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Un soir, dans la petite ville de Brentwood que traverse la route nationale,
arrivent deux inconnus. Ils cherchent quelqu'un. Ce sont des tueurs à
gages. Leur victime sera un autre inconnu, Pete Lunn, installé depuis
quelque temps dans cette modeste bourgade et qui tient un poste d'essence.
Pete Lunn, prévenu de leur arrivée, ne cherche cependant pas
à s'enfuir et attend avec fatalisme qu'ils l'abattent.
Mais Lunn avait souscrit une assurance sur la vie. La compagnie d'assurances désigne l'un de ses détectives, James Reardon, pour enquêter sur cette affaire. Interrogeant les témoins et ceux qui ont connu Pete Lunn (flash-backs) Reardon reconstitue le puzzle mystérieux... la vie de Pete Lunn, dit le " Suédois".
Cet ancien
boxeur a participé au hold-up d'une usine, avec des gangsters. Pourquoi
? Par amour. Mais en faisant connaissance de la trop belle Kitty, Pete Lunn
s'est perdu. "Roulé" par les gangsters et par Kitty, il était
déjà un mort en sursis après la trahison de celle qu'il
aimait. Voilà pourquoi il a attendu la mort avec résignation.
James Reardon remontera finalement jusqu'aux auteurs du hold-up et aux assassins
de l'ex-boxeur.
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La
nouvelle d'Hemingway ne constitue qu'une sorte de prologue à ce film
noir dont le modèle est bien davantage le Citizen
Kane d'Orson Welles réalisé cinq ans plus tôt.
L'exécution de Ole Anderson prend la place de la mort de Kane et l'enquête sur le pourquoi de cette exécution est construit sur onze flash-back pris en charge par dix personnes soit le double de ceux du film de Welles. Les deux premiers flash-back sont consacrés au passé proche et constatent la déchéance finale du suédois (Colfax et Quennie). Lubinsky assiste aux dernières heures dignes et conquérantes. Les huit flash-back suivants permettent la reconstitution criminelle depuis la rencontre avec Kittie jusqu'aux chaînes de trahisons. Il n'est pas jusqu'à la morale dérisoire des deux films que l'on peut rappocher : structure complexe pour un gain dérisoire : le suédois s'est fait tuer pour rien. Reardon, l'enquêteur, a déclenché une nouvelle tuerie, a failli perdre la vie et n'a gagné... que deux jours de congés.
En 1956, Andrei Tarkovski chosira d'adapter la nouvelle d'Hemingway de façon bien plus fidèle dans Les tueurs, son court-métrage de fin d'études alors que Don Siegel tournera A bout portant une variation moins intellectuelle et plus trépidente sur un scénario assez éloigné de celui-ci où le récit est pris en charge par l'un des tueurs.
Si Les tueurs demeure néanmoins l'un des fleurons du film noir il le doit à Burt Lancaster dont c'est la première apparition à l'écran et surtout à Ava Gardner qui incarne ici l'une des plus fascinantes femmes fatales du cinéma. Il le doit aussi à deux scènes fameuses : un des premiers matchs de boxe réaliste et un long plan séquence avec une grue pour le hold-up.
Eclairage violemment contrebalancé de Woody Bredell, opérateur
anglais, au début puis style documentaire et froid. Ce contraste oppose
la tragédie d'un perdant et la froide constatation des compagnies d'assurance.
La géométrie des éclairages est une manière de
faire voir la vie et la mort en action comme toute la grammaire du film noir
: rues désertes, couloirs menaçants, escaliers, contre-plongés
et cadrages anguleux. C'est la morale déglinguée du film noir
âpre et violent. Plafonds bas construits par Greg Toland comme chez
Welles et Wyler : l'ordre immuable du monde qui pèse sur les actes
libres des héros. Masochisme du suédois contre équilibre
du lieutenant Lubinsky et de sa femme.
Le film bénéificia de sept pages dans Life magazine, fut nominé meilleur film, meilleur scénario, meilleur montage. Avec ce film, le cachet de Siodmak passa, dit-il, de 250 dollars par semaine à mille dollars par jour.
J.-L. L. le 14/04/2007.
L'adaptation de la nouvelle (source : analyse de Marguerite Chabrol sur le DVD ci-dessous)
La nouvelle d'Hemingway a été publiée en 1927 dans le
Scriber's magazine avant d'être reprise dans son premier recueil de
nouvelles, Hommes sans femmes, publié après le succès
de son premier roman, Le soleil se lève aussi.
Nick Adams est un personnage récurrent des livres d'Hemingway que l'on
voit vieillir depuis In our times (1925) jusqu'en 1972 avec The
Nick Adams stories. Il est confronté au grand thème de Hemingway
: la rencontre avec la mort qui reste un mystère fondamental. Ici,
les deux bourreaux exécutent de manière déconcertante.
Ils se montrent prêt à une fusillade, qu'ils commettront à
la fin, brutale et arbitraire.
Le boxeur Ole Anderson est l'idéal du héros masculin, stoïque et impassible, sportif et aventurier, un bloc droit qui s'oppose à la société qui renonce. Le thème de la solitude est surtout développée par Siodmak. Chez Hemingway, les héros après avoir été individualistes acceptent un engagement social.
La nouvelle est facile à adapter car très dialoguée. Les dialogues constituent les trois quarts du texte. Le style est concis. Les saynètes théâtrales avec quelques indications. C'est un dialogue fait pour être joué avec ton et attitude avec des questionq rhétoriqueq qui n'appellent pas de réponse et sont plutot des provocations menant à l'action.
Indications de la lumière omniprésentes : "Dehors il commençait à faire sombre. La lueur du réverbère s'alluma derrière la vitre"... "Par la vitre, George les regarda passer sous le réverbère et traverser la rue"... "Dehors la lampe à arc brillait à travers les branches nues"
L'univers familier du diner s'oppose au drame qui s 'y joue. Forme ouverte dans le roman. Dans la nouvelle on n'assiste pas à la scène d'exécution. Suppression des allusions raciales et religieuses moi je vais dans la cuisine avec le nègre et le petit loustic dit l'un des tueurs alors c'était dans un couvent à youpins
Dramatisation : Deux plans du pré-generique en course poursuite. Nick
Adams prévient Handerson après une course d'obstacles. Le temps
travaille l'espace, les deux tueurs encerclent le diner, la profondeur de
champs renforce l'effet de boite
Les cadres (miroir, ouverture) compliquent l'action.
Points de vue. Pas de psychologie ou de voix intérieure. Plan subjectif l'amorce, des tueurs puis vue subjective. Nick Adams devant les tueurs devient le témoin privilégié. Plan de la porte vue par le boxeur alors que dans le roman ni point de vue ni attente.
Ironie d'Hemingway disparaît, les dialogues entre les tueurs et toute cette enquête pour pas grand chose. La prime d'assurance sera réévaluée de quelques centimes." Avec leurs pardessus étroits et leurs melons, ils avaient l'air d'une paire de comiques de music-hall"
Dans la nouvelle, on a un univers chaotique : la pendule ne donne pas l'heure, quiproquo lors de la scène avec logeuse qui ne mène nulle part. Siodmak se montre plus rationnel mais mécanique des enchaînements plus audacieuse : Transition mains quand il est tué, main à la morgue qui indique qu'il est boxeur puis mains qui explorent les objets.