde, y compris Butterfield et Alice, la propre femme de Dan, le conjurent de renoncer à sa mission : c'est un suicide. Mais Dan veut aller jusqu'au bout : pour l'argent dont il a besoin, mais aussi par fierté, pour regagner l'estime de ses fils. Et contre toute attente, Dan, gardant Ben Wade sous le feu de son fusil, réussira à prendre le train de 3 h 10 tandis que la pluie commence à tomber.

En 1952, Le train sifflera trois fois ouvre l'ère de ce qu'André Bazin dénomme le surwestern :  "un western qui aurait honte de n'être que lui-même et chercherait à justifier son existence par un intérêt supplémentaire d'ordre esthétique, sociologique, moral, psychologique, érotique". Et il vrai que, sans Gary Cooper et sa rengaine musicale, le film de Fred Zinnemann, allégorie sur le bien, le ma et dénonciation de la lâcheté serait affreusement ennuyeux tant il est lent et manichéen.
 
Cinq ans après, Delmer Daves réussit en revanche un modèle du genre où l'extrême lyrisme des paysages, de la photographie viennent accentuer les dimensions  épique et morale de personnages amenés à prendre des décisions concrètes (l'action n'est jamais oubliée) aussi bien que morales.
 
High noon et 3h10
 
Il est probable que Delmer Daves a pensé se confronter au film de Zinneman. C'est à midi (High noon) qu'arrive le train duquel débarquent les tueurs que Gary Cooper doit affronter seul. C'est plus modestement à 3h10 que part le train pour Yuma dans lequel Van Heflin  doit conduire Glenn Ford en prison. A un sombre règlement de compte qui se termine par quatre morts et un geste de méprisant, Daves oppose un héros non violent qui ne tue qu'en dernier recourt et qui gagne le respect de son ennemi qui sourit de sa situation.

Le personnage de Glen Ford, intelligent et amoral, est aussi sympathique que son ennemi. La relation amoureuse avec  Emmy est un modèle de séduction aussi discrète qu'intense. L'érotisme passe par la proximité des visages qui les déterritorialise de leur contexte du western pour, sur fond noir, leur faire  atteindre une intensité quasi bergmanienne. En face, Van Heflin gagne l'amour de sa femme et de ses enfants et ayant su rester fidele à ce qu'il est tout en prenant des risques mesurés.

Viendront ensuite les westerns baroques où nulle réconciliation ne sera plus permise. Ici même la pluie est de la partie pour sceller l'accord de l'homme avec la nature et donc avec lui même.

Jean-Luc Lacuve le 22/06/2015

Test du DVD Editeur : Carlotta-Films, juin 2015. Master haute définition d'après une restauration 2K.
Alalyse du DVD

Suppléments :

  • "Delmer Daves par Michael Daves, 1re partie : 3H10 pour Yuma" (HD - 23' - VOST)
  • "The Shadows of Noir : Phedon Papamichael à propos de 3H10 pour Yuma" (HD - 24' - VOST) Bande-annonce (HD)
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