Nantes du 22 au 29 novembre 2016

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Le Jury de la 38e édition, composé de : Sacha Bourdo (comédien), Quentin Dolmaire (comédien), Jean-Marie Teno (réalisateur), June Wu (distributrice internationale) et Yolande Zauberman (réalisatrice), a remis au réalisateur de l’un des films en compétition les prix suivants :

Montgolfière d'or : Les derniers jours d'une ville (Akher ayam el madina) de Tamer El Saïd (Egypte). Avec : Khalid ABDALLA, Mohamed GABER, Islam KAMAL, Zeinab MOSTAFA, Maryam SALEH, Hanan YOUSEF. 1h58.

Montgolfière d'argent : Destruction babies de Tetsuya Mariko

Mention spéciale du jury : El limonero real de Gustavo Fontan

Prix du jury jeune (composé de 5 jeunes nantais entre 18 et 23 ans : Viviane SCHMIDT, Léo PRELAUD, Lou ROUQUET, Lou VILLAPADIERNA et Mathilda NOWAK) : Les derniers jours d'une ville (Akher ayam el madina) de Tamer El Saïd (Egypte):

Prix wik fip du public : MY FATHER’S WINGS de Kivanç SEZER.

Cérémonie de cloture

 

SÉLECTION OFFICIELLE

Pour jérôme baron, directeur artistique du festival : "neuf longs-métrages qui portent avec intranquilité la marque de notre temps, les pérégrinations des personnages qui les habitent, unissant malgré les distances des destins que la réalité du monde contemporain provoquent, imposent aussi. Exil, migration, errance, périple, traversée, éloignement, accident, autant de trajectoires qui déclinent l’impératif du déplacement comme levier dramatique. De cette proximité plus ou moins soutenue entre les motifs des films, émane néanmoins une diversité de gestes cinématographiques. S’y donne à voir, par-délà une capacité à rendre compte, l’aptitude du cinéma à inventer la forme de son engagement, à élargir le champ du sensible et à demeurer un espace de pensée. Bien souvent, la modestie des moyens disponibles, l’économie mesurée dans laquelle ces films sont réalisés, témoignent d’une volonté obstinée de tenir sa place ou, comme dirait l’autre, de "sauver l’honneur du réel".

Les derniers jours d'une ville (Akher ayam el madina) de Tamer EL SAID (Egypte). Avec : Khalid ABDALLA, Mohamed GABER, Islam KAMAL, Zeinab MOSTAFA, Maryam SALEH, Hanan YOUSEF. 1h58.

C'est l'hiver au Caire et Khalid, un documentariste d'une trentaine d'années, s'est un peu écarté d'un chemin qu'il essaie de retrouver. Il a filmé sa ville et ses proches si longtemps à présent, collectionnant histoires et images qui saisissent quelque chose de l'essence du Caire et de son battement de cœur - mais rien n'en est ressorti. Les histoires qu'il veut raconter continuent d'évoluer tandis que Le Caire qui lui est cher est en train de disparaître....

El limonero real de Gustavo FONTÁN (Argentine). Avec : Rocío ACOSTA, Eva BIANCO, Gastón CEBALLOS, Germán DE SILVA, Rosendo RUIZ, Patricia SÁNCHEZ. 1h13.

Transposition du roman éponyme de Juan José Saer, œuvre considérable de la littérature argentine, El limonero real narre le trajet de Wenceslao, la cinquantaine avancée, dans la campagne insulaire et reculée de la province de Sante Fe pendant la dernière journée de l’année. Au fil du temps et du fleuve Paraná, les zones d’ombre se mettent à peupler le cadre de cette trame : si Wenceslao se rend seul au repas de famille, c’est que sa femme refuse de sortir depuis la mort de leur fils. Dès lors, il sera autant présent aux éléments qui l’entourent qu’absent aux situations de groupe, tentant progressivement de partager au-delà de l’écran cet « espace du dedans ». Attentif à l’irréversibilité de l’instant, El limonero real relève de l’essai poétique. De fait, le onzième long-métrage de Gustavo Fontán, empreint de délicatesse et d’élégance dans son montage, est composé comme une partition d’images et de sons immersifs. À tel point qu’il parvient à nous faire oublier le texte initial tout en restituant l’essence vibrante : Juan José Saer disait qu’« écrire, c’est sonder et réunir des brins ou des éclats d’expérience et de mémoire pour fabriquer une image. » CA

Old Stone (LAO SHI) de Johnny MA (Chine). Avec : Gang CHEN, Xue'er LUO, An NAI, Hongwei WANG, Zebin ZHANG. 1h20.

Un homme est prêt à perdre sa vie pour ne pas perdre son humanité. Mais comment résister aux mécanismes d’une société qui pousse la logique de l’individualisme à l’extrême, et à laquelle les citoyens ne résistent pas même dans leur intimité la plus profonde. Lao Shi, brillamment interprété par Chen Gang, est chauffeur de taxi ; on devine que sa femme et lui ont accédé laborieusement à la classe moyenne. Tout bascule le jour où il blesse gravement un motocycliste, qu’il décide d’emmener à l’hôpital sans prévenir au préalable la compagnie pour laquelle il travaille. Ce premier long-métrage très maîtrisé navigue efficacement entre le thriller et le drame social, pour n’être plus très loin du film d’horreur à son dénouement. Par petites touches, au moyen d’un montage vif et subtil, Johnny Ma dessine la tendresse fatiguée d’un couple, le malaise de l’adolescence, la tristesse face à l’humiliation des plus faibles, et une Chine devenue monstrueuse. Au milieu de la descente aux enfers de Lao Shi – dont le prénom signifie vieille pierre, ou old stone – fait irruption, comme une respiration nécessaire mais malmenée, fragile, le visage d’une forêt primaire secouée par les vents.

Life After Life (Zhi fan ye mao) de Hanyi ZHANG (Chine). Avec : Li Zhang, Mingjun Zhang. 1h20.

Le paradis apparaît sous la forme d’un jardin à différentes civilisations. Les Grecs avaient les Hespérides, la Bible évoque l’Arbre de la Vie. Zhang Hanyi creuse dans le terreau des mythologies pour nourrir cette histoire originale – celle d’une vie antérieure à la vie – dans le contexte actuel de la Chine rurale. Le titre chinois du film signifie «branches labyrinthiques pleines de feuilles»mais point de fleurs sur cette terre inspirée de celle du réalisateur, terre que les gens quittent pour des pôles d’industrialisation. Life After Life raconte le transfert d’un arbre (immobile mais vivant) par un enfant possedé par l’esprit de sa mère. Son fantôme revient dans le but précis de déplacer cet arbre – plantés avec son époux quand ils étaient mariés – dans un endroit où le sol n’est pas encore oublié. Hanyi filme cette étonnante histoire de fantôme chinois avec une touchante simplicité. Une fable sur la façon de tromper la mort, toutes les formes de mort, pour mieux garder en vue l’essence de la vie.

Le producteur, Vincent Wang et Jérôme Baron,
Wang Bing s'adresse aux Nantais par vidéo.

Bitter Money (Ku Qian) de Wang Bing . Avec : Ling Ling, Lao Yeh, Xiao Min, Chen Yuanzhen. 2h32.

Nous accompagnons dans leur périple vers la ville de Huzhou, située à l’ouest de Shanghai, deux adolescentes originaires des campagnes du Yunann (épicentre de tous les derniers films du cinéaste). Comme elles, Wang Bing est avalé par le flux de la main-d’œuvre locale aliénée à une labyrinthique et dévorante machine industrielle. D’un espace à l’autre, les marques multiples de la même exploitation, le constat de la même cynique performance de ce capitalisme abâtardi de la Chine à broyer les individus.

 

Bangkok Nites. Avec : Subenja Pongkorn (Luck),Katsuya Tomita (Ozawa), Hitoshi Ito, Tanyarat Kongphu, Sunun Phuwiset, Chutlpha Promlang, Sarinya yongsawat. 3h03.

Au Paradise, bordel du quartier de Thanyia Street à Bangkok, les filles de joies spécialisées dans la clientèle japonaise, parlent couramment japonais et toutes travaillent dures pour combler cette clientèle dépensière et très naïve. Luck, désormais n° 1 de l’établissement, retrouve Ozawa, un ancien client, vétéran des Forces japonaises d’autodéfense. Celui-ci accepte la mission que lui confit son ancien sergent : prospecter à la frontière avec le Laos, un terrain qui pourrait servir de base à un projet immobilier de résidence avec tout confort sexuel pour retraités.

Solo, Solitude (Istirahatlah Kata-Kata) de Yosep ANGGI NOEN. Indonésie. Avec : Marissa ANITA, Eduwart BOANG MANALU, Gunawan MARYANTO, Melanie SUBONO, Joned SURYATMOKO, Dhafi YUNAN. 1h38.

«Pourquoi lire tant de livres si vous gardez la bouche fermée ?» Activiste, artiste, poète, père (pas nécessairement dans cet ordre d’importance, comme le suggère le film), Wiji Thukul s’est fait connaître en Indonésie dans les années 80 après s’être engagé en politique et que ses textes aient été publiés dans la presse. Ses vers en voix off, sobre et concis, donnent une partition à ce film qui porte sur son exil sous le régime Suharto, bientôt déchu par les manifestations de 1997 auxquelles le poète participe. Le délicat deuxième long-métrage de Yosep Anggi Noen (auteur de Vacances particulières et autres maladies, également présenté en première au festival de Locarno) se tient à distance de la chronologie historique et de l’éloge caractéristiques de nombreux biopics. Ici, l’héroïsme de Thukul réside dans les zones d’ombre de sa vie. On le suit dans ce morne sifflement qu’on entend après la «dernière cène» préparée par sa femme. Ou dans cette mémorable chorégraphie dans laquelle elle balaie la trace de son absense

Destruction Babies (Disutorakushon beibiizu) de Tetsuya MARIKO Japon

Taira recherche la bagarre et la trouve, cognant d’abord sur les élèves d’un autre quartier de la ville puis bientôt sans motif sur tous ceux qu’il rencontre. Orphelin, il vit avec son frère Shota dans le petit port industriel de Mitsuhama, près de Matsuyama dans l’île de Shikoku. Mais qu’est-ce qui peut bien motiver ce déferlement de violence ? Un déterminisme anthropologique insulaire ? Le désœuvrement et le sentiment d’abandon ? Un besoin de mettre sa vulnérabilité à l’épreuve ? Un appel à la reconnaissance de soi ? La pure gratuité d’un geste dans une société où la consommation tarifée fait loi ? Comme toutes les fois où elle survient sans prévenir, la violence fait énigme et nous affecte à un degré supérieur. Ainsi, elle fascine également, étend son emprise sur d’autres comme c’est le cas de Yuya et Nana tour à tour victimes et agents de ces débordements. Partant d’un fait divers raconté au cinéaste par le protagoniste des événements, Tetsyua Mariko retrouve et saisit une fois encore, après Yellow Kid et Ninifuni, des personnages à la porte de l’âge adulte. Dans Destruction Babies, leur violence est rendue à sa complexité, portée par une émotion trouble mêlant crainte, excès et adrénaline. Elle renvoie le spectateur de films (et peut-être, au-delà, l’adepte des jeux vidéos) au plaisir habituellement éprouvé lorsque sur les écrans elle s’exerce. Mais n’attendez pas de Mariko qu’il règle le cas de notre étonnement en nous tendant la main bienséante d’une morale.

My Father’s Wings MY FATHER’S WINGS (BABAMIN KANATLARI) de Kivanç SEZER Turquie. Avec : Musab EKICI, Kübra KIP, Menderes SAMANCILAR, Tansel ÖNGEL. 1h41.

stanbul mondialisée : immeubles encore en chantier et grues interminables, voici le nouvel horizon d’une ville dont la personnalité disparaît sous le béton. Ibrahim, 53 ans, apprend qu’il va mourir d’un cancer. Il est ouvrier sur un de ces chantiers, un immeuble de luxe qu’il n’aura jamais les moyens d’habiter. Son jeune neveu, Yusuf, y travaille aussi. Flatté par Resul, son supérieur à peine plus âgé que lui, Yusuf nourrit des rêves ambitieux, voire cupides. À partir de cet immeuble, aussi fort visuellement que symboliquement, et de ces deux hommes, le film dresse le portrait d’une époque et questionne un pays tiraillé entre plusieurs voies. À travers son économie, les questions sociales, les rapports amoureux, les valeurs générationnelles, ce premier film abouti pose un regard calme et lucide sur la Turquie d’aujourd’hui

SÉANCES SPÉCIALES

Avant-premières (dont deux films ayant participé à l’atelier Produire au Sud), restaurations, films des cérémonies d’ouverture et de palmarès.

LES THÉÂTRES DE MÉMOIRE DE RITHY PANH : UN CINÉMA DU TEMPS PRÉSENT

Dans des fictions ou des documentaires, convoquant romans, photographies, archives filmées, sculptures et théâtre, Rithy Panh explore et invente la possibilité de soustraire la mémoire du génocide cambodgien à sa dimension individuelle.

En collaboration avec l’Institut d’histoire du temps présent/CNRS.

PRÉSENCES DU CINÉMA INDIEN

Ce programme ambitionne de se confronter à une tentative d’état des lieux du cinéma en Inde. En se situant à l’intersection du grand spectacle, celui de Bollywood, et de certaines des évolutions les plus récentes de cette vaste cinématographie.

DE L’AFRIQUE ET DU PORTUGAL : MÉMOIRES, DESTINS ET REPRÉSENTATIONS

Alors que de nombreux pays africains retrouvaient leur indépendance et faisaient émerger une image contemporaine d’eux-mêmes, les pays colonisateurs sont placés dans la situation de tirer autrement le bilan et les conséquences de cette histoire et de son héritage. Trajectoires, paroles et représentations croisées entre Mozambique, Angola, Guinée-Bissau et Portugal…

LI HAN-HSIANG : LE MAÎTRE OUBLIÉ

Né en Chine, mal connu du public occidental, Li Han-Hsiang demeure une figure emblématique et centrale du cinéma made in Hong Kong. Chaque soir, nous vous invitons à une séance de rattrapage pour découvrir parmi les 70 films de son oeuvre, mélodrames flamboyants, somptueuses épopées, comédies pleines d’esprit à l’érotisme évocateur…

DANSEZ ! CHANTEZ !

Le cinéma n’a pas esquivé les occasions qui lui ont été données de danser d’abord, de chanter tout autant, avant de mêler les deux. Partant de leur appétence partagée pour le corps et le mouvement, la danse et le cinéma ont su nourrir des relations fécondes, inventives, et souvent spectaculaire. Entrons dans la danse !

PREMIERS PAS VERS LES 3 CONTINENTS

Fictions et animations destinées au tout jeune public : une initiation adaptée et ludique aux cinémas du monde.

Jean-Luc Lacuve et Katsuya Tomita dimanche 27 novembre après la projection de Bangkok nites
 

Cérémonie de cloture 

Cinq questions à, respectivement , Sacha Bourdo, Quentin Dolmaire (membres du jury), Jérôme Baron (directeur artistique du festival), Catherine Touchefeu (Vice-Présidente à la culture et au patrimoine du conseil départemental), David Martineau (maire adjoint à la culture de Nantes).
Le vote à l'unanimité du jury pour l'attribution de la montgolfière d'or masque-t-il, pour vous, quelques regrets pour d'autres films ?

C'est la 2e fois cette année que je participe à un jury qui doit choisir son film préféré. Il est très agréable après discussion de se mettre tous d'accord sur les qualités d'un film J'ai beaucoup aimé aussi Old stone, le film chinois qui dresse un portait assez terrifiant des conditions sociales de ce pays pour les plus fragiles. Je n'ai pas été très sensible en revanche à Bangkok nites, gêné par le côté trop travaillé de certains plans.

La rencontre avec des cinéastes des trois continents est-elle l'occasion de nouer des contacts pour un prochain film ?

Hélas non, les conditions de production d'un film sont soumises à tant d'aléas qu'il n'est pas possible de prendre date pour un projet. Et puis vous avez vu lors de la cérémonie que mon accent anglais n'est pas parfait (vous faites au moins aussi bien que François Truffaut, lui fait-on remarquer). Ah oui, c'est vrai, je retiendrai la remarque.

Quelle a été pour vous la spécificité de cette 38e édition du festival ?

Pour nous cette année, une grande partie de notre énergie s'est passée à rechercher des financements. Nous disposions l'an passé de 70 000 euros pour une grande rétrospective. Cette année nous n'avions plus que 25 000 euros. Pour obtenir des copies de film, 35 mm ou DCP, nous avons du être attentifs à ne pas dépasser le cadre de notre budget. D'un autre coté, la concurrence s'accroit sur nombre de films fragiles qui ne trouvent plus de place sur les écrans. Nombre de films que nous programmons ne peuvent espérer plus de 1000 à 3500 spectateurs en salles. Lors du festival, ils touchent un public plus nombreux.

Votre fonction d'élue vous permet-elle d'assister aux projections durant cette semaine de festival ?

Hélas non, ce que je faisais avant n'est plus possible aujourd'hui et je le regrette. C'est vrai pour la sélection des Trois continents mais aussi pour la programmation très active sur le cinéma espagnol que nous avons eut aussi au cours de l'année

Vous avez remercié le public nantais pour son adhésion au festival et à ses valeurs. Auriez-vous quelques choses à dire aussi à ceux qui viennent d'autres régions assister au festival ?

Le public nantais constitue certes la majorité des spectateurs du festival mais nous rencontrons aussi dans les files d'attentes des gens venus de toute la France et notamment des mordus des festivals pour lesquels celui des Trois continents est une étape incontournable. Et, bien entendu, nous nous en réjouissons.

Jean-Luc Lacuve le 30/11/2016
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