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Crash

1996

D'après le livre de J. G. Ballard. Avec : James Spider (James Ballard), Holly Hunter (Helen Remington), Elias Koteas (Vaughan), Deborah Unger (Catherine Ballard), Rosanna Arquette (Gabrielle). 1h40.

dvd chez BAC-Films

Catherine Ballard fait l'amour dans un aérogare privé où sont entreposés de petits bimoteurs pendant que James, son mari, réalisateur de clips publicitaires, voit sa relation sexuelle avec une jeune cameraman interrompue par un collègue importun. L'un et l'autre se désoleront plus tard de ne plus pouvoir jouir.

Conduisant tout en lisant, James est brusquement confronté à une voiture à l'arrêt et, pour l'éviter, prend la voie rapide en contresens. Le choc avec une voiture de passage est terrible. Le conducteur est projeté dans l'habitacle de sa voiture, égorgé et ensanglanté par la traversée des deux pare-brise. James a juste le temps d'apercevoir la compagne du conducteur décédé dégrafer sa robe et se caresser la poitrine avant d'être secouru.

A l'hôpital où l'on soigne ses nombreuses plaies dont sa jambe enserrée dans un complexe appareillage métallique, il croise Helen Remington, la femme de l'homme qu'il a tué dans l'accident automobile ainsi que Vaughan un médecin photographe.

A la casse où l'on a conduit sa voiture, James rencontre à nouveau Helen. Il la conduit au parking de l'aéroport où elle travaille comme médecin et ils y font violemment l'amour dans la voiture, un modèle identique à celui de l'accident.

Rentré chez lui, James ne parvient pas à l'orgasme avec Catherine. Il rencontre de nouveau Helen qui l'emmène à un spectacle où Vaughan met en scène l'accident mortel de James Dean sur la route 466 dans la Porsche 550 spyder le 30 septembre 1955. Colin Seagrave, ancien coureur automobile qui joue le rôle de James Dean est légèrement blessé dans l'accident. Helen, Vaughan, James et Colin s'en vont dans l'appartement de celui-ci où se trouve Gabrielle, une belle jeune femme blonde dont les jambes sont harnachées dans un fourreau métallique qui laisse par endroit apparaître ses cuisses gainées de bas ajourés. Ils forment une secte théatro-mystique qui s'est donné pour but de monter maintenant la mort tragique de Jayne Mansfield et qui passe son temps à visionner des accidents de voitures et des essais de car-crash.

Sur la route Catherine est prise en chasse par Vaughan qui lui fait peur menaçant d'emboutir sa voiture. Elle fait l'amour avec James en lui susurrant de faire l'amour avec Vaughan. Ainsi, ils atteignent enfin à l'orgasme. Plus tard, Vaughan paie une prostituée avec laquelle il fait l'amour dans sa voiture, conduite par James.

Vaughan est inquiété pour l'assassinat d'un piéton écrasé par une voiture près deà l'aéroport. James et Catherine le raccompagnent chez lui dans sa voiture. Sur l'autoroute a eut lieu un grave accident. C'est Seagrave qui, dans sa tenue de Jayne Mansfield, a mis en scène sa mort, allant jusqu'à tuer un petit chien comme celui qui accompagnait la star dans sa mort.

La voiture ayant été maculée de sang, James la conduit dans une station de lavage où Vaughan et Catherine font l'amour. Apres avoir acheté une voiture de sport chez un concessionnaire, James et Gabrielle y font l'amour après que James aie découvert la plaie profonde et mal refermée de la cuisse de Gabrielle.

James rejoint Vaughan qui se fait un tatouage sur le corps et il accepte de se faire tatouer le sigle de sa voiture sur la cuisse. Les deux hommes font l'amour. Catherine découvre sur sa voiture de course une fente dans la carrosserie de sa portière. L'auteur en est Vaughan qui les poursuit sur la route. Il s'écrase sur un bus passant une sur une voie en contrebas.

A la casse, Gabrielle et Helen viennent faire l'amour dans la voiture carbonisée. Puis James et Catherine récupèrent la Lincoln. James la fait réparer pour qu'elle puisse rouler, réalisant ainsi le rêve de Vaughan : conduire une voiture accidentée qui a une histoire. James après avoir tenté de se suicider sur la route avec la Lincoln poursuit Catherine et la contraint à sortir de la route. Il la retrouve expulsée de sa voiture retournée. Lorsqu'elle retrouve ses esprits, il lui fait l'amour promettant de la tuer la prochaine fois.

  Crash montre comment le désir sexuel de la pénétration pourrait contaminer notre environnement moderne en le générant à partir de toutes les cicatrices des corps ou des multiples accidents de la circulation routière.

Crash est d'abord analyse d'un désir qui peut conduire à la mort et à la folie et n'est qu'accessoirement un film de voitures ainsi que l'indique Cronenberg :

"Tout est basé sur les acteurs. Ce n'est pas un film de voitures mais sur des gens dans des voitures, sur ce qui leur arrive et ce qu'ils sont. Ce point de vue était important. Quelques priorités de ce film peuvent paraître bizarres au premier degré. Je n'ai jamais filmé les scènes de collisions au ralenti. Elles sont brutales, méchantes, intenses et rapides comme le sont les véritables accidents. Nous n'avons pas de cascades au ralenti et de voitures qui explosent. Car je voulais convaincre de l'authenticité de l'accident. Je pense qu'on a su se débarrasser des clichés".(Interview  sur le DVD ci-dessous).

Les actes de James et Catherine sont mis en scène dans une série de décors qui pourraient être ceux d'un opéra. Leurs actes sont une série de cérémonies dans un monde sans conflit, lisse, beau, parfait, promettant une éternité de douceur mais aussi sans ouverture et sans jouissance. Ainsi l'opposition dans l'aérogare entre d'une part, la rutilance de la carrosserie associée au satin de la lingerie et de la peau de Catherine ainsi qu'à l'élégant mouvement de grue et, d'autre part l'acier des hélices, la brusque apparition de la nudité de Catherine derrière une carlingue et le montage cut sur un pied féminin bientôt rejoint par celui d'un homme. cette opposition n'est pourtant pas suffisamment forte pour satisfaire Catherine... ou le spectateur

Eros et Thanatos...

Le crash automobile est lui semblable à l'orgasme sexuel : la faille, l'ouverture, l'épanchement des fluides permettent de retrouver l'intensité de la jouissance de par sa proximité avec la mort. Catherine en aura le pressentiment en décrivant à James l'état de sa voiture après l'accident : "Les revêtements étaient humides. Ça puait le sang et d'autres liquides corporels ou mécaniques". Pourtant là aussi sa douceur, ses mains qu'elle a lavées avant de masturber James rendent impossible l'assouvissement du plaisir.

Dans son atelier, Vaughan dira d'abord à James que son projet est "le remodelage du corps humain par l'application de nouvelles technologies " puis lui avouera qu'il ne s'agit là que d'un concept de science fiction primaire, qu'il a un autre projet à faire vivre à partir de ses photographies d'accidentés : " la photographie d'un accident produit une sorte d'exaltation. Il y a une psychopathologie complaisante qui nous fait un signe. L'accident de la route n'est pas destructeur mais au contraire fécondateur d'une libération d'énergie sexuelle concentrant la sexualité de ceux qui sont morts avec une impossibilité à atteindre sous toute autre forme "

Catherine et James l'expérimenteront par leur fascination progressive pour les plaies qui trouvera son aboutissement pour Catherine dans l'étrange étreinte violente dans la laverie de voitures et pour James dans sa relation sexuelle avec Vaughan après qu'il se soit fait tatouer sur la cuisse le sigle de sa voiture.


....partout présents dans le monde moderne


La fascination pour le crash associé au plaisir sexuel est une névrose qui semble toute particulière mais dont Cronenberg montre la contagion possible pour tout à chacun pourvu qu'il regarde autour de soi

Les accidentés de la route cités dans le film sont tous mythiques : mort de James Dean dans sa Porshe puis celle de Jayne Mansfield, morte avec son chihuahua, la Facel-Vega de Camus, le break de Nathanael West, la Rover 3500 de Grace Kelly. Et la Lincoln noire de Vaughan est identique à celle où John Kennedy trouva la mort, victime lui aussi d'une sorte d'accident de voiture.

Cet environnement mythique gagne le quotidien :"La circulation a augmenté. J'ai l'impression qu'il y a trois fois plus de voitures en circulation qu'avant mon accident" dira James permettant ainsi à tout à chacun de sentir le frisson de l'accident et de la jouissance par le seul regard porté sur la circulation routière.

Jean-Luc Lacuve le 3/08/2008

critique du DVD
Editeur : Bac Films. Août 2008.
critique du DVD

Suppléments :

  • Entretiens avec David Cronenberg et les comédiens.
  • Bandes-annonces, galerie photos.
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