(1863-1944)
Expressionnisme, Symbolisme
Autoportrait 1882 Oslo, Musée Munch
L'enfant malade 1886 Oslo, Musée National
Le printemps 1889 Oslo, Musée national
Inger à la plage 1889 Bergen, Musée des beaux-arts
Jour de printemps rue Karl Johan 1891 Bergen, Musée des beaux-arts
Mélancolie 1891 Bergen, Musée des beaux-arts
Mélancolie 1892 Oslo, Musée national
Le baiser 1892 Oslo, Musée national
Soirée sur l’avenue Karl Johan 1892 Bergen, Musée des beaux-arts
Désespoir 1892 Stockholm, Thieslka Galleriet
La mort dans la chambre 1893 Oslo, Musée Munch
Le cri 1893 Oslo, Musée national
Le cri 1893 Oslo, Musée Munch
Anxiété 1894 Oslo, Musée Munch
Désespoir 1894 Oslo, Musée Munch
Madone 1894 Oslo, Musée Munch
L'enfant malade (pointe sèche) 1894 Oslo, Musée Munch
vampire II 1895 Oslo, Gundersen Collection
Le cri (vente sotheby's, version 3) 1895 Collection privée
Le cri (lithographie, version 4) 1895 Oslo, Gundersen Collection
Autoportrait au bras de squelette 1895 Oslo, Gundersen Collection
Autoportrait avec une cigarette 1895 Oslo, Musée national
Le baiser 1897 Oslo, Musée Munch
La danse de la vie 1900 Oslo, Musée Munch
Jeunes filles sur la jetée 1901 Oslo, Musée national
Les quatre fils de Max Linde 1903 Lübeck, Col. Das Benhaus
L'enfant malade (version 2) 1907 Oslo, Musée Munch
Le cri (version 5) 1910 Oslo, Musée Munch
Le tronc jaune 1912 Oslo, Musée Munch
Nuit étoilée 1924 Oslo, Musée Munch
Autoportrait entre horloge et lit 1943 Oslo, Musée Munch

Edvard Munch est né à Løten le 12 décembre 1863. Son père, Christian Munch, un médecin militaire, capitaine de la marine marchande, avait fait la connaissance de la jeune Laura Cathrine Bjølstad, employée par la famille d'un de ses collègues comme servante trois ans plus tôt. Le médecin de 44 ans et la tuberculeuse de 23 ans se marièrent en 1861. En 1862 nait Sophie, le premier enfant du couple.

En 1864, Christian Munch est nommé responsable médical du Fort d'Akershus à Kristiania. La famille emménage dans un appartement proche du fort et c'est là que naissent les trois plus jeunes enfants : Peter Andreas en 1865, Laura Cathrine en 1867 et Inger Marie en 1868. La santé de la mère décline constamment et elle a grand peine à survivre à la naissance de son cinquième enfant. Le 12 janvier 1868, elle écrit une lettre d'adieu à sa famille, adressée à sa fille aînée, dans laquelle elle exprime l'espoir que «nous tous, que Dieu a pris tant de soin à lier, nous rencontrerons de nouveau au ciel». La lettre, lue à haute voix dans le cercle de famille, deviendra un guide pour Christian Munch dans l'éducation sévère de ses enfants. Laura décède le 29 décembre 1868. Le dernier souvenir qu'Edvard garde de sa mère date de ce jour même où elle est se tient dans la salle de séjour à côté de l'arbre de Noël illuminé «assise sur le canapé dans sa lourde jupe noire avec autour d'elle, assis ou debouts, à tour de rôle, ses cinq enfants ou le père. Elle souriait et les larmes coulaient sur ses joues ... »

La sœur cadette de Laura, Karen Bjølstad, qui avait déjà aidé la famille, devient responsable de la maison. Malgré les sombres évènements associés à cette époque, Edvard Munch en gardera des souvenirs d'années de bonheur. "Nous étions tous là, en bonne santé, et jamais nous n'aurions dû quitter ce quartier ..."

En 1875, la famille déménage en effet de nouveau, cette fois à Grünerløkka, une nouvelle banlieue sur la bordure orientale de la ville. L'appartement loué est froid et les habitants plus pauvres que dans la partie ouest de la ville où habitait la famille Munch. Christian Munch pense pouvoir augmenter sa solde en se faisant une clientèle privée. Les finances de la famille restent toutefois très maigres en raison de la pauvreté de la clientèle et de la gentillesse du père envers ses patients aux moyens limités. Karen Bjølstad, qui tient le ménage, élève les enfants et travaille, réussit toutefois à maintenir à la famille son statut de classe moyenne.

Les plus anciens dessins conservés d'Edvard Munch, tels des intérieurs de la maison familiale, montrent qu'il travaille systématiquement dès l'âge de 12 ans. La plupart des dessins de son enfance tirent leurs motifs d'éléments de la maison, objets, meubles et des récits d'aventures que son père lisait souvent à haute voix.

En 1877, la famille Munch subit une nouvelle tragédie. L'aîné des enfants, Sophie, meurt de la tuberculose. Edvard Munch est lui aussi souvent malade, souffrant de bronchite et d'asthme chronique. Il a plusieurs attaques graves de fièvre rhumatismale. En hiver, il doit souvent rester à l'intérieur de la maison et reçoit des cours privés.

A l'automne 1879, Edvard Munch commence ses études au Collège technique de Kristiania. Son père souhaitait qu'il ait une formation technique pour assurer son avenir. Mais le dessin occupe tous ses loisirs. Ses absences fréquentes pour cause de maladie l'écartent souvent de l'école et, à l'automne 1880, il prend la décision de sa vie : "Ma décision est maintenant irrévocable, je veux être peintre", écrit-il dans son journal le 8 novembre. Il s'inscrit à la Royal School of Design de Kristiania. Deux ans plus tard, il quitte l'école. Avec un groupe de jeunes collègues, il loue un studio dans la rue Karl Johan au centre de la ville. Un certain nombre de peintres ont des studios dans la rue y compris Christian Krohg, un artiste réaliste connu et respecté qui offre ses conseils aux jeunes peintres. Edvard Munch, n'est cependant guère enthousiaste au sujet de "l'ingérence" du "vieil académicien".

Edvard Munch fait ses débuts en tant que peintre au printemps de 1883, quand il expose un tableau au salon de l'Industrie. En décembre de la même année, il participe au Salon d'Automne pour la première fois.

Le peintre Frits Thaulow était une figure centrale parmi les artistes de Kristiania. Artiste international prospère, Thaulow avait souvent aidé ses jeunes collègues aux moyens limités. Frits Thaulow reconnait rapidement le talent de Munch, et offre au père de Munch de quoi couvrir le coût de l'envoi de son fils pour visiter le Salon de Paris.

A la fin d'avril 1885, Edvard Munch, âgé de 22ans, voyage à l'étranger pour la première fois. Il se rend d'abord à Anvers, où il expose une œuvre dans dans le pavillon norvégien de l'Exposition universelle. De là, il continue sur Paris pour un séjour de trois semaines où il étudie les collections du Louvre. Il visite aussi le Salon où s'expose l'art contemporain à Paris.

À l'été 1885, Edvard Munch fait la connaissance de Milly Thaulow, "Mme Heiberg", comme il l'appelle dans ses cahiers littéraires. Cette jeune femme, mariée au docteur et directeur médical de l'armée Carl Thaulow, frère du peintre Frits Thaulow, devient le premier grand amour d'Edvard Munch. Ils se rencontrent dans le studio qu'Edvard Munch a loué en ville. La joie et l'excitation de leurs réunions secrètes sont bientôt remplacées par un sentiment de culpabilité : "Il avait commis l'adultère ... il s'était jeté dans quelque chose qui le remplissait de terreur". Il est hanté par la peur que son père puisse apprendre le péché qu'il a commis. Plus tard, quand le souvenir de son premier amour aura pâli à la lumière d'autres expériences, Edvard Munch analysera plus sobrement ses sentiments pour Milly Thaulow.

La même année, il s'attelle à une oeuvre maîtresse, L'enfant malade (1886). Abordant un thème déjà traité par Christian Krohg, Munch marque une coupure radicale avec le réalisme. Pour Munch, le sujet n'est autre que sa soeur Sophie. Il travaille longtemps à cette toile, à la recherche d'une "impression originelle" et d'une forme capable de restituer son expérience personnelle, aussi douloureuse fût-elle. Dédaigneuse de la stylistique de son temps, sa composition s'approche de celle des icônes. La texture grossière des surfaces révèle les tours et détours du processus créateur. La toile est très mal accueillie par la critique.

Les principales oeuvres des années suivantes seront d'une structure formelle moins provocante. Nimbée du néoromantisme ambiant, Inger à la plage (1889) révèle le talent lyrique de Munch. La toile est peinte à Åsgårdstrand, petit village près de Horten, sur les rives du fjord d'Oslo. On y voit le littoral typique de cette région, dont les courbes sinueuses constituent l'un des leitmotivs essentiels de la sémantique de l'artiste.

Au carnaval des artistes de 1886, auquel assistent également Milly Thaulow et son mari, Edvard Munch rencontre Hans Jaeger. Il est probable que Munch et le célèbre chef se soient connus avant, dans la Kristiania bohême. Mais alors que Munch était resté jusque_là un observateur, cette réunion marque un tournant dans sa vie. Jaeger l'incite à écrire sa vie dans ce que Munch appellera ses "journaux littéraires". Il commence à écrire sur les "expériences spirituelles" de son enfance et de sa jeunesse, en particulier sur les souvenirs liés à l'amour et la mort, thèmes qui seront ensuite repris dans ses tableaux. En 1889, Edvard Munch peint le portrait de Hans Jæger en père spirituel de la bohême de Christiania.

Au printemps de 1889, Munch organise sa propre exposition personnelle à Kristiania. L'exposition couvre la totalité de sa production et il reçoit une bourse d'Etat pour étudier le dessin à Paris. En été, la famille Munch loue une petite maison dans la ville de Åsgårdstrand sur le Fjord du Kristiania, un endroit qui allait devenir un point fixe dans la vie de Munch. Il achète une maison et y retourne presque chaque été pendant plus de 20 ans. C'est l'endroit auquel il rêvait quand il était à l'étranger chaque fois qu'il se sentait déprimé et épuisé. "Marcher dans Åsgårdstrand, c'est comme marcher parmi mes peintures - j'ai une telle envie de peindre quand je suis dans Åsgårdstrand", disait-il.

À l'automne de 1889 Edvard Munch se rend à Paris sur sa bourse d'Etat. Une condition expresse de la bourse est qu'il étudie le dessin et il s'inscrit donc comme élève de Léon Bonnat auprès de qui d'autres artistes norvégiens avaient également étudiés. En novembre, son père meurt et Edvard Munch est incapable de se rendre aux funérailles. En janvier, il s'installe à Saint-Cloud, où il loue une chambre agréable avec vue sur la Seine. Pendant quatre mois, Munch étudie consciencieusement auprès de Bonnat, mais après un moment il préfére rester chez lui.

Après la mort de son père, Munch tombe dans un période de dépression et de profonde mélancolie. De l'avis général, la solitude et la mélancolie dont témoigne Nuit à Saint-Cloud sont l'expression de ce deuil. Dans une palette exclusivement bleue, la toile esquisse la silhouette d'un personnage solitaire assis à la fenêtre d'un intérieur, perdu dans l'obscurité. Cette toile toute en nuances ­ non sans évoquer le chromatisme nocturne de James McNeill Whistler ­ est une oeuvre moderne et originale, symptomatique d'une "décadence" fin de siècle.

Munch cherche l'excitation sur le boulevard des Capucines. La musique et les couleurs l'attirent dans un monde de joie et de lumière vues au travers des nuages de fumée de tabac. L'image d'un couple enlacé brûle son âme et de nombreuses années plus tard, il se rappelle cette expérience et la met en mots. Ces impressions vont se transformer en manifeste artistique et Edvard Munch écrira: "Les gens y comprennent leur nature sacrée et enlèvent leurs chapeaux comme à l'église. Je vais peindre ces sentiments et non plus des êtres qui lisent ou des femmes qui tricotent. Il y a bien plus de vie chez ces gens qui respirent, sentent et souffrent au travers de l'amour. "

L'été 1890 se passe entre Åsgårdstrand et Kristiania, et en octobre 1890, il quitte sa ville natale à nouveau pour commencer sa deuxième année d'étude à Paris. Au Havre, après avoir été malade à bord, il est admis à l'hôpital. Après quelques jours de "froid sibérien", à Paris, il part pour le sud et le climat plus chaud de la Méditerranée. Le reste de l'hiver se passe à Nice. Ses problèmes d'argent conduisent Munch à tenter sa chance aux tables de jeu de Monte Carlo. Pendant un moment, il était obsédé par l'excitation de la roulette. En mai, il se rend à Paris pour «voir le Salon», et en été s'en retourne à Åsgårdstrand une fois de plus.

Au Salon de Kristiania en 1891, Munch expose, entre autres, Mélancolie. Ici, les grandes lignes en arc et les larges touches de couleurs homogènes dominent, avec un dépouillement et une stylisation qui s'apparentent à ceux de Paul Gauguin et des synthétistes français. "Symbolisme -­ la nature est formée par l'état d'âme de l'observateur" écrit Munch.

C'est à cette époque qu'il peint les premières esquisses du Cri. Parallèlement, il réalise aussi plusieurs toiles impressionnistes, presque pointillistes, inspirées des bords de la Seine et de Karl Johan, les grands boulevards d'Oslo. Mais c'est la vision de l'âme qui intéresse Munch, et non celle des yeux.

En raison de la longue période de maladie pendant sa période d'études, la bourse de Munch est prolongée pour une troisième année. Et donc pour la troisième année consécutive, il s'embarque pour la France, où, avec Skredsvig peintre norvégien, une fois de plus, il passe l'hiver à Nice. A cette époque Munch expérimente différentes méthodes de peinture. Pendant une brève période, il est impressionniste. Plus tard, il se rapproche du Symbolisme fondé sur les «expériences spirituelles» de sa jeunesse et de son enfance. Ce sera le cycle de tableaux connu sous le nom de Frise de la vie.

En septembre 1892, il présente sa seconde exposition personnelle à Kristiania. L'exposition est vue par le peintre norvégien Adelsteen Normann, qui vivait à Berlin où il est membre de l'Union des artistes. Il est immédiatement captivé par les tableaux de Munch et lui obtient une invitation à exposer son travail dans les locaux de l'Union des artistes de la capitale allemande.

L'exposition s'ouvre à Berlin le 8 novembre, où elle est immédiatement déclarée comme une «insulte à l'art». La réaction se fait contre la technique du peintre et non contre ses sujets. Après discussion et un vote de l'Union des artistes, l'exposition est fermée après une semaine. Les journaux sont pleins de "L'Affaire Munch". Mais Edvard Munch, lui-même est aux anges: "Je n'ai jamais connu eu un tel moment agréable - incroyable que quelque chose d'aussi innocent que la peinture puisse provoquer une telle agitation" écrit-il à sa famille. Il voit immédiatement le potentiel publicitaire de "L'Affaire Munch" et signe un contrat avec le marchand d'art Eduard Schulte pour monter l'exposition à Cologne et Düsseldorf. En Décembre, il loue des locaux à Berlin de sa propre poche. Le gain financier, cependant, ne s'avère pas aussi élevé qu'espéré.

Munch est devenu un personnage célèbre dans les cercles artistiques de Berlin. Au "Zum Schwarzen Ferkel" (le cochon noir) il rencontre un environnement stimulant qui à bien des égards rappelle les cercles bohèmes de Kristiania. Il est devenu ami avec des socialistes, avec des poètes, hommes de lettres et philosophes tels que August Strindberg, Richard Dehmel, Holger Drachman et Julius Meier-Graefe. Le poète polonais Stanislaw Przybyszewski, lui-même préoccupé par la sexualité et l'amour libre est le leader de cet environnement qui brasse idées et motifs. Edvard Munch loue un studio et continue de travailler à sa Frise de la vie avec des sujets liés à l'amour, l'angoisse et la mort. À Berlin, il crée aussi ses premières gravures et lithographies.

En décembre 1893, Munch expose à Unter den Linden. Il y présente notamment six toiles, groupées sous le titre Etude pour une série : l'Amour. Elles sont les germes de ce qui va devenir La Frise de la vie ­ un poème sur la vie, l'amour, la mort. Ce sont de pures ambiances comme La tempête, Clair de lune et Nuit étoilée, où l'on devine l'influence de l'artiste suisse-allemand Arnold Böcklin. D'autres motifs, comme ceux de Rose et Amélie ou de Vampire, dépeignent les facettes peu reluisantes de l'amour. Plusieurs toiles ont pour thème la mort, la plus frappante étant La Mort dans la chambre de la malade. C'est dans cette composition que la dette de Munch envers les synthétistes et symbolistes français est la plus sensible. Blême, grinçante, l'image fige une scène qui pourrait être le baisser de rideau d'une pièce d'Ibsen. On retrouve ici le souvenir de la mort de Sophie, la soeur de l'artiste, entourée de toute la famille. La mourante, vue de dos, est cachée par son fauteuil, mais focalisée par le personnage qui représente Munch lui-même. L'année suivante, la frise prend de l'ampleur avec des motifs comme Angoisse, Cendre, Madone et Les trois âges de la femme, dont le monumentalisme est bien dans l'esprit du symbolisme.

Pendant quatre hivers de suite Munch a vécu à Berlin. Il avait peu de contacts avec des peintres allemands, Berlin ne sera pas une ville d'artistes pour longtemps en tout cas, »écrivait-il à la maison. Il est clair que c'était la vie sociale dans le cochon noir qui l'a gardé là-bas et une fois que le cercle d'amis a commencé à se séparer, il a décidé de faire une pause. À l'automne 1895, il a tenu une importante one-man show à la maison à Kristiania, qui a été également assisté par Henrik Ibsen. Ibsen a été particulièrement préoccupée par la femme la peinture en trois étapes, une peinture qui, selon lui Munch, a été l'inspiration pour le sujet de la pièce d'Ibsen Quand nous Morte réveiller.

A la fin de février 1896, Munch revient à Paris. Il expose des peintures au Salon des Indépendants, fermement déterminé à se faire une place dans cette ville cosmopolite. Au Salon de l'Art nouveau, il expose ses grandes séries sur les thèmes du tourment amoureux et des œuvres graphiques. Dans un partenariat fructueux avec le célèbre imprimeur Auguste Clot, il crée des lithographies en couleurs et des gravures avec des sujets tirées de la frise de la vie. Il conçoit les affiches des pièces d'Ibsen pour le Théâtre de l'Oeuvre mais ne vient pas à bout d'une commande d'illustrations des Fleurs du Mal de Baudelaire. Il n'effectue pourtant pas la percée attendue à Paris. Munch perd au jeu, à la roulette. Une fois de plus, il entre en contact avec Strindberg qui écrit Inferno. Il voit les poètes Obstfelder Sigbjørn et Stéphane Mallarmé. Grâce à son ami, le compositeur Frederick Delius, Munch est entré en contact avec la famille Molard, qui, dans leur maison de la rue Vercingétorix ont créé un lieu de rencontre pour les artistes.

À l'automne 1897, il tient une grande exposition à Kristiania qui rencontre un certain succès. Il loue un studio à Universitetsgaten avec le peintre Alfred Hauge. Il y vit souvent, dormant sur un matelas à même le sol  dans une pièce emplie de fumée et se servant d'un réchaud à pétrole malodorant. Munch fait alors la connaissance de Mathilde Larsen, fille d'un des commerçants en vin de la ville les plus en vue. Tulla, comme elle est surnommée, est déjà une «vieille fille» de trente ans. Munch qui a quatre ans de plus entame une relation avec elle dans le courant de l'hiver. Même à un stade précoce, il semble que la relation était totalement hors de contrôle dans la mesure où Munch sous estime la passion de Tulla Larsen. Au printemps de 1898, ils voyagent ensemble en Italie, où Munch étudie l'art de la Renaissance, mais bientôt il demande à Tulla de l'attendre à Paris. Ils se voient alors de façon sporadique jusqu'à la fin dramatique de leur relation en 1902. Edvard Munch et Tulla Larsen se réunissent pour une «réconciliation» au Åsgårdstrand. Il y avait un revolver dans la maison et, dans un accident de tir, Munch est blessé à la main gauche. Il rend responsable Tulla de l'accident et rompt tout contact avec elle et avec leurs amis communs. Munch restera préoccupé de sa main dans une forme de monomanie, et son doigt perdu sera un rappel constant des «trois années de perdues» dans sa vie. Munch y trouvera matière à des séries sanglantes, dans lesquelles il change Tulla en Charlotte Corday et lui-même en Marat.

Dans les dernières années du siècle, Munch tente d'achever sa frise. Il peint une série de nouvelles toiles, dont plusieurs de grand format, en partie inspirées par l'Art Nouveau. Pour Métabolisme, un tableau de grande taille, il fabrique lui-même un cadre qu'il orne de reliefs sculptés. D'abord baptisée Adam et Eve, la toile révèle la place centrale que tient le péché originel dans la philosophie de l'amour de l'artiste. Des motifs comme La croix vide et Golgotha (toutes deux de 1900) sont symptomatiques de l'attirance de l'époque pour la métaphysique, et se font l'écho de la jeunesse piétiste de l'auteur. Le tournant du siècle est une phase d'expérimentation fébrile. Un style plus coloré, plus décoratif voit le jour, sous l'influence des nabis et de leur maître Maurice Denis. Dès 1899, Munch peint La Danse de la vie qui, par son aspect monumental, peut être considérée comme une lecture audacieuse et personnelle de ce style décoratif.

Une série de paysages du fjord de Christiana, études sensibles et décoratives, sont considérés comme autant de sommets du symbolisme nordique. Jeunes filles sur la jetée, oeuvre d'ambiance classique, est peinte à Åsgårdstrand durant l'été 1901.

Cette même année 1902, Edvard Munch réalise une percée définitive à Berlin. Dix ans après "l'exposition scandale", La frise de la vie est exposée à la Sécession de Berlin, et lui donne la reconnaissance artistique et la réussite financière.  Il signe un contrat avec un marchand d'art allemand sur les droits exclusifs de vendre ses peintures et œuvres graphiques et, dans l'ophtalmologiste Max Linde de Lübeck, il trouve son premier commanditaire. Au Salon de Paris, où Munch est exposé en 1903 et 1904, ses tableaux attirent une attention considérable. Son plus grand succès est la grande exposition à Prague en 1905. "J'espère que cela m'apportera non seulement l'honneur, mais aussi de l'or,» écrivait-il à sa tante. Rien d'aussi grandiose n'arrivera mais Munch est reconnaissant de l'accueil reçu et quelques années plus tard il regardera ces jours à Prague comme un «beau rêve». Son œuvre fait alors une large part aux portraits, souvent en pied. Le portrait de groupe intitulé Les fils du Dr Linde (1904) est considéré comme une œuvre maîtresse du portrait moderne. Les fauves, Matisse en tête, partagent avec Munch de nombreux sujets de recherche. La Brücke de Dresde s'intéresse à son art, mais ne parvient pas à monter une exposition de ses œuvres.

Après la rupture avec Tulla Larsen Munch a les nerfs à vif exacerbés par les déplacements constants et une forte consommation d'alcool. Des commandes pour la fille du riche banquier de Warburg l'ont emmené à Hambourg, où il subit une série d'attaques hallucinatoires. Les choses ne s'arrangent pas à Weimar, où ses commandes de portraits le plongent dans un monde de fêtes et de réceptions. Comme ses nerfslâchent, son aversion pour la Norvège et la «ville de l'ennemi» augmente. Munch ne retourne dans son pays que pour de courtes visites à Åsgårdstrand. Après l'encouragement de ses amis en Allemagne, il a essayé de rester à Thüringer Wald, Bad Elgersburg et Bad Kösen, mais ne trouve pas la paix.

Henrik Ibsen disparaît en 1906, et Munch met l'automne de cette année à profit pour réaliser des décors pour Les revenants, mis en scène par Max Reinhardt au Deutsches Theater de Berlin. L'influence d'Ibsen ne cesse de croître. Alors que, ses problèmes nerveux sont sévères, L'Autoportrait à Weimar montre un personnage sans force, attablé dans un café claustrophobique, très proche d'Osvald, le personnage d'Ibsen.

Sur commande, Munch peint un monumental Portrait idéal de Friedrich Nietzsche, et profite de plusieurs visites à Weimar pour peindre la soeur du philosophe décédé, Elisabeth Förster-Nietzsche.

De nouveaux thèmes laissent entrevoir un regain d'intérêt pour le monde. Hommes se baignant (1907-08) est un éloge sans détour de l'énergie virile. Les problèmes de nerfs et d'alcool atteignent pourtant un paroxysme, et Munch choisit de passer huit mois dans une clinique de Copenhague. En Norvège, on découvre enfin la valeur de son oeuvre. Il est décoré de l'ordre de St-Olav durant son séjour en clinique.

Edvard Munch passe les étés de 1907 et 1908 dans la station balnéaire de Warnemünde sur la Baltique, "un Åsgårdstrand  allemand", comme il le baptisé. Il peint sur la plage tout en profitant de grandes respirations d'air marin. En septembre 1908, cependant, son séjour est brusquement interrompu. Munch semble au bord de la psychose, il a le sentiment qu'il est suivi et croit que tout le monde l'espionne. Il  voyage au Danemark et avec l'aide de son ami, le poète Emmanuel Goldstein, il est admis à la clinique du Dr Jacobson de Copenhague. Là, il trouve le calme même s'il subit de nombreux traitements différents, y compris "l'électrification". Il promet de ne plus jamais boire d'alcool. Il  poursuit ses travaux pendant les huit mois qu'il y passe à la clinique durant lesquels il obtient toujours plus de reconnaissance. Il est décoré de l'Ordre Royal de Saint Olav pour les activités artistiques et la National Gallery de Kristiania achète beaucoup de tableaux de son exposition à Kristiania en 1909, qui fut un succès auprès du grand public.

En mai 1909, Munch est libéré de la clinique du Dr Jacobson. Il  décide de vivre en Norvège, mais a souhaité éviter à tout prix Kristiania. Comme il l'a vu, que c'était là «l'ennemi» a vécu. Avec son parent Ludvig Ravensberg, il observe les maisons depuis la mer, ses pensées constamment à la recherche d'un endroit où il pourrait s'installer. Lorsque le navire passe  près de la ville côtière de Kragerø, il est tellement enchanté qu'il décide de construire là sa maison. Il loue une propriété avec une grande maison et jardin et une vue sur l'archipel. Il construit un studio en plein air afin qu'il puisse entrer dans la compétition pour décorer la nouvelle salle, l'Aula, de l'université de Kristiania. Il est inspiré par les paysages et les gens qu'il rencontre. Les motifs pour les panneaux principaux de l'histoire universitaire et la décoration de la pièce Le Soleil, sont tirés de l'environnement naturel de Kragerø, tandis que la figure principale de l'Histoire est calquée sur «l'Eriksen marin Borre, qui est devenu Munch bricoleur. «Jamais le travail m'a donné tant de plaisir, dit-il". C'est une déception pour Munch de ne pouvoir acheter la maison à Kragerø.

L'année suivante, il a donc acheté une propriété de l'autre côté du fjord Kristiania, Nedre Ramme dans Hvitsten. Là, il trouve le paysage qu'il cherchait pour d'autres grandes peintures pour l'Aula, Alma Mater. Cette propriété était dans le plus bel endroit sur la côte et il est resté là avec des colombes, des dindes, des canards et des poulets, et son cheval. En 1913, il a également loué manoir Grimsrød sur l'île de Jeløy pendant quelques années, où il a également fait construire un atelier. Son aversion pour le vieux Kristiania et ses habitants semblese réduire peu à cette époque. Il s'aventure dans la capitale pour visiter les anciens lieux de son enfance.

A l'exposition du Sonderbund de Cologne, au printemps de 1912, Munch a le grand honneur d'être invité à exposer avec Van Gogh, Gauguin et Cézanne. «Ici sont réunis les plus fous des choses peintes en Europe - je suis un classique pur et fanée ...', écrit-il à son ami Jappe Nilssen. L'année suivante, Munch et Picasso, les seuls étrangers invités, ont chacun leur propre salle au Salon d'Automne de Berlin.

L'Aula de l'université est inaugurée en 1916. La même année Munch achète la propriété d' Ekely à Skøyen, à l'ouest de Kristiania. Il y réside jusqu'à la fin de sa vie. La maison est une villa spacieuse de style suisse. Une véranda de verre sur le côté sud donne sur un magnifique verger de pommiers et de cerisiers. De la véranda, on pouvait voir vers le sud le paysage ouvert vers la ville et le fjord et, à l'ouest, les montagnes dans le lointain . La propriété comprend aussi une vieille grange avec cheval et chiens et pendant un moment vaches et porcs. Les poules font également partie de la "ferme". A cette époque, Munch, homme prospère, aime à se voir en "propriétaire". Il se construit des studios de plein air et demande à son ami et parent, l'architecte Henrik Bull de lui construire un "studio d'hiver"r

Edvard Munch vit dans un isolement relatif à Ekely avec moins de contacts qu'avant avec famille et amis. En 1920-1922 il se rend à Berlin, Paris et Zurich, et en 1926-27 il visite plusieurs villes européennes. Les expositions de Munch à travers l'Europe sont un «cortège triomphal sans égal», comme Jappe Nilssen le note en 1927 et d'importantes rétrospectives d'Edvard Munch d'art ont eu lieu à Berlin et Oslo. Cependant, le peintre évite de «l'agitation des vernissages". Il a des choses plus importantes à faire: «Je ne peux plus supporter d'être loin de mes pinceaux et couleurs pendant longtemps. Je dois savoir que si l'envie surgit j'ai sous la main fusains et brosses prêtes." En 1930, un vaisseau sanguin éclate dans son œil droit. Il reste presque aveugle pendant un moment et trois ans plus tard il souffre de nouveau de ce qu'il appelle «une dangereuse congestion».

Pour son 70e anniversaire en 1933 Munch reçoit la Grande Croix de l'Ordre de Saint Olav. Lorsque les forces allemandes envahissent la Norvège en 1940, Munch refuse tout contact avec les nazis allemands et norvégiens. Les puissances d'occupation menacent de saisir Ekely, et Munch craint pour ses "enfants" - ses tableaux. En même temps, il ressent une étrange paix. "... Maintenant tous les fantômes anciens se sont glissés dans leurs trous de souris face à cet énorme fantôme", aurait-il déclaré à Pola Gauguin, la fille de l'artiste. Durant l'hiver 1943-1944, Munch contracte une pneumonie contractée, et meurt paisiblement à Ekely le 23 Janvier 1944.

Il lègue sa vaste collection d'œuvres et de notes biographiques et littéraires à la municipalité d'Oslo. Un millier de toiles et 4 500 œuvres sur papier vont former le fonds du musée Munch, inauguré en 1963. La Galerie nationale d'Oslo possède elle aussi une collection unique de toiles et en particulier de chefs-d'œuvre de sa première période, la plus novatrice. Le musée de Bergen possède quant à lui plusieurs œuvres de première importance.

Trois expositions importantes en France :