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Berlin au lendemain
de la guerre. Une famille se débat avec les difficultés de la
vie : le père malade est soigné par sa fille, le fils aîné,
un ancien SS récemment démobilisé, n'ose pas se présenter
aux autorités d'occupation et vit, caché, sans carte d'alimentation.
Le fils cadet, Edmund, âgé de douze ans, essaie de faire
vivre sa famille à l'aide de petits trafics que lui vaut sa vie errante,
dans Berlin détruit par les bombardements. Les voisins voient d'un
mauvais oeil ces gens besogneux et sans ressources.
Un jour, au cours d'une promenade, Edmund retrouve un de ses anciens professeurs, ex-nazi et probablement homosexuel. Celui-ci lui rappelle les principes d'Hitler sur l'élimination des faibles et des inutiles. Le père ayant dû être hospitalisé et répétant machinalement qu'il vaudrait mieux pour tous qu'il soit mort, Edmund, sans mesurer la portée de son geste, l'empoisonne. Le professeur, mis au courant par Edmund, ne veut pas endosser la responsabilité de ce qu'il considère à présent comme un crime.
Désespéré, l'enfant erre tristement dans les rues au milieu des décombres et finit par se jeter d'un cinquième étage d'une maison en ruines.
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Pour Jacques
Lourcelles :
"
Troisième volet de la trilogie de Rossellini sur la guerre (Après Rome
ville ouverte et Païsa), Allemagne année
zéro fait admirablement le lien entre ces deux œuvres essentiellement
documentaires et la série des films intimistes avec Ingrid Bergman. En effet,
placé dans un contexte où l'état présent d'une société est décrite avec une
extraordinaire intensité, c'est avant tout l'histoire d'un seul personnage,
le petit Edmund, que veut raconter Rossellini. En ce sens, le film représente
la quintessence du néo-réalisme
selon la méthode rossellinienne:
"Le néo-réalisme, a-t-il écrit, consiste à suive un être, avec amour, dans toutes ses découvertes, toutes ses impressions. Il est un être tout petit au-dessous de quelque chose qui le frappera effroyablement au moment précis où il se trouve librement dans le monde, sans s'attendre à quoi que ce soit. Ce qui importe avant tout pour moi, c'est cette attente ; c'est elle qu'il faut développer, la chute devant rester intacte (Cahiers du Cinéma août-septembre 1955, repris dans le volume Rossellini le cinéma révélé)."
Cet accompagnement minutieux par la caméra d'un être vulnérable a entraîné ici l'emploi de plans assez longs et Allemagne, année zéro est un film beaucoup moins découpé (248 plans) que Rome ville ouverte ou Paisa.
De l'Italie à l'Allemagne, l'œuvre de Rossellini étend son territoire qui va bientôt être à l'échelle de l'Europe puis d'un continent (les Indes). Sur l'Allemagne, comme sur tous les sujets et ses personnages, Rossellini entend jeter un regard social qui soit aussi moral. Pour lui, le champ de l'investigation sociale et le champ de l'investigation morale se recoupent exactement. Il a exprimé ses intentions avec une telle netteté qu'on ne peut mieux faire que citer ses propos :
"Les Allemands étaient des êtres humains comme les autres ; qu'est-ce qui a pu les amener à ce désastre. La fausse morale, essence même du nazisme, l'abandon de l'humilité pour le culte de l'héroïsme, l'exaltation de la force plutôt que celle de la faiblesse, l'orgueil contre la simplicité. C'est pourquoi j'ai choisi de raconter l'histoire d'un enfant, d'un être innocent que la distorsion d'une éducation utopique amène à perpétrer un crime en croyant accomplir un acte héroïque. Mais la petite flamme de la morale n'est pas éteinte en lui : il se suicide pour échapper à ce malaise à cette contradiction."
"
Jacques Lourcelles : Dictionnaire
du cinéma
(Deutschland im jahre null). Avec : Edmund Meschke (Edmund Koeler), Ernst Pittschau (le père d'Edmund). 1h14.
