Les frissons de l'angoisse

1975

Genre : Film noir

(Profondo rosso). Avec : David Hemmings (Marcus Daly), Daria Nicolodi (Gianna Brezzi), Gabriele Lavia (Carlo), Macha Méril (Helga Ulman), Eros Pagni (Calcabrini), Giuliana Calandra (Amanda Righetti). 1h35.

Turin. Helga Ullman, une célèbre médium de passage en Italie, repère un assassin parmi les assistants d'un congrès de parapsychologie. Ell est tué dans la soirée qui suit et appelle au secours depuis sa fenetre. Marcus Daly, pianiste de jazz américain venu à Turin pour jouer avec son ami Carlo, l'aperçoit et ne peut que constater sa mort. Il est alors présenté comme temoin du meurtre par une jeune journaliste Gianna Brezzi et est alors victime d'une tentative de meurtre. Malgré les conseils de son ami, Carlo, il décide d'enquêter sur le psychopathe avec l'aide de Gianna qui tente en vain de le séduire.

Les Frissons de l’angoisse est un giallo  : un film noir auquel on ajoute des excès de couleurs vives (profondo rosso, celui du sang, étant le titre original), de fantastique, de psychose et d'indices à décoder et réinterpréter. Le mystère se résout en réunifiant dans une vision d'ensemble des éléments jusque là épars car acquis durant un trajet allant de fausses pistes en fausses pistes. Le traumatisme c'est celui de Carlo qui a assisté au meurtre de son père par sa mère. C'est elle l'assassin, perverse meurtrières psychotique, qui tue  tous ceux susceptibles de l’identifier, de plus en plus nombreux de fait de l'enquête de Marcus.

Le choix de l’acteur de Blow Up, David Hemmings, n’est pas innocent. Comme Thomas dans le film de Michelangelo Antonioni, David est d'abord passé à côté de l'art sans le reconnaitre. Lors de sa première balade dans la rue, il semble ne pas voir que le Blue bar est à une représentation du Nighthawks de Hopper. Le meurtre auquel il assiste ensuite va le réveiller. Il va devoirt trouver au fond de lui-même ce qu'il aurait dû voir la première fois (non un tableau mais le miroir qui lui a fait voir le visage de la meurtrière). Il échoue une autre fois à lire le réel. Lorsqu’il gratte la plaque de plâtre révélant le dessin mural de Carlo enfant, il s’arrête avant d’avoir terminé, n’obtenant qu’une vision partielle de la fresque. Seul le spectateur verra le dessin entièrement révélé, et dont l’interprétation sera bien différente quant à l'âge et au sexe de l'assassin.

Vision du blue bar avant le meurtre
Nighthawks (Edward Hopper, 1942)

L'image est souvent trompeuse car non mise en relation avec l'ensemble de l'énigme (du film). La vision la plus partielle étant celle de l'assassin, en vision subjective : on n’aperçoit qu’une ombre menaçante ou sa main gantée de noir. Enfermée en elle-même, la mort s’annonce donc avec une comptine instrumentale, ritournelle obsédante, qui se déclenche avant de tuer.

Jean-Luc Lacuve, le 1er juillet 2018