Le cri
Edvard Munch
1893
 
Le cri
Edvard Munch, 1893
Tempera et crayon sur carton. 91 x 73,5 cm
Oslo, Musée national (image sur le site du musée)
 

C'est en 1893 que Munch donne la première version du Cri, qui est aussi la plus célèbre des deux versions à l'huile et tempera. L'autre, datée sans certitude de 1910, est au musée Munch. Il existe aussi deux versions au pastel (Musée Munch, 1893, et collection privée, 1895), et une cinquantaine de gravures, presque toutes différentes.

Le tableau est le fruit d'une lente maturation dont on trouve trace avec l'angoissante Soirée sur l’avenue Karl Johan (1892) et, surtout la première version de Désespoir (1892).

Le cri
1893
Musée national
Le cri
1893
Musée Munch
       
Anxiété
1894
Désespoir
1894
Le cri
1895
collection privée
Le cri
1895
lithographie
Le cri
1910
Musée Munch

Cette première version de Désespoir est décrite par Munch dans l'une des nombreuses versions d'une prose lyrique associée au motif du cri : "Un soir, je marchais suivant un chemin. D'un côté se trouvait la ville, et en-dessous de moi, le fjord. J'étais fatigué, malade- Je me suis arrêté pour regarder vers le fjord- le soleil se couchait- Les nuages étaient teintés en rouge, comme du sang. J'ai senti passer un cri dans la nature ; il m'a semblé que je pouvais entendre le cri. J'ai peint ce tableau -peint les nuages comme du véritable sang. Les couleurs hurlaient. C'est devenu le tableau Le Cri pour la Frise de la vie".

Dans son journal, à la date du 22 janvier 1892, Munch écrit ce qui deviendra la description canonique du tableau.. sujette aux variations de traduction :

Jeg gik bortover veien med to venner – solen gik ned – Jeg følte som et pust av vemod – Himmelen ble plutselig blodig rød – Jeg stanset, lænede meg til gjerdet mat til døden – så ut over de flammende skyerne som blod og sværd over den blåsvarte fjord og by – Mine venner gik videre – jeg sto der skjælvende av angst – og følte et stort uendelig skrik gjennom naturen.

"Je me promenais sur un sentier avec deux amis. Le soleil se couchait. Tout à coup, le ciel est devenu rouge sang. Je me suis arrêté, épuisé me suis appuyé sur une clôture, il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville. Mes amis ont continué, et je suis resté là, tremblant de peur. J'ai senti un cri infini qui passait à travers l'univers."

ou

"Je marchais le long d'un chemin avec deux amis. Le soleil se couchait. Soudain le ciel devint rouge sang. Je m'arrêtais, me sentant épuisé et je me penchais sur la rambarde. Il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et la ville Mes amis marchait, et je me tenais là, tremblant d'anxiété. Et j'ai senti la nature traversée par un long cri infini."

ou

"Je marchais le long d'un chemin avec deux amis. Soudain le soleil se coucha. Je le ressentis comme un soupir mélancolique. Le ciel devint tout à coup rouge couleur de sang. Je m'arrêtai, et épuisé à mort m'adossai contre une barrière. Je vis le ciel enflammé, le fjord et la ville étaient inondés de sang et ravagés par des langues de feu. Mes amis poursuivirent leur chemin, je tremblais d'angoisse. Et je sentis la nature traversée par un long cri infini".

Dans sa description de Désespoir ou du Cri, Munch est très clair : le personnage se bouche les oreilles pour se protéger d’un cri extérieur. On ainsi souvent tort de voir dans le tableau un personnage qui crie. Le personnage serait bien davantage le symbole de l'homme moderne pour qui Dieu est mort et qui se trouve angoissé tournant le dos aux humains (les deux silhouettes qui s'éloignent), aux deux bateaux et au clocher de l'église tout à gauche.

Les couleurs employées sont naturelles : eau bleue, terre brune, végétation verte et ciel rouge. La disposition par bandes, qui donne à la composition son intensité et son mouvement tourbillonnant pour en faire un tout, peut évoquer la visualisation d'ondes sonores ou à une extériorisation de forces et d'énergies comme la célèbre Nuit étoilée (Van Gogh, 1889).

 

Jean-Luc lacuve le 24/11/2013.

 

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