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Des vagues s'écrasent sur les rochers puis viennent effleurer un bateau sur la plage. Dans une gare, des vacanciers, valises et épuisette à la main, s'agitent en tous sens. Un gamin reçoit une gifle de sa mère pour avoir tardé à laisser passer un porteur. Les voyageurs s'engouffrent dans un tunnel menant aux quais puis un autre, et encore un autre selon les indications contradictoires d'un haut-parleur de mauvaise qualité. Seule une jeune femme reste flegmatique et, d'un sourire, obtient de monter dans un train déjà bondé.
Monsieur Hulot se déplace vers son lieu de villégiature dans sa voiture lente et pétaradante, une Samson AL de 1924. Il est dépassé sans ménagement par une puissante voiture qui dégage tant de poussières qu'il est bien prêt de se renverser dans le fossé. Arrivé sur la place du village, il doit freiner pour laisser passer des touristes affolés, impatients de prendre leur bus.
Hulot reprend sa route, toujours dépassé sans ménagement par des voitures plus rapides. Il s'arrête derrière un chien allongé sur la route et utilise des coups de klaxon pour le faire lever et venir vers lui afin de se faire caresser. Alors que la voiture, pétaradant à qui mieux mieux, tente de monter une côte, elle finit par caler, s'arrêter.
Le bus des touristes arrive à destination, à l’hôtel de la plage. La jeune femme du train en sort, accueillie par la propriétaire. Alors que deux jeunes hommes la reluque dans la rue, elle les fait fuir du regard. Une promeneuse, suivie de son mari, observe les alentours. La jeune femme défait ses valises et range ses affaires dans les tiroirs où ne se trouve que vieilles chaussures et raquette qu’elle remplace par la sienne. Elle observa la plage de son balcon. Arrive alors Hulot dans sa voiture qui semble rendre son dernier souffle tant elle pétarade ce qui indispose l'hôtelier qui regarde inquiet, l'attitude de ses clients.
À son arrivée dans l'hôtel, Hulot sème le désordre parmi les estivants en ne fermant pas la porte alors que souffle une forte brise marine. Les feuilles de l'industriel s'envolent ainsi que les journaux; la moitié de la moustache d'un homme se dresse et une dame ne peut diriger le jet de son thé dans sa tasse. Néanmoins, l'hôtelier affable lui ouvre le registre et lui ôte la pipe de la bouche afin que Hulot prononce son nom. Puis l'hôtelier, prévenant, bourre la pipe de Hulot dont le vent avait dispersé le tabac. Hulot tente vainement de saluer tout le monde. En allant chercher son épuisette, il laisse de nouveau la porte ouverte avant de monter dans sa chambre qui se trouve sous les toits. L'après-midi se termine par un carillon marquant l'arrivée du marchand de glaces. Le soir Hulot s'installe au restaurant mais ni le serveur ni l'hôtelier ne semblent vouloir le servir. Le promeneur et la promeneuse le saluent avant d'aller se balader sur la jetée au phare.
Le matin du lundi, la jeune femme au balcon choisit un disque, celui de la musique du film et regarde la plage où les vacanciers s'installent : la promeneuse et son mari, le petit Denis qui fait toutes sortes de bêtises : il laisse son cerf volant traîner avec une loupe, brûle une tente et essaie de faire de même sur le torse d'un homme qui dort. Un peintre inscrit au pinceau le nom de son bateau quand le filin qui le retient cède et fait un tout droit vers la mer : une nouvelle bêtise de Denis ? Le peintre observe suspicieusement les alentours dont Hulot qui se sèche, la promeneuse et son mari, mais ne trouve pas de preuve de la vilaine plaisanterie. Jean Schmutz regarde la jeune femme au balcon allant se baigner au grand déplaisir de sa femme. Hulot est de nouveau dans l'hôtel, regarde sa montre et le serveur faisant le même geste renverse le verre qu'il s'apprêtait à donner au client. Le commandant parle de ses exploits à deux vacanciers qui n'en ont cure.
C'est la cloche pour le repas. Dans la salle, la promeneuse et son mari observent le patron, M. Ménard, découper le rôti, au gré de la corpulence des clients, pendant que la porte fait du bruit à chaque passage des vacanciers. Hulot dérange son voisin en allongeant le bras à la recherche du sel ce qui l'empêche de mettre sa serviette. Le peintre du bateau regarde Hulot d'un air suspicieux et ne fait pas faute de faire allusion à sa probable implication dans le lancement prématuré du bateau. Le vendeur de glace mange tout seul, une bouteille de vin dans l'un des compartiments de la glacière. Jean Schmutz écoute les cours de la bourse et les enfants vont sur la plage avec leurs épuisettes. Jean Schmutz prend une photo de sa famille avant d'être appelé au téléphone.
Arrive en bus, la tante de la jeune femme au balcon et l'appelle Martine. En la voyant arriver Hulot, qui passait en voiture s'arrête et lui propose de porter ses valises. La grosse valise dans les bras l'oblige à monter l'escalier du jardin à l’aveugle, et, prenant une valise à plat pour une marche, est emporté par son élan et se retrouve de l'autre côté de la maison entraînant une guirlande de lierre autour d'une statue. Hulot revient néanmoins porter la valise comme de si rien n'était.
La voiture doit être poussée pour redémarrer. Alors que Martine est à son balcon, Hulot arrive à toute vitesse avec l'Anglaise ; il manque d'écraser la dame au petit chien mais stoppe devant elle et la salue poliment. À ce moment, le bus arrive vite et la fait fuir sous les invectives du chauffeur.
Le soir, la promeneuse et son mari sont les premiers à rejoindre la salle du restaurant mais ils sont aussi les premiers à sortir à la nuit tombée pendant que les estivants s'occupent dans la salle commune et que l'Anglaise soupire d'ennui. Soudain la musique de jazz joue fort. Les estivants importunés se rendent dans la pièce où Hulot écoute ce disque et Schmutz coupe l'électricité. Le patron, méfiant quand Hulot revient dans la salle, plonge sa main dans l'aquarium au lieu de l'autre dont il avait relevé la manche de chemise pour repêcher un stylo. Hulot tente de prendre un livre dans une étagère gêné par un homme qui l'aide finalement alors que Hulot est parti aider Denise, une jeune scout au sac à dos trop lourd. C'est la fin des programmes de radio et tous se préparent à aller se coucher.
Hulot suit Denise jusqu'en haut de la colline où les scouts logent une cabane en bois et se montrent accueillants pour celui qui a aidé l'une des leurs. En buvant un verre, Hulot tombe à la renverse et fait quelques pas à reculons dehors mais revient dans la cabane. Les scouts sont vites imbibés et chantent à tue-tête, dérangeant les gens de l'hôtel dont les fenêtres s'allument dans la nuit.
Le matin du mardi, l'Anglaise est la première à sortir, suivi du commandant. Hulot part faire du kayak. Il est salué joyeusement par l'anglaise alors que Martine est à son balcon et que les estivants font de la gymnastique... et restent coincés, jambes fléchies, pendant que Hulot discute avec le prof. Hulot voit Martine sortir de sa cabine de bain et voit Jean Schmutz penché vers cette cabine. Il le prend pour un voyeur et lui décoche un coup de pied alors qu'il prenait une photo de famille. La tante l'entretient sur le paysage. Hulot fuit lâchement devant Jean qui suspecte un autre vacancier allant jusqu'à s'enfermer dans sa cabine. Hulot s'en va peindre le siège de son kayak, inquiet de l'éventuelle venue de Jean. Hulot ne voit ainsi pas le pot de peinture allant et venant au gré des vagues ; interloqué il va de droite à gauche de son canoë et finit par marcher à l'intérieur en brisant le fond. Un couple sous un parasol met le disque du film. Hulot semble néanmoins pouvoir repartir dans son canoë pendant que Martine subit la conversation d'un intello. Le kayak se brise en deux, l'enfermant au milieu. Les baigneurs prennent le kayak désormais replié à l'horizontal pour la mâchoire d'un requin. Le serveur sonne l'heure du déjeuner pendant que l'hôtelier compte les clients, la promeneuse et son mari sont toujours les premiers.
De retour de la plage, Hulot laisse des traces de pas boueuses à l'intérieur de l'hôtel mais s'arrange pour que ce soit le commandant qui soit suspecté par l'hôtelier. Une rame qui descend de l'escalier finit néanmoins par le trahir.
Martine quitte la table de sa tante, son mari et leur fils pour rejoindre trois jeunes Anglais. Hulot en voiture poursuit le bus pour aider un client à le rattraper mais la capote s'effondre et il entre dans un cimetière où a lieu un enterrement. Cherchant dans son coffre de quoi redémarrer la voiture, il sort une chambre à air; les feuilles venant y adhérer, le livreur de la couronne mortuaire la prend aussi même si elle ne tarde pas à se dégonfler. Des invités de l'enterrement aident Hulot à redémarrer, Hulot vient les remercier et tous se précipitent pour offrir leur condoléances aux trois hommes et Hulot qui récupère un parapluie et rit de cette méprise.
Martine ferme son balcon mais y revient quand elle entend la voiture de Hulot revenir avec les trois hommes de l'enterrement qui comme la veille dérange tout le monde
Le matin du mercredi, Martine à son balcon regarde la promeneuse et son mari sortir les premiers. Le serveur appelle Schmutz qui s'en va nager l'autre côté. Un vendeur de journaux rapporte le Daily télégramme. Hulot s'en fait un chapeau et va acheter une raquette dont la vendeuse lui explique le maniement par un mouvement d'aller et retour avant le service. Sous l'arbitrage de la vieille anglaise enthousiaste, Hulot dégoûte une première jeune femme puis bat le sportif et le commandant qui n’arrivent pas à renvoyer son service. Tous se plaignent du jeu de service de Hulot.
Hulot rentre du tennis avec Martine et s'arrête devant le conducteur de deux chevaux. Les autres reviennent toujours maugréant contre Hulot et son service. Mais l'appel aux glaces réconcilie tout le monde. Le soir, la promeneuse entraîne son mari d'abord sans le voir. Dans l'hôtel, les estivants sont gênés par la partie de ping-pong de Hulot qui fait beaucoup de bruit sauf la vieille anglaise enthousiaste. Hulot déplace le fauteuil d'un joueur de carte qui pose une carte sur la table d'à côté. Quand il remporte le pli de bonne foi, il suscite la réprobation de ses trois partenaires alors qu'à côté les autres joueurs sont perplexes sur cette nouvelle carte apparue sur leur table. Hulot jouait avec Denis et est remercié par sa mère, Mme Schmutz. Martine aussi le regardait plus intéressé par lui que par l'intellectuel. Elle le salue avant de partir. Les joueurs de cartes se disputent.
Le matin du jeudi, la promeneuse ramasse des coquillages que jette son mari excédé. Schmutz sa femme et son fils. Hulot vient chercher Martine pour la promenade en cheval conclue la veille mais, du haut de son balcon, elle ne le voit pas. Après une fausse manœuvre, il rentre, accueilli par la tante. Il tombe de sa chaise avec sa badine, déplace les tableaux et accroche une peau de renard à son éperon. Puis fait tomber une bougie qu'il a prise pour sa baguette. Martine arrive et monte à cheval. Celui de Hulot est récalcitrant et le jette à terre. Peureux, Hulot, s'enferme dans une cabine pendant que Martine s'en va seule et le cherche vainement. le cheval rue et casse la porte de derrière et fait tomber le rabat d'une voiture sur son passager qui est secouru difficilement par les estivant pendant que Hulot fuit et se cache dans une cabine de plage près du vendeur de guimauve dont il tente de sauver la pâte avant que le cheval ne vienne vers lui. Seul le promeneur sourit et voit Hulot réfugié à l'étage. Martine, las d'attendre, a trouvé un autre cavalier pour l'accompagner.
Un très jeune enfant vient chercher deux glaces pour lui et son frère sans les renverser. Une affiche annonce un bal masqué et Mme Schmutz a déjà acheté un chapeau fantaisie pour Denis qui se promène sur un âne. Durieu ministre va parler les estivants l'écoutant alors que Hulot va dans la salle de bal vide. Martine vient aussi mais ne voit pas Hulot derrière le paravent mettre un disque qui se déclenche au moment où elle allait partir. ils dansent ensemble en mettant le disque plus fort. La passante sort avec son mari, celui-ci est heureux de voir danser Hulot et Martine.
Le matin du vendredi, les estivants ont décidé d'une excursion en voitures. Deux femmes habillées identiquement rentrent précipitamment dans leur chambre pour se changer. La tante de Martine se plaint de n'avoir pas de place. Le commandant qui dirige l'expédition attendait la voiture de Hulot mais celle-ci arrive derrière une dépanneuse. Hulo,t qui a tendu le fil entre sa voiture et la dépanneuse, tombe à l'eau. L'Anglaise cède sa place à Martine. Hulot se précipite pour se changer lorsque sa voiture arrive réparée. La tante rechigne à monter dans la voiture où il y a encore de l'eau. Seul Schmutz, sa femme et son fils sont restés sur la plage.
La voiture de Hulot est en panne, pneu crevé. En s'allongeant sous la voiture et laissant dépasser ses jambes, il risque de se les faire écraser par le bus. Observant ensuite les traces, il n'en revient pas d'être indemne. Il tente de soulever la voiture avec un cric mais ne fait que lever le siège de l’Anglaise puis de la tante. Le cric soulève enfin la voiture mais tombe ce qui la déséquilibre et la fait avancer toute seule, entraînant aussi la voiture de devant. Elle entre dans un château que Hulot, poursuivi par des chiens, ne peut pas suivre. La corne sonore tombe sur la roue de secours qui se détache et roule, faisant un bruit de canard sauvage, ce qui provoque les coups de feu du châtelain, arrêtés juste à temps. La tante et l'Anglaise sont ramenées en voiture.
Le soir, Schmutz fait ses affaires et les autres s'occupent comme d'habitude. L'Anglaise s'inquiète de l'absence de Hulot, soudain joyeuse en entendant le disque de jazz trop fort mais c'est Denis qui l'a mis. Son père lui éteint l'électricité. Dans la salle du restaurant ne reste que l'assiette de Hulot, ce que constatent l'anglaise et Denis.
La nuit, Hulot se cache des chiens dans une cabane. Il croit allumer une bougie mais déclenche un feu d'artifice qui réveille tout le monde. L'hôtelier remet l'électricité dans la pièce du tourne-disque.
Le matin du samedi, la tante dit au revoir à tous et snobe, ainsi que que tous les invités, Hulot qui s'en va rejoindre le groupe des enfants. L’Anglaise le salue et le promeneur lui laisse sa carte de visite. il repart en voiture sans plus personne au balcon. C'est une carte postale.
La légendaire figure de Hulot apparaît dans ce film. Tati n'y est plus François, l'héroïque facteur de Jour de fête qui, comme Buster Keaton, passait de maladroit à invincible dans sa tournée à l'américaine. Ce n'est plus un être à part, plutôt un être "à coté", trop grand devant se pencher vers les autres s'il veut leur parler. Il ne suit pas les habitudes routinières des autres vacanciers mais prend néanmoins comme eux sept jours de vacances, probablement du dimanche au samedi. Sept jours où il aura semé le trouble chez quelques-uns d'enre-eux, et sur nous assurément.
Hulot, "un être à côté"
Hulot arrive seul dans sa voiture, une vieille guimbarde et non pas en bus ou en train ou une grosse voiture. L'hôtelier lui demande son nom; et c'est la première fois que l'on entend prononcer "Hulot"... quand il a retiré sa pipe de sa bouche. Ce n'est ainsi pas un habitué alors que tous les autres semblent se connaître et sont bien décidés à revenir l'année prochaine.
Parmi les estivants se dégagent quelques figures marquantes. Le commandant à la retraite parle de ses batailles d’antan. Il aime diriger et trouve sa pleine mesure dans l'excursion du vendredi. Le serveur désabusé et l'hôtelier attentif à ses clients (au point de régler l'épaisseur de la tranche de rôti sur la corpulence de chacun) mais toujours sur le qui-vive (oubliant quelle est la main au bras de chemise relevée plonger dans l'aquarium). Le propriétaire du bateau, adepte aussi du sport sur la plage, ayant du mal à garder la position quand Hulot discute avec le prof. La tante parisienne, plutôt snob et les joueurs de cartes ainsi qu'un sud-américain à moustache. Très visible, Monsieur Schmutz, le client perpétuellement collé à son téléphone. Il est interprété par Claude Schillio, marchand de pianos d'Armentières qui a débarqué sur le tournage du film en voulant passer du temps avec sa femme, l'actrice Nathalie Pascaud qui interprète Martine. Jacques Tati l'engage alors et lui offre comme premier gag de reluquer celle-ci s'en allant se baigner alors que son épouse dans le film s'en offusque. C'est également Jean Schmutz qui est pris à parti par Hulot quand il croit qu'il regarde Martine se déshabiller dans sa cabine.
Les femmes sont toujours lointaines. Martine, la jeune femme au balcon est dans la droite ligne de Jeannette dans Jour de fête. Il dansera avec elle sans la toucher mais devra renoncer, faute à un cheval pas commode à se promener avec elle. Pourtant elle s'était largement intéressée à lui le mercredi, au tennis puis lorsqu'il jouait au ping-pong et l'avait salué en partant, lui donnant rendez-vous pour la promenade à cheval décidée un peu plus tôt. L'idylle ne se nouera pourtant pas.
Le couple de Roger et Germaine dans Jour de fête se poursuit ici avec celui de la promeneuse et de son mari, qu'elle semble toujours conduire, parfois ignorer mais qui est le seul à voir Hulot s'amuser, danser avec Martine et aller lui dire adieu. L'Anglaise, veuve ou célibataire est mieux traitée ainsi que Mme Schmutz, qui vit certes dans l'ombre de son mari mais s'occupe bien de son fils.
Or Tati à foi en la capacité de la jeunesse à prendre la relève. Hulot initie Denis au jazz, au ping-pong et celui-ci, reconnaissant, vient inspecter la salle de danse et s'inquiète, avec l'Anglaise, de son absence au dîner du jeudi soir. Il prend le relais du Petit facteur de la fin de Jour de fête et préfigure le jeune Gérard Arpel de Mon oncle et les enfants qui s'amusent à la fin de Parade.
Un burlesque de trajectoires
François le facteur était un émule de Buster Keaton, un as du vélo réussissant une improbable tournée à l'américaine dans une succession burlesque de confrontations de trajectoires. Hulot certes se montre imbattable au tennis mais avec son seul service et bon au ping-pong mais face à un enfant quant au kayak, il l'a presque brisé en deux avant de prendre la mer et semble finalement finir dans ce que ceux sur la plage prennent pour la bouche d'un requin.
Gags de trajectoires, les voyageurs empruntant différents quais, la voiture de Hulot sans cesse dépassée, qui pétarade, freine et s'arrête en haut d'une côte, devant les touristes puis un chien. Trajectoires aussi, celles du bateau prématurément lancé à la mer, de la pâte de guimauve qui menace de tomber, du pôt de peinture passant de gauche à droite du kayak de Hulot au grè des vagues, des jambes de Hulot retirées juste devant le bus ou les courbes de ses balles impossibles à renvoyer au tennis.
Des sons malséants
Tati, on le sait, manifeste aussi peu de goût pour les dialogues que le Chaplin des Temps modernes. Aux paroles, il préfère les bruits, et souvent les plus inutiles d'entre eux. Le premier gag du film est basé sur une dérision du texte avec ces haut-parleurs de la gare délivrant un message incompréhensible qui fait errer les voyageurs entre les voies à la recherche de leur train. Autre gag sonore récurrent, le son de la voiture pétaradante de Hulot, le klaxon attaché à la roue dévalant l'allée et imitant alors le cri d'un canard que le châtelain essaie d'abattre.
Hulot, en dépit de la discrétion qu'il tente d'afficher, ne cesse d'émettre des sons bien plus forts que ceux admis par la bienséance. Hulot permet au souffle du vent d'entrer dans la pièce en laissant la porte ouverte. Au ronron du discours politique délivré par la radio, il préfère écouter fort un disque de Jazz. Ainsi, le jeune Denis qu'il initié au jazz met aussi très fort le disque, au point que l'Anglaise méprend et croit Hulot revenu.
Hulot ne manque pas non plus de réveiller les clients de l'hôtel en compagnie des scouts qui ont trop bu le lundi ; le mardi en revenant tard de l'enterrement avec des invités avec lesquels il a dû passer un autre bon moment ; le vendredi enfin en allumant accidentellement le feu d'artifice.
Les sons les plus doux, mais non moins marquants, ne sont pas émis par Hulot. Ce sont Martine et le couple de jeunes qui mettent tour à tour le disque de la musique du film, composée par Alain Romans et ce sont l'ensemble des estivants qui génèrent le son de la porte battante du restaurant à chacun de leur passage.
Trois versions du film
Tourné en 1951, le film sort dans une première version de 1h36 en février 1953. En 1962, Tati remanie et réorchestre son film. Il coupe aussi trois scènes, une première séquence de tennis où Hulot se montre maladroit, une scène avec un curé endormi, et la scène où Hulot tente un baise-main dans les vagues auprès de la tante. En 1978 enfin, il tourne et ajoute la touche finale du kayak, non plus seulement plié, mais renversé à l'horizontal, clin d’œil loufoque aux Dents de la mer sorti en 1975.
Auteur de maladresses sans conséquence, de désordres aussi involontaires que systématique, Hulot s'impose avec sa grande taille, son pantalon trop court et ses chaussettes rayées comme un modeste perturbateur. Selon Jacques Lourcelles, Tati créé avec lui "Le plus burlesque
des films français et le plus français des films burlesques.
Dans un style limpide, élégant et très élaboré,
Tati enchaîne une incalculable collection de gags sur une trame qui
exprime la monotonie et la langueur d'une station estivale. On a rarement
vu autant d'invention livrée sur un rythme aussi calme et nonchalant (Dictionnaire des films)
Jean-Luc Lacuve, texte revu le 31 juillet 2026