1979-1989
Rambo 3 Peter MacDonald U.S.A. 1988
Massoud, l'Afghan Christophe de Ponfilly France 1998
La Guerre selon Charlie Wilson Mike Nichols U.S.A. 2008


La première guerre d'Afghanistan de l'histoire contemporaine a opposé, du 27 décembre 1979 au 15 février 1989, l'Armée rouge (armée de l'Union soviétique) aux moudjahiddin (« guerriers saints »). Durant dix ans, cette guerre a ravagé l'Afghanistan. Du fait de l'implication des États-Unis et de l'Union soviétique, cette guerre est considérée comme une des dernières crises de la Guerre froide.


Contexte
L'invasion soviétique s’inscrit dans le contexte de la Guerre froide: puisque les États-Unis soutiennent le Pakistan face à une Inde qui se voulait le fer de lance des pays non-alignés ; l’URSS soutient l’Afghanistan qui avait, depuis 1919, des revendications territoriales sur les régions à majorité pachtounes du Pakistan, ce qui aurait permis à l’Afghanistan de se désenclaver en possédant un accès vers la mer d’Oman.

À la suite d'un coup d’État fomenté en 1973 par le prince Daoud, l’État afghan s’éloigne de plus en plus de Moscou. Pour éviter sa perte d’influence dans la région, l’Union soviétique décide d’intervenir en Afghanistan, dès 1978, pour y placer un régime à ses ordres. Ce régime entretient des relations privilégiées avec l’URSS et met en place une série de réformes collectivistes et sociales (alphabétisation, droit des femmes, réformes agraires…) qui contrarient les coutumes conservatrices afghanes. L’opposition grandissante menace le régime communiste de Kaboul, ce qui pousse Brejnev à intervenir en Afghanistan en décembre 1979.

Déroulement

Moscou envoie l'Armée rouge en Afghanistan, le 24 décembre 1979, pour ramener Babrak Karmal au pouvoir (son prédécesseur Hafizullah Amin, porté au pouvoir par un coup d'État en septembre 1979, étant jugé incapable de faire face à la guérilla par les communistes et éliminé par les Spetsnazs).

L'URSS justifie son intervention par la volonté de préserver le régime en place et de maintenir le calme en Asie centrale. Toutefois, il apparaît aujourd'hui que cette intervention fut également motivée par la présence de pétrole dans cette région, rendu d'autant plus précieux que la révolution en Iran a déclenché le deuxième choc pétrolier.

En décembre 1979, les hommes du général Sergei Sokolov prennent plusieurs villes afghanes après que le GRU a commandité la mort d'Amin. Dans le même temps, des troupes aéroportés soviétiques occupent des villes du centre.

Une vive résistance nationale se met en place face à un occupant soviétique qui ne s’attendait pas à une telle réaction. De plus cette agression soulève une grande émotion dans l’ensemble de l’Oumma et de nombreux islamistes issus de divers pays (Algériens du GIA, Bosniaques, Philippins, Saoudiens, Palestiniens, Égyptiens, voire quelques Européens d'origine maghrébine ) se joignent à la résistance afghane (Moudjahiddines).

Durant les trois premières années, les Soviétiques étendent leur contrôle sur le pays mais font face à la désertion des deux tiers de l'armée afghane (120 000 hommes). Rapidement les moudjahiddin contrôlent 80 % du territoire à l'exception des villes principales. Les Soviétiques sont réduits à des opérations ponctuelles, protection de leurs convois et largage de millions de mines antipersonnelles.

En 1984, les troupes soviétiques comptent 250 000 hommes.

En 1986 Mohammed Nadjibullah remplace Babrak Karmal à la tête de l'État afghan et veut négocier avec les rebelles en suivant un processus de réconciliation nationale sur le principe d'une perestroïka afghane. Les Soviétiques envoient des raids d'hélicoptères MI-24 Hind et des chasseurs bombardiers vers les places fortes afghanes, les Spetsnazs subissant de lourdes pertes au sol.

En 1986 les moudjahiddin commencent à recevoir des missiles sol-air FIM-92 Stinger, ce qui contraint les Russes à perdre le contrôle du ciel, bouleversant l'équilibre des forces. En février 1988, Mikhaïl Gorbatchev décide de retirer les troupes, appuyé par la trêve négociée avec Ahmed Chah Massoud.

La trêve devient effective un an plus tard, le 15 février 1989, date de la fin du retrait soviétique d'Afghanistan.

Rapidement, la guerre civile s'installe entre les différents groupes armés moudjahiddin et l'armée du gouvernement communiste fidèle au président Mohammed Nadjibullah.


Conséquences
Dans les années 1990, la guerre civile fait suite à la lutte contre l’Union soviétique. Dès la chute du régime prosoviétique, des dissensions ont commencé à apparaître entre moudjahidines afghans et volontaires islamistes étrangers (des Arabophones le plus souvent) qui entendent désormais faire de l’Afghanistan une base pour l’entraînement à la Guerre Sainte (Djihad) contre l’Occident et un État respectant la Charia. En 1996, les taliban, soutenus par le Pakistan et les Etats-Unis, prennent le pouvoir et contrôlent, avec l’aide des islamistes étrangers, la majeure partie du pays en repoussant progressivement les Moudjahidines du célèbre Commandant Massoud dans les confins du Nord-Est du pays. Durant cette période de trouble, le Mollah Omar, chef militaire et religieux des taliban, impose la loi islamique à l'ensemble du pays. L'Afghanistan deviendra effectivement un camp d'entraînement pour les terroristes islamistes, c'est en Afghanistan qu'ont été formé les terroristes qui causeront les attentats du 11 septembre.


Les États-Unis
Au cours de la guerre froide, les États-Unis, via l'Opération Cyclone de la CIA, ont dépensé 2,1 milliards de dollars durant les dix ans de la guerre d'Afghanistan, pour alimenter la résistance antisoviétique et anticommuniste incarnée par les moudjahiddin du commandant Massoud.

Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller pour la sécurité de Jimmy Carter, a affirmé en janvier 1998 que c'est « le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l'assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul », six mois avant l'intervention des Soviétiques (Le Nouvel Observateur, 15-21 janvier 1998, p.76) avec pour objectif d'entrainer l'Armée rouge dans le « piège afghan ».

En janvier 1989, John Glassman, le chargé d'affaires américain à Kaboul, avait annoncé au moment de l'évacuation de son ambassade : « Je rouvrirai la boutique en septembre ». De son côté, Marin Strmecki du Centre de sociologie de l'innovation expliquait : « Il y aura une guerre et une victoire rapide des rebelles dans les régions du Sud et de l'Est […] Puis le siège et la prise de la capitale. Enfin, la conquête du Nord. Le régime devrait ainsi s'effondrer, six mois après le départ du dernier soldat soviétique ».

Cette déclaration de John Glassman a été contredite par les faits, le régime ayant tenu plus de trois ans après le départ des Soviétiques, en effet Kaboul ne tombera aux mains des rebelles que le 28 avril 1992 suite à la résistance des troupes du président Nadjibullah.


Bilan
Au total, durant leur 110 mois de présence militaire, plus de 900 000 Soviétiques servirent en Afghanistan, 14 000 furent tués et 75 000 blessés, 800 hélicoptères et avions, 1 500 blindés et plusieurs milliers de véhicules ont été détruits. Le coût financier pour l'URSS est estimé entre 2 et 3 milliards de dollars par an.

Les pertes afghanes (tous bords confondus) sont estimés à 1 242 000 morts dont 80 % de civils. On estime que 30 pour cent de la population avait quitté le pays ou s’était déplacé à l’intérieur des frontières. Depuis 1992, sur les 6 millions d’expatriés afghans, environ 3 millions étaient revenus en 1998 [1].


L'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique a provoqué un vaste mouvement de protestation parmi les gouvernements pro-occidentaux. L'une des conséquences fut le boycott des jeux Olympiques d'été de 1980 à Moscou par de nombreux pays pro-occidentaux.