1980-1988
Second Search Amir Naderi Iran 1981
Vol de nuit Rasool Mollagholi Poor Iran 1987
Deedeh-Ban Ebrahim Hatamikia Iran 1990
L'agence de verre Ebrahim Hatamikia Iran 1998
Né sous le signe de la liberté Ahmad Reza Darvish Iran 2000
Persepolis Marjane Satrapi France 2007
       

Le 22 septembre 1980, Saddam Hussein profite du chaos qui règne en Iran après la révolution islamique et la chute du Shah pour envahir le pays. Ce sera le début de la guerre Iran-Irak qui va durer huit ans. Elle fit plus d’un million deux cents mille victimes, 700 000 du coté iranien et 500 000 dans le camp irakien.

Ce sanglant conflit qui opposa l’Iran de l’Ayatollah Khomeyni à l’Irak de Saddam Hussein provoqua l’émergence d’un cinéma de guerre qui se matérialisa par la production d’environ 250 films, fictions, documentaires et courts métrages.

En Iran, cette guerre va être utilisée par les dirigeants pour tenter de redonner au pays une identité et une cohésion nationale. Dans ce contexte, le cinéma servira de vecteur pour justifier la guerre, ses victimes et ses défaites, auprès de la population.

Pour Agnès Devictor

"Cette guerre a été abondamment mise scène en Iran. Mais c'est une production qui est méconnue en Occident. Il faut dire que ces films ne sont pas tous des chefs-d'œuvre. Ils sont davantage dans le discours explicite que dans des effets cinématographiques. Peu connus ici, ces films sont en revanche massivement vus en Iran. Ce sujet a intéressé le public iranien, pendant le conflit, mais aussi par la suite. En 1996, par exemple, c'est une comédie consacrée à la guerre Iran-Irak qui a enregistré les meilleures ventes de l'année. Bien sûr, il faut relativiser parce que le 98% des films projetés sur les écrans iraniens sont des productions nationales.

Chez nous, les films de fiction sur la guerre présentent souvent une image assez édulcorée du conflit, commente Agnès Devictor. On évite de montrer les morts de son propre camp et les atrocités de la guerre. Ce qui n'est pas le cas en Iran. L'autre particularité du cinéma de guerre iranien, c'est sa précocité. Le premier film de fiction est sorti au début de la guerre. Et 17 ans après la fin du conflit, les réalisateurs continuent de se servir de la guerre Iran-Irak, parfois pour traiter d'autres sujets qui, eux, sont tabous. C'est le cas notamment de «Motevaled-e Mah-e Mehr» (Né sous le signe de la liberté) d'Ahmad Reza Darvish. Sorti en 2000, ce film évoque la guerre Iran-Irak, mais il relate surtout les grandes manifestations étudiantes de 1999. Longtemps écarté des écrans, parce qu'il était le foyer de la contestation, le milieu universitaire revient ainsi dans les salles de cinéma. Je l'ai vu en juillet 2000 à Téhéran, se souvient Agnès Devictor. Il a eu un énorme succès. Sa sortie a notamment été rendue possible parce que Darvish, qui est un grand réalisateur de films de guerre, s'en sert ici probablement comme paravent.

Dès le début des hostilités en septembre 1980, le gouvernement iranien mit en place une politique de production destinée à glorifier le courage des engagés, exalter leur héroïsme, et induire la notion de martyre pour les soldats partis sur le front. La guerre devait être aux yeux des responsables iraniens une réminiscence de la bataille de Kerbala qui opposa en 680 les combattants chiites iraniens de l’Imam Hossein aux soldats de l’armée arabe de la mouvance sunnite de la Moawiyya. De très nombreux symboles de cette épopée guerrière qui se déroula quelques dizaines d’années après la mort du prophète Mahomet furent repris par les réalisateurs iraniens afin d’identifier et assimiler le nouveau conflit au martyre de l’Imam Hossein qui fait partie intégrante de la foi chiite. Chaque année, la fête de l’Achoura commémore sa disparition.

Les films de guerre donnèrent un large avantage aux "Gardiens de la révolution" dans la mesure où, avant d’être des héros sur le front irano-irakien, ils avaient déjà été les principaux protagonistes de la révolution islamique. Dans le corps des Gardiens, il n’existait pas de héros isolé car l’armée devait donner l’image d’un seul homme dressé derrière la barrière de l’Islam chiite et son représentant sur terre, le guide suprême de la révolution, l’Ayatollah Khomeyni.

Les Gardiens de la révolution étaient secondés par les « mobilisés » ou bassijis qui constituaient le gros des troupes. Les mobilisés arboraient une barbe de quelques jours, étaient vêtus d’un simple treillis, ne portaient jamais de galon car il n’existait pas de grade dans cette armée : un seul slogan les résumait : une armée, un seul homme, tous égaux devant Dieu, tous égaux devant la mort. Le soldat iranien était donc décrit sous la forme d’un homme simple, courageux, religieux, prêt à donner sa vie pour la guerre sainte au nom de la défense sacrée de la patrie. Les combattants étaient coiffés du keffieh qui rappelait la lutte du peuple palestinien contre Israël, leur cou était ceint d’une écharpe blanche qui, à l’origine, symbolisait la pureté de celui qui la portait avant d’être maculée par le sang du futur martyr. La religion était omniprésente dans la vie du combattant iranien ; son front était ceint d’un bandeau portant le nom d’Allah, le drapeau iranien était orné de l’emblème de l’Islam (il l’est toujours) et les sorties des tranchées se faisaient aux incantations d’Allah O Akbar.

L’ennemi irakien, lui, à part les soldats de la conscription, était toujours équipé d’armes ultra-modernes car elles étaient fournies par les grandes puissances occidentales qui soutenaient l’Irak. Dans le codex cinématographique, l’officier irakien était défini selon des normes bien précises : rasé de près, il portait un béret rouge à l’image de celui qu’arborait Saddam Hussein quand il se rendait sur le front mais dont la couleur symbolisait également le sang des futurs martyrs iraniens. Les officiers irakiens étaient en général dépeints sous l’image de tortionnaires tant envers les prisonniers iraniens qu’envers leurs propres soldats, manipulés par le pouvoir baas irakien, qui étaient les victimes de Saddam Hussein et de sa haine viscérale envers l’Iran. Les jeunes engagés irakiens, chiites et kurdes en particulier, étaient souvent mal armés et considérés comme de la chair à canon destinée à freiner les avancées iraniennes.

Sources :

La guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 est la première des trois guerres qui ont eu pour cadre le golfe Arabo-Persique depuis la révolution iranienne en 1979. Suivra la guerre du Golfe, invasion du Koweït par l'Irak en 1990, et libération par une coalition en 1991 et La guerre d'Irak, invasion de ce pays par les États-Unis et leurs alliés en 2003.

 

Guerre Iran-Irak


En 1979, le chah d'Iran est renversé par la révolution islamique. L'ayatollah Khomeyni proclame l'Iran république islamique après le départ forcé du shah, en février 1979. Khomeyni s'était exilé en Irak de 1964 au 16 octobre 1978, puis en France jusqu'au mois de janvier 1979, ayant été expulsé d'Irak. Après le succès que remporte le référendum sur l'installation d'un régime islamique, remporté officiellement à 98 % par le oui, il appelle les Irakiens à renverser le régime de Saddam Hussein dès 1980. Son objectif est de promouvoir le mouvement islamique à travers tout le Proche-Orient.

De son côté, Saddam Hussein a pris le pouvoir en 1979 et redoute l'arrivée au pouvoir de Khomeyni. Il attaque l'Iran le 22 septembre 1980, sous le prétexte de désaccord frontalier. Lorgnant depuis longtemps sur plusieurs territoires iraniens, il espère faire disparaître Khomeyni et réduire l'influence du mouvement islamique, en faveur de son pays.

Ses objectifs affichés sont d'obtenir le déplacement de la frontière sur la rive orientale du Chatt-el-Arab pour assurer une meilleure sécurité à la région de Bassorah ; obtenir la restitution des trois îles du détroit d'Ormuz annexées par le Chah en 1971 et soustraire ainsi le détroit à une exclusive emprise iranienne ; provoquer éventuellement un soulèvement dans la province iranienne du Khuzestan (Arabistan pour l'Irak) et l'annexer.

À cette époque, l'Irak était un pays économiquement et militairement puissant dans le golfe Persique, grâce aux revenus des pétrodollars, et à une politique de modernisation qu'il a mis en place dans son pays (école obligatoire pour les garçons et les filles, politique volontariste et une élite irakienne de plus en plus nombreuse et importante). Les grandes puissances, inquiètes de l'apparition de la république islamique iranienne, voyaient en l'Irak un pays qui pourrait évoluer vers la laïcité et le modernisme, en contrepoids à l'Iran. C'est pourquoi elles ne s'opposent pas dans un premier temps à la guerre Iran-Irak, allant jusqu'à la soutenir ensuite. C'est en particulier le cas de l'URSS, de la France et des États-Unis.

Le 28 septembre 1980 la résolution 479 de l'ONU demande un cessez-le-feu immédiat mais sans exiger le retrait de l'Irak des territoires iraniens occupés.

Les forces irakiennes avançaient le long de trois axes : vers Qasr-e Chirin au nord, Mehran au centre, et surtout Susangard et Khorramchahr dans le sud. L'Irak espérait qu'un tel mouvement entraînerait rapidement la chute du nouveau régime. L'Irak réussit à franchir la frontière, mais la profondeur de pénétration variait considérablement d'une percée à l'autre. Le plus gros succès fut obtenu au sud, après la chute de Khorramchahr après de très durs combats. L'armée iranienne livra au nord et au centre des contre-attaques peu importantes, en général à l'aide d'un léger support de blindés et d'artillerie. Il regagna ainsi quelques territoires perdus.

Le 28 novembre 1980 se déroule une bataille navale près du port d' Umm Qasr: l'opération Morvarid durant laquelle des missiles maverick et Silkworm sont échangés et 6 navires irakiens et un navire de la marine iranienne sont coulés . La marine irakienne restera ensuite pratiquement inactive pendant tout le reste du conflit.

Ainsi, en dépit de la puissance de l'armée irakienne, le conflit s'enlise rapidement. Début 1981, les forces de l'armée iranienne contre-attaquent et parviennent à libérer l'essentiel du territoire iranien début 1982. En juin de cette même année, l'Irak décrète un cessez-le-feu, mais voit son territoire envahi le mois suivant.

Après 2 ans de guerre, la position de l'Iran se radicalise : il s'agit désormais de réduire la puissance de l'Irak, de destituer Saddam Hussein et de le remplacer par un régime islamique.

L'affrontement militaire se double d'une guerre des symboles. L'offensive irakienne de 1980 est baptisée Kadisiyya, en référence à la conquête de l'Iran par les Arabes au VIIe siècle. Les contre-offensives iraniennes sont nommées Kerbela 1, 2, etc., évoquant le combat des premiers chiites contre le pouvoir sunnite.

Du côté iranien, l'enrôlement de masse, y compris de très jeunes garçons, s'accompagne d'une exaltation des martyrs. Il arrive que les jeunes volontaires endoctrinés se précipitent sur les champs de mines. Du côté irakien, on bénéficie de techniciens professionnels formés à l'occidentale (Garde présidentielle). Les conscrits, souvent chiites et kurdes, sont peu armés et ne servent qu'à freiner le premier élan des attaques ennemies.

La ligne de front se stabilisa à la frontière commune, et malgré de nombreuses offensives de part et d'autre, il n'y eut pas de percée majeure pendant plus de 6 ans.

En 1984 commencèrent les attaques systématiques d'installations pétrolières et de pétroliers par les deux camps.

En janvier 1987, l'Iran lance deux grandes offensives : Kerbala 5, à l'est de Bassorah, où Téhéran voulait établir un gouvernement provisoire de la République islamique irakienne, constitué des chefs des opposants chi'ites irakiens réfugiés en Iran ; Kerbala 6, à 150 kilomètres au nord de Bagdad en direction des grands barrages de l'Euphrate. Les pertes sont énormes de part et d'autre mais les forces iraniennes seront finalement bloquées.

Finalement, en 1988, l'armée irakienne reprend le dessus. Le 18 juillet, Khomeyni accepte le cessez le feu exigé par la résolution 598 du conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies et le Secrétaire général de l'Organisation peut annoncer la fin des hostilités actives pour le 20 août à 03 h 00 GMT.

Dans une lettre datée du 14 août 1990, Saddam Hussein accepte de revenir aux accords d’Alger de 1975 : il libère une partie des prisonniers de guerre et quitte les territoires occupés. (Les derniers prisonniers de guerre ne seront libérés que plus de dix ans après la fin de la guerre). Dans les faits, c'est un retour au statu quo ante.