L'homme de l'Ouest, Anthony Mann, 1958
Crash, David Cronenberg, 1996

L'image violente au cinéma se distingue des images de violence non mises en scènes par deux traits caractéristiques. D'une part, elle est mise en scène dans un contexte qui tient un discours sur elle. D'autre part, elle est filmée d'un point de vue, celui de la victime ou celui de l'agresseur. Vis à vis de ce double discours tenu par l'image violente de cinéma, le spectateur reste libre de la ressentir et de l'interpréter comme il l'entend, d'en faire un usage cathartique ou autre, de suivre l'idée du metteur en scène ou non.

I - L'image violente dans le contexte du film

Sont apparus récemment et marginalement des snuff movie ou des films ultra-violents, parfois interdit aux moins de dix-huit ans souvent pas même diffusés en salle dont le but est de montrer le plus de violence possible sans recul et sans discours pour une supposée pure jouissance immédiate. De telles images, comme celles d'accidents graves qui circulent sur Internet, sont dépourvues de second degré et présentent une réalité choquante, et pour certains, fascinante. Il faut toute la maitrise formelle de David Cronenberg dans Videodrome ou Crash pour en montrer à la fois le coté addictif et la fermeture au monde qu'elles représentent.

Les sept samouraïs (Akira Kurosawa, 1954) est bien davantage un drame social qu'une sorte de western à la japonaise. L'action proprement dite, l'attaque du village par 33 bandits n'occupe que la dernière heure du film qui dure 3h20 dans sa version longue. Les combats sont peu spectaculaires puisque la stratégie de Kanbei consiste à ne laisser entrer les bandits un par un pour être tués par la masse des paysans. Deux courtes scènes avec utilisation du ralenti marqueront toutefois les réalisateurs du monde entier: la mort du kidnappeur tué par Kanbei, déguisé en bonze, et la mort du samouraï trop présomptueux par Kyuzo. Ne sont filmés au ralenti que les deux écroulements par terre des deux victimes. Dans le premier cas cependant, cet écroulement est monté avec en alternance avec le regard incrédule de Kikuchiyo ce qui étire plus que de raison cette mort et lui donne un caractère tragique d'autant plus qu'elle est accompagnée de musique. Cette esthétisation de la violence pour en marquer le caractère tragique au-delà de la personne sur laquelle elle s'applique sera reprise par Arthur Penn dans Bonnie et Clyde (1967), par Sam Peckinpah dans La horde sauvage (1969) ou par Enzo Castellari dans Une poignée de salopards (1977).

II - Quel point de vue pour l'image violente

L'image violente peut être, soustraite au regard, donnée à voir du côté de l'agresseur, ou de celui qui subit la violence.

A/ Violence interdite

La censure a longtemps interdit les images violentes. Dans M. le maudit, aucun assassinat d'enfant n'est montré et un ballon qui roule ou un ballon gonflable pris dans les fils électriques métaphorisent la mort. Le hors champ du crime reste une figure marquante pour laisser au secteur imaginer le pire ainsi l'appel des quatre enfants un par un à la fin de A perdre la raison.

B/ Violence contrôlée

Dans Funny game, l'un des agresseurs qui fait un clin d'œil au spectateur dans un regard camera. Hanecke établit ainsi une complicité entre l'assassin et le spectateur qui vise à culpabiliser le spectateur. Cette " Pédagogie de la culpabilité " n'est sans doute pas très efficace pour apprendre à voir.

Dans Tueurs nés, la déréalisation du monde atteint son apogée ; la violence réelle ne se distingue plus de de la sitcom ou du jeu vidéo. L'enjeu est de devenir célèbre comme le cherchera Luka Rocco Magnotta.

Le metteur en scène évite de provoquer de jouissance directe à la vue d'une image violente et ne place pas le spectateur du côté de celui qui commet le crime. Une part de soi pactise avec le mal et le rapport du spectateur à la violence est troublé. La réflexion sur la violence consiste à faire penser, éprouver l'ambiguïté de la violence, en provoquer l'expérience pour, souvent, inciter au dégoût ou au rejet. Les autres images (presse, TV, internet) n'ont pas les moyens de faire exprimer cette émotion, néanmoins...

III- La liberté du spectateur

En dépit du discours tenu sur l'image et de la façon de la montrer que possède le cinéma, rien n'empêche le spectateur d'interpréter l'image de cinéma (comme tout ce qui se présente à lui) comme il l'entend.

Dans le cinéma classique, le spectateur est guidé par la mise en scène alors que, dans le cinéma moderne, le sens n'est souvent pas donné directement. L'image retrouve une ambiguïté mais il n'est pas même certain qu'annuler l'image éliminerait la violence.

Selon les dires du tueur en série Joel Rifkin, qui assassinat 18 femmes, en majorité des prostituées ou des toxicomanes à New York à la fin des années 80 et au début des années 90, Frenzy (1972), l'avant dernier long métrage d'Alfred Hitchcock faisait partie de ses films de chevet. Dans celui-ci Londres est terrorisé par une succession de meurtres dont l'auteur demeure inconnu. Des femmes meurent étranglées par une cravate que l'assassin laisse au cou de ses victimes.

Obnubilé par Jodie Foster, le psychopathe John Warnock Hinckley Jr. chercha à attirer son attention en essayant d'assassiner le Président américain Ronald Reagan le 30 mars 1981. Ce dernier survécut à ses blessures et le meurtrier, lui, fut déclaré irresponsable de ses actes. Dans Taxi driver (1976), Robert De Niro joue le rôle de Travis Bickle, un chauffeur de taxi quelque peu perturbé qui se met en tête de délivrer une jeune prostituée (Jodie Foster) de ses souteneurs. Durant l'une de ses virées dans les rues de New York, il fait mine de vouloir tirer sur Charles Palantine (Leonard Harris), un candidat à la Présidence.

Le 4 octobre 1994, un couple d'étudiants parisiens, Florence Rey et Audry Maupin, s'embarque dans une équipée sanglante qui les mènera de Nation à Vincennes et qui se soldera par la mort de 5 personnes : 3 policiers, un chauffeur de taxi, et Audry Maupin, tué lors d'une riposte policière. Le 30 septembre 1998, Florence Rey, la rescapée de cette tuerie, sera condamnée à vingt ans de réclusion criminelle. Une affiche de Tueurs nés (l'odyssée criminelle de Mickey et Mallory, un couple se servant des médias jusqu'à devenir des stars de l'actualité) avait été trouvée au domicile du couple. Mais il fut avéré par la suite que ce poster avait été déposé par un photographe en quête de scoops. Même si les médias se sont largement fait l'écho de cette corrélation, accusant le film d'utiliser l'ultra-violence qu'il entend dénoncer à des fins spectaculaire et mercantile,rien ne prouve que ce film ait joué un rôle dans le passage à l'acte de Florence Rey et Audry Maupin.

Scream, l'une des références du slasher movie, ou comment un tueur en série caché sous un masque Ghostface sème la terreur en poignardant à tout va ses victimes dans une bourgade américaine. Tout sur le film... A celle des faits divers... En 2002, deux semaines après avoir visionné ce film d'épouvante signé Wes Craven, un lycéen de 17 ans revêt le même accoutrement pour asséner 18 coups de couteau à une amie âgée de 15 ans. Ce meurtre eut lieu près de Nantes

Présenté en Compétition au Festival de Cannes 2003, Dogville du Danois Lars von Trier met aux prises une jeune femme (Nicole Kidman) traquée par une bande de gangsters avec les habitants d'un village censés la protéger. La scène de vengeance finale aurait inspiré Anders Behring Breivik, le terroriste norvégien d'obédience ultranationaliste, dans l'exécution des attentats qui eurent lieu à Oslo et sur l'île d'Utøya le 22 juillet 2011. 77 morts et 151 blessés furent dénombrés lors de ce massacre à grande échelle

Luka Rocco Magnotta, dit le "dépeceur de Montréal" dit s'être "librement" inspiré du film Basic Instinct pour commettre son meurtre. Au début de Basic Instinct, une jeune femme blonde et nue que l'on imagine être la romancière Catherine Tramell (Sharon Stone) assassine en plein acte sexuel son partenaire, une rock star dénommée Johnny Boz, à coups de pic à glace. Dans la nuit du 24 au 25 mai 2012, Luka Rocco Magnotta, un jeune Canadien homosexuel, tue de la même façon un étudiant chinois après l'avoir ligoté. Il dépecera le corps du malheureux et enverra par la poste plusieurs morceaux du cadavre à des partis politiques de son pays. Autre détail troublant : le tueur utilisait comme pseudonyme sur les forums "Catherine Tramell", le nom du personnage joué par Sharon Stone dans le film.

La fusillade d'Aurora a lieu dans la nuit du 19 juillet 2012 au 20 juillet 2012 dans une salle de cinéma d'Aurora, dans le Colorado, aux États-Unis, non loin de Littleton, siège de la fusillade de Columbine. Au moins douze personnes sont tuées et cinquante-neuf blessées par un tireur apparemment isolé, âgé de 24 ans, pendant une première du film The dark knight rises

La violence au cinéma :
       
       
The dark knight rises Christopher Nolan U.S.A. 2012
Dogville Lars von Trier Danemark 2003
Funny games Michael Hannecke U.S.A. 1997
Scream Wes Craven U.S.A. 1996
Crash David Cronenberg U.S.A. 1996
Tueurs nés Oliver Stone U.S.A. 1994
Basic instinct Paul Verhoeven U.S.A. 1991
Une poignée de salopards Enzo G. Castellari Italie 1977
Taxi driver Martin Scorsese U.S.A. 1976
Frenzy Alfred Hitchcock G. B. 1972
Orange mécanique Stanley Kubrick U.S.A. 1971
La horde sauvage Sam Peckinpah U.S.A. 1969
Bonnie et Clyde Arthure Penn U.S.A. 1964
Les sept samouraïs Akira Kurosawa Japon 1954