La féline

1942

Genre : Fantastique
(Cat people). Avec : Simone Simon (Irena Dubrovna), Kent Smith (Oliver Reed), Tom Conway (Dr. Louis Judd), Jane Randolph (Alice Moore), Jack Holt (The Commodore). 1h15.

Irena Dubrovna, jeune modéliste à New York, est hantée par la peur d'être la descendante d'une race de femmes-monstres qui se transforment en panthères dès qu'elles perdent leur virginité. Oliver Reed, un architecte naval, tombe amoureux d'elle et essaie de la convaincre que ses craintes sont sans fondement. Après le mariage, Irena est terrifiée à l'idée de consommer leur union et demande à Oliver d'être patient. L'aide du docteur Judd, un psychanalyste, reste sans effets : Irena va de plus en plus mal et Oliver cherche le réconfort chez Alice, une collègue de travail.

Par la suite, Alice est menacée deux fois par une bête inconnue : et, après avoir annoncé à sa femme sa volonté de divorcer, Oliver est attaqué, avec sa compagne, dans son bureau. Le docteur Judd rend visite à Irena et tente de lui faire la cour, mais celle-ci se transforme en panthère et le tue. Blessée pendant la lutte, Irena se réfugie dans un zoo et meurt en ouvrant la cage d'une panthère.

 

Pour Jacques Lourcelles :

"Film essentiel, non seulement dans la carrière de ses deux principaux artisans (le producteur Val Lewton et le réalisateur Jacques Tourneur), dans l'histoire du genre fantastique, mais aussi et surtout dans l'évolution du cinéma tout entier.

Cat Poeple permit à Val Lewton de produire entre 1942 et 1946, toujours avec des budgets très réduits qui lui assuraient une totale liberté de conception et d'exécution, l'un des plus extraordinaires ensembles de films fantastiques du cinéma hollywoodien (d'où se détachent particulièrement deux films de Mark Robson : La septième victime et Bedlam qui clôt la série). Cat People lança aussi la vraie carrière de Jacques Tourneur qui donna ensuite dans la même lignée deux œuvres encore plus parfaites I walked with a zombie et L'homme léopard) avant de jeter un regard profondément neuf sur les autres genres hollywoodiens où il s'illustra.

Avec ce film, le fantastique -qui ne sera plus jamais pareil- découvre qu'il peut tirer son efficacité maximum de la litote, qu'il peut inventer de nouveaux moyens d'empoigner le spectateur en s'adressant à son imagination. La richesse du travail sur la lumière notamment contribuera à intérioriser le contenu du film dans les personnages et à provoquer une identification plus subtile et plus poussée du spectateur avec les personnages. C'est là que se situe, avec pudeur, la révolution radicale du film. On peut la résumer d'un mot : c'est la révolution de l'intimisme. Elle dessine pour ainsi dire une ligne de fracture entre le cinéma d'avant-guerre et le cinéma moderne. Ce que le cinéma va y gagner, c'est une plus grande proximité, une plus grande intimité -qu'on pourrait presque qualifier de psychique - du spectateur avec les personnages, explorés dans les tréfonds de leurs peurs, de leurs angoisses, de leur inconscient.

Cet apport n'est pas contradictoire, loin de là, avec celui du néoréalisme qui aboutira lui aussi, au moins chez Rossellini, à augmenter l'intimité du spectateur sur un plan social et bientôt spirituel avec les personnages. A partir de Cat People, le cinéma tendra à devenir cet instrument de plongée qui descend au plus profond des personnages comme dans un puits. Pendant les années qui suivront, le courant du film noir renforcera cette évolution en mettant à son service, sous une forme actuelle et contemporaine, les acquis lointains de l'expressionnisme mariés à une découverte récente et parfois rudimentaire de la psychanalyse.

Point de départ de l'œuvre réelle de Tourneur, Cat People cerne bien ce qui va être le credo de cette œuvre et son mode d'approche de la réalité. Toute réalité est de l'ordre du mystère, de l'étrange, de l'ineffable. Il faut l'appréhender de l'intérieur, par la suggestion et l'imagination. Le regard qui ira le plus profond en elle a toutes les chances d'être celui d'un étranger, et Tourneur restera en Amérique l'un des cinéastes les plus étrangers à ce pays, en proie à une surprise continuelle, à une totale et ingénue disponibilité."

Dix ans plus tard, Vincente Minnelli racontera brillamment dans l'un des épisodes des Ensorcelés comment les enjeux esthétiques du film sont apparus du fait de l'indigence du budget et du génie du producteur et de son metteur en scène. Kirk Douglas, alias Jonathan Shields, joue, dans la partie sympathique de l'épisode, le role de Val Lewton avant de se monter prêt à tout pour que son projet aboutisse.

 

 

Test du DVD

Editeur : Montparnasse

   

 

dvd chez Carlotta Films