Boris Barnet, avec un seul "t" final comme il l'a précisé à l'historien Georges Sadoul au cours d'un entretien (cf. Cahiers du Cinéma, n°169, juin 1965), est né à Moscou le 18 juin 1902. Son grand-père était un soldat anglais établi en Russie pendant les guerres napoléoniennes. Il fit ses études à Moscou :

"Je m'inscrivis ensuite à l'école des Beaux-Arts que je quittai en 1919 pour m'engager, à 17 ans, dans l'Armée Rouge. À l'armée, je me passionnais pour la culture physique et le sport. Démobilisé en 1921, je devins boxeur et participai à plusieurs matches importants".

Barnet omet de dire qu'il fut même champion, et que c'est à ce titre que Lev Koulechov, alors directeur de ce qui allait devenir, en 1922, le V.G.I.K. (École technique supérieure du cinéma), l'engagea pour donner des leçons de boxe à ses élèves comédiens.

Le cinéma séduisit finalement le jeune Boris plus que le noble art puisqu'il se lança dans la carrière cinématographique dès 1924, en interprétant le rôle du cow-boy dans le film de Koulechov, Les extraordinaires aventures de M. West au pays des bolchevicks. En 1926, Barnet franchit une nouvelle étape en collaborant au scénario d'un "sérial" en trois épisodes, Miss Mend, dirigé par Fedor Ozep dont il fut aussi l'assistant à la mise en scène. En 1927, Barnet passe définitivement derrière la caméra, signant deux films, l'un qu'il reconnaît lui-même médiocre, Moscou en octobre, réalisé pour commémorer le dixième anniversaire de la révolution et La jeune fille au carton à chapeau (1927) qui demeure un des sommets de son oeuvre. Son premier film parlant, Le faubourg (Okraina, 1933) , figure aux côtés de La maison de la rue Toubnaia, parmi les classiques d'un cinéma soviétique au sein duquel B. Barnet, réalisateur mais aussi souvent interprète, fit toujours figure de marginal.

Ce statut particulier, Barnet le doit sans doute aux sujets qu'il a abordés :

"A quelques exceptions près, tous mes films ont, bien ou mal, exprimé la vie contemporaine et ses problèmes... À ce propos, je vous dirai un de mes apologues favoris. Un grand peintre japonais, Hokusai, divisa ainsi sa vie et son travail : entre 20 et 40 ans il fit des natures mortes, puis des paysages. Entre 40 et 60, il peignit des oiseaux, entre 60 et 80, des canards, des poulets, diverses sortes d'animaux domestiques. Et ce fut seulement au seuil de sa centième année qu'il se hasarda à créer des hommes. Mon ambition a été aussi de montrer les hommes dans la vie contemporaine. Je n'ai ni pu, ni voulu, attendre aussi longtemps pour m'y risquer. Mais je me demande si je vivrai encore assez longtemps pour peindre vraiment l'homme."

Marginal, Barnet le fut aussi par sa conception du cinéma : "Je ne suis pas, je n'ai jamais été un homme de théories. J'aime avant tout la comédie, je me plais à introduire des scènes drôles dans un drame et des épisodes dramatiques dans un film comique."

Boris Barnet est mort à Riga le 8 janvier 1965.

Ressources internet : kinoglaz.fr


Filmographie

1927

La jeune fille au carton à chapeau

(Devushka s korobkoy). Avec : Anna Sten (Natasza), Ivan Koval-Samborsky (Ilya Snegiryov), Serafima Birman (Pani Irene), Yeva Milyutina (Marfusza), P. Paul (Maz Irene), Vladimir Fogel (Fogelew). 1h38.

Dans leur petite maison, non loin de Moscou, Natasza et son grand-père mènent une existence paisible et heureuse. La bonne humeur et la joie de vivre de Natasza sont pour beaucoup dans cette tranquillité, mais le grand-père redoute cet instant où un beau jeune homme lui enlèvera sa charmante petite-fille.

   
1927 Moscou en octobre
   
   
1928 La maison de la rue Toubnaia
   
   
1929 Question de vie
  (c m)
   
1929 Le piano
  (c m)
   
1931 Le dégel
   
   
1933 Le faubourg
 

(Okraina). Avec : Aleksandr Chistyakov (Pyotr Ivanonich Kadkin), Sergei Komarov (Alexander Petrovich Greshin), Yelena Kuzmina (Marika Greshina), Nikolai Bogolyubov (Nikolai Kadkin), Nikolai Kryuchkov (Senka Kadkin). 1h38.

1914. Un petit bourg provincial, près de la frontière, à des lieues de la Russie impériale. La seule activité du village, à l'instant où la guerre vient d'éclater, repose sur l'atelier de Grechine, le fabricant de bottes. Fournisseur de l'armée, son patriotisme est à la mesure de ses affaires.

   
1936 Au bord de la mer bleue
 

(U samogo sinego morya). Avec : Nikolai Kryuchkov (Aliosha), Yelena Kuzmina (Misha), Lev Sverdlin (Yussuf). 1h11.

Un navire a coulé dans la mer Caspienne. Pendant deux jours et deux nuits, Aliosha et Yussuf, seuls rescapés, ont dérivé avant d'être sauvés par des pêcheurs au large d'une île de l'Azerbaïdjan. Aliosha a un ordre de mission comme mécanicien. Il sera le seul mécanicien au kolkhoze "Feux du communisme" installé sur l'île.

   
1939 La nuit de septembre
   
   
1940 Le vieux jockey
  Ivan Sergueïevitch Trofimov est jockey. Il aime passionnément son métier mais il est vieux et à l’hippodrome de Moscou, lors des épreuves de course au trot, il subit une nouvelle défaite. La direction de l’hippodrome lui propose de prendre sa retraite. Mais Trofimov est humilié et refuse d’abdiquer. Il rejoint sa campagne natale, bien décidé à donner la preuve de ses qualités toujours dynamiques de jockey. Au kolkhoze, il découvre, à l’écurie des étalons sélectionnés, le cheval Egorka. Il veut en faire un nouveau champion. Mais le président du kolkhoze, Zot Iakovlevitch a d’autres projets pour Egolka, et il l’échange contre une voiture légère. Cependant, Trofimov est obstiné : aidé par Vassia le palefrenier, du kolkhoze, il retrouve le cheval, et l’entraîne pour les épreuves de trot. C’est Vassia, nouveau jockey, qui, aux courses de Moscou, conduit Egolka, et remporte une victoire éclatante, déjouant ainsi tous les pronostics des habitués de l’hippodrome. Ivan Sergueïevitch Trofimov est ainsi récompensé de toutes ses peines. Le film raconte aussi les aventures de deux parieurs de l’hippodrome, et celles de Maroussia, la petite-fille de Trofimov, confrontée pour la première fois à la vie de la capitale.
   
1941 le courage ( Ciné-recueil n°3)
   
   
1942 Un personnage exceptionnel ( Ciné-recueil n°4)
   
   
1943 Les Novgorodiens
  (ou Un brave garçon) Pendant la dernière guerre mondiale, des partisans russes se sont installés dans une forêt près de Novgorod. Ils sont bientôt rejoints par un chanteur d'opéra et un pilote français qui auront pour mission de détruire un aérodrome utilisé par les Allemands.
   
1945 Une fois la nuit
  ( Odnazhdy nochiu) C'est la guerre et une petite ville soviétique est occupée par les Allemands. Une jeune fille d'un milieu modeste au risque de sa vie décide de cacher et aider deux pilotes sérieusement blessés
   
1947 Personne ne le saura
  (ou L'exploit d'un agent secret) Fedotov est officier des services secrets soviétiques. Pour intercepter les communications d'un général nazi avec le haut commandement allemand, il doit se faire passer pour Ekkert, personnage allemand important. Dans le cadre de sa mission, il découvre un traître parmi ses hommes.
   
1948 Les pages de la vie
   
   
1951 Un été prodigieux
  Après la guerre, Piotr Sereda revient à son kolkhoze dont le président, Nazar, est un ami et camarade de régiment. Piotr devient le comptable en chef du kolkhoze. Tandis que les équipes agricoles vont de succès en succès et voient leurs travaux appréciés par la hiérarchie, Piotr essaie de prouver sans relâche à Nazar, quelque peu amolli par sa gloire, que l’élevage est menacé, et que la situation financière est alarmante. Le président reconnaît son échec et décide de réagir.
   
1952 Concert des orchestres ukrainiens
   
   
1955 Liana
  Des chanteurs, des danseurs et des musiciens venus de l'important kolkhoze vinicole «Nouvelle Vie» arrivent à Kichinev pour participer à un concours d'artistes amateurs de la campagne. Parmi eux se trouvent Liana, l'un des meilleurs chefs de groupe de l'artel, son amie Paraskitsa, Andreï, le fiancé de Liana, accompagné de ses amis Gricha et Aliocha. Lors du concours, l'ensemble de jeunes connaît un énorme succès. Le jury décerne aux interprètes des diplômes d'honneur. Toutefois, sur l'insistance du président du kolkhoze, Andreï et ses camarades ne reçoivent pas de diplôme parce qu'ils ne se sont pas montrés à la hauteur dans leur travail au kolkhoze. Blessés par le fait que leur art n'a pas été apprécié à sa juste valeur, les jeunes gens, sous la mauvaise influence du musicien «libre» Guitsa, ne se rendent plus au kolkhoze pendant plusieurs jours ni aux répétitions de l'ensemble. Ce n'est que grâce à l'influence amicale des kolkhoziens et des deux amies Liana et Paraskitsa que les jeunes gens se corrigent et deviennent non seulement des musiciens virtuoses, mais également de bons ouvriers du kolkhoze.
   
1957 Le lutteur et le clown
 

(Borets i kloun). Avec : Stanislav Chekan (Ivan Maximovich Poddubny , le lutteur), Aleksandr Mikhajlov (Anatoli Leonidovich Durov , le clown), Yuri Medvedev (Nikita, l'ami d'Ivan), Iya Arepina (Marusya Nikolayevna). 1h40.

Le port d’Odessa : mouvement ininterrompu des voyageurs et des dockers qui transportent d’énormes ballots. Surgit un colosse au regard tendre : il arrive de son village, chargé de ses paquets. Nikitka, l’un des dockers le salue du nom d’ « Ivan le grand » mais le groupe des travailleurs, qui craint un concurrent aussi redoutable, le rejette.

Ivan Poddoubny s’éloigne, en quête d’un emploi digne de sa force. L’affiche du cirque Trucci annonce un championnat de lutte. Sur le chemin du cirque, il rencontre Anatoli Dourov, à la recherche lui-même d’un emploi de clown. Les deux hommes se lient d’amitié, entrent au cirque dans une atmosphère fracassante : le directeur chasse à grands cris Orlando, l’amoureux de sa fille, « un va-nu-pieds ». Sur la piste, il entraîne brutalement une jeune trapéziste, épuisée. Ivan protège la jeune fille, puis obtient un contrat de lutteur pour lui et une mise à l’essai pour le clown.

Le bonheur semble devoir combler les jeunes gens. D’abord Dourov exécute un véritable numéro d’artiste, avec une grâce et une finesse qui ravissent le public. Ivan favorise les amours d’Esthérina et Orlando, noue une idylle avec Marusya, dite "Mimi", la jeune trapéziste. Puis il triomphe en 32 secondes de "Masque noir", le champion de la lutte.

Cependant, les catastrophes se multiplient : jaloux, les deux clowns attitrés mettent de la chaux dans la boîte à poudre de Dourov ; le visage brûlé, il ne peut exécuter son numéro. Le lendemain, le directeur contraint Maroussia à remplacer au trapèze sa fille Estherina qui s’est enfuie avec Orlando. Maroussia prise de vertige au sommet du chapiteau, tombe et meurt. Ivan, inconsolable, doit pourtant rester au cirque pour honorer son contrat. Mais Dourov quitte Odessa et entreprend une tournée pour le cirque Salomonski. Son fils, meurt au moment où il doit se produire pour la première à Moscou. Le clown est contraint de faire son numéro. Puis, désespéré, il démissionne…


Un an plus tard, de retour à Odessa, Dourov fait une parade pour annoncer son spectacle : il traverse la ville en carriole, tiré par un cochon, pour la grande joie des passants, mais à l’indignation du gouverneur de la ville. La police lui interdit "de dresser des animaux en liberté" . Il est expulsé de la ville, mais entreprend une tournée internationale qui lui apporte la gloire. De son côté, Ivan est sollicité par un impresario pour affronter à Petersbourg le champion français de la lutte, René Boucher. Celui-ci s’est enduit d’huile d’olive : Ivan refuse de poursuivre la lutte, et Boucher est proclamé vainqueur.

Ivan rentre chez lui à la campagne. Il reprend les travaux des champs, se fiance à Alionka, une jeune et jolie paysanne. Un cirque plante ses tréteaux sur la place du village : la famille d’Ivan l’entraîne au spectacle malgré lui. Le personnel du cirque l’ovationne, et Ivan, repris par le démon du spectacle, rejoint les lutteurs sur la piste. Il fait ses adieux au village. On le retrouve à Paris, célèbre. Il doit de nouveau se battre contre Boucher. Frisch, l’impresario, imagine une nouvelle ruse pour que Poddoubny perde le match : il demande à la jolie Estherina, devenue parisienne, d’enivrer Ivan avant le combat. Celle-ci feint d’accepter, mais complice indéfectible de son vieil ami d’Odessa, elle boit avec lui du thé. Ivan remporte la victoire. Retour à Odessa du lutteur et du clown. Les dockers les accueillent avec des gerbes de fleurs.

   
1959 Annouchka
  Juin 1941. Annouchka est une jeune mère de famille heureuse, comme la plupart de ses copatriotes, elle ne peut s'imaginer qu'une guerre impitoyable va s'abattre sur son pays. Les premiers avions allemands arrivent et lâchent leurs bombes sur la ville. Annouchka fuit et par la route donne naissance à une fille que le soldat qui l'a aidé à accoucher propose d'appeler Grenade. Loin du front, la vie retouve un certain calme. Annouchka travaille dans un kolkhoze. C'est là qu'elle apprendra la mort de son mari sur le champ de bataille, c'est là aussi qu'elle enterrera son fils. Après la guerre, Annouchka retourne dans sa ville qu'elle trouve presque complètement détruite. Un ancien compagnon de travail de son mari l'aidera à trouver un emploi sur un chantier. Ses enfants ont grandi et sont devenus des adultes. La vie continue, et Annouchka participe à la construction d'une ville nouvelle.
   
1962 Alenka
  A la période des récoltes, Alienka, fillette de neuf ans, quitte la maison fami­liale : il n'y a pas encore d'école dans le nouveau sovkhoze. Ses compagnons de route sont des êtres aux destinées variées et compliquées. Eisa Kalnine, stomatologue à Riga, est arrivée sur les terres vierges après ses études. Les difficultés ont tout de suite commencé: à la gare, elle n'a pas pris la bonne voiture, au sovkhoze, il n'y avait même pas de fauteuil de dentiste. Mais Eisa n'a pas quitté les terres vierges : elle voulait prouver à ses amis et à sa mère qu'elle n'était pas une enfant gâtée... A son tour, Alienka raconte à ses compagnons de voyage qu'elle avait fait le pari d'obtenir cinq fois la note 2 et qu'elle avait failli amener son instituteur Vitaminitch à lui donner cette mauvaise note... Stepan, le conducteur de tracteur, raconte l'histoire de sa vie de famille. Sa femme Lida, capricieuse et gâtée, s'ennuyait sur le chantier de Biélogorsk où Stepan l'avait amenée de Moscou. Il acheta alors deux billets de chemin de fer pour les terres vierges. Là non plus, leur vie ne s'est pas bien organisée. Une fois, Lida quitta même Stepan pour se cacher dans la steppe dans un chasse-nei­ge. Mais il la retrouva. Maintenant elle dirige le club. La vie de Vassilissa Petrovna, une femme querelleuse mais bonne, fut marquée par un malheur. Pour sauver le blé de la famille, sa fille Lisa s'est jetée dans la rivière pour la traverser à la nage et elle s'est noyée. Dans un village lointain, Vassilissa Petrovna a une autre fille. Et cette mère sait qu'elle ne pourra empêcher sa cadette de venir dans les terres vierges, là où sa sœur est morte.
   
1963 Signal d'alarme
   
   
   
   
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(1902- 1965)
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