1924

Un canon se déplace tout seul sur une terrasse perchée sur un immeuble parisien. Deux personnages, l'un en chapeau melon l'autre chemise blanche et nœud papillon arrivent, flottant dans les airs. Toits de Paris sans dessus dessous.
Un étrange personnage de fête foraine à la tête gonflable. Des gants de boxe sur les rues de Paris, de jour, de nuit. Des allumettes brûlants, se superposant sur des cheveux. Des colonnades, un jeu d'échec, deux hommes y jouent sur des toits. L'échiquier est arrosé par des trombes d'eau. Un bateau en papier flotte sur Paris. Une danseuse, en contre-plongée sous sa jupe, semble s'élancer et retomber dans les airs comme si elle faisait du trampoline. La Seine. La danseuse, puis, alors que l'on lui voit qes bras, la tête découvre celle d'un homme à barbe..puis d'une femme. Des yeux se superposent sur l'image de la Seine. Le canon d'un fusil pointe vers nous. Des pipes de foire, un œuf sur un jet d'eau. Un chasseur en chapeau tyrolien les voit se multiplier, ne sait où tirer, tire... et transforme l'œuf en pigeon... qui vient se poser sur son chapeau. Un autre chasseur tire alors sur le pigeon et le premier chasseur.

Un corbillard tiré par un chameau. Le cortège se met en rang. Les couronnes mortuaires sont des couronnes de pain que l'un des hommes du cortège grignote. Les invités avancent en courant au ralenti. Ils courent au ralenti avec des pas de plus en plus grands. Une rue de Paris avec un trafic ralenti, des passants. Insert sur la danseuse, sur des colonnes. Le cortège funéraire fait le tour d'une petite tour Eiffel dans un parc d'attraction. Le chameau et son guide s'aperçoivent que le corbillard a disparu.

Le corbillard déboule en effet le long d'une longue avenue en pente. Les invités courent à sa poursuite. Parmi eux, on repère une vieille femme, un coureur à pied, un cul de jatte sur sa caisse d'infirme. Publicité pour le savon cadum. Le corbillard de course a fini par quitté Paris. Il grimpe des côtes. En parallèle de sa course, on voit des voitures, des cyclistes, des bateaux, un avion, le cul de jatte. L'écran se coupe en deux. Puis effet d'iris. Les montagnes russes du parc d'attraction, des voix de chemin de fer se superposent à des usines à la campagne. Retour aux montagnes russes. Le corbillard à l'envers, rues à l'envers, accélérés. Le corbillard laisse tomber le cercueil en plein champ. Les poursuivants s'approchent. Le couvercle se met à bouger. Du cercueil sort un magicien qui fait disparaître un à un les invités puis lui-même.

L'écran est traversé par le magicien qui le déchire puis en inversant le déroulé revient derrière l'écran de nouveau intact sur lequel est inscrit le mot FIN.

Entr'acte fut peut-être le seul film purement dada de l'histoire du cinéma. La vie de "dada" fut brève, de 1916 à 1923 approximativement. Négateur en politique comme en art, le dadaïsme pratiqua l'incohérence, l'absurde, la dérision, se voulant "l'insignifiant absolu". Il cultive le hasard qui ouvre sur l'inconscient, l'expression spontanée. Il s'adonne à l'invention permanente dans l'anarchie, la bonne humeur et une impressionnante vitalité.

Picabia le dit à propos d'Entr'acte commandé à René Clair pour le ballet Relâche : "Entr'acte ne croit pas à grand-chose, au plaisir et à la vie peut-être ; il croit au plaisir d'inventer, il ne respecte rien si ce n'est le désir d'éclater de rire."

 

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Avec : Jean Börlin (Le chasseur au chapeau tyrolien / Le prestidigitateur), Inge Frïss (La ballerine), Francis Picabia, Erik Satie (Les hommes qui charge le canon), Marcel Duchamp et Man Ray (les joueur d'échecs), Darius Milhaud, Marcel Achard, Georges Auric, Georges Charensol, Roger Le Bon ( les hommes qui suivent le corbillard). 0h22.

Entr'acte
Genre : Film expérimental
Voir : photogrammes du film