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La
Normandie au début du siècle. Célestine, une femme de
chambre, arrive de Paris chez ses nouveaux maîtres, les Lanlaire. Le
valet, Joseph, un grand gaillard peu amène, vient la chercher à
la gare en carriole et la conduit au château.
L'ambiance y est oppressante. Les époux
Lanlaire sont des hobereaux figés dans des principes réactionnaires,
qui ne vivent que pour leur fils Georges, un garçon dépressif
et poitrinaire. La mère espère que la nouvelle venue aura une
bonne influence sur lui et la pousse carrément dans ses bras. Une idylle
naît entre eux. Cependant, Joseph semble s'humaniser en offrant à
Célestine de partir avec lui en volant l'argenterie des patrons. Mais
son plan est déjoué par l'ombrageuse maîtresse de maison.
La propriété voisine abrite un doux maniaque qui couve son or : le capitaine Mauger, qui lui-même n'est pas insensible au charme de la jolie soubrette. Joseph le tue afin de s'emparer de sa fortune. Georges, malgré sa faiblesse, défie la brute. L'assassin sera finalement lynché par la foule, rassemblée pour fêter le 14 juillet. Et Georges et Célestine, réunis, pourront partir ensemble.
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André
Bazin soulignait que la reconstitution n'avait pas pour but de reproduire
une petite ville française mais d'accentuer l'impression de cauchemar.
Tout était pour lui "intégré à un fantastique
cruel. Non plus le théâtre mais la théâtralité
à l'état pur"
L'adaptation est extrêmement infidèle au roman d'Octave Mirbeau. Célestine n'est plus poursuivie par les assiduités du hobereau mais tombe amoureuse de Georges, le fils de la famille, inexistant chez Mirbeau. Les lubies du père dans le roman sont dès lors transposées sur le mari qui vit dans l'ombre de sa femme. Transposé aussi le meurtre de la petite fille innocente par Joseph sous le coup d'une impulsion sexuelle. C'est ici le capitaine Mauger qu'assassine Joseph sous le coup d'une impulsion exacerbée pour la réussite sociale. Enfin et surtout, Célestine ne se soumet pas à Joseph qu'elle soupçonnait pourtant dans le roman de l'assassinat de la petite fille, succombant ainsi à sa condition de femme de chambre mais part ici avec le fils de la famille pour échapper à sa condition et vivre son grand amour. Chez Mirbeau c'est Joseph qui triomphe, il est ici lynché par la foule. Symboliquement le film, qui s'était ouvert sur le journal, se clôt sur un plan où elle le referme définitivement pour une autre vie.
Pour Renoir et selon l'analyse de Bazin, on a donc bien une Célestine qui, dès le départ, sort de son rôle de femme de chambre. Elle se révolte contre l'attitude de Joseph qui veut renvoyer la fille de salle qu'il trouve trop laide. Les tenues baroques que veut lui faire porter madame Lanlaire sont un costume dont elle doit sortir. Emblématique est ainsi la scène de la serre. George, pris d'une quinte de toux, s'y réfugie chassant Célestine. Celle-ci revient. Il lui dénoue les cheveux pour qu'elle se révèle telle qu'en elle-même, débarrassée de sa tenue de soubrette.
George et Célestine sortent ainsi de la condition que leur entourage souhaitait leur voir continuer Pour George qui se plaignait : "Je n'ai jamais brûlé de vivre ou de mourir en grand. ", Célestine par la métonymie de ses cheveux peut désormais être un absolu : En voyant vos cheveux le premier jour, j'ai pensé que je ne connaissais pas or plus brillant
Face à ces deux trajectoires salvatrices, restent ceux qui se sont enfermés dans un rôle mécanique. La dénonciation de la mécanique humaine est en effet très forte ici, c'est là que l'on trouve le fantastique cruel dont parle Bazin avec un Mauger caricaturale dans son désir enfantin, les Lanlaire mécaniques dans leur refus du peuple ou Joseph, mécanique dans son envie d'argent.
J.-L. L. le 28/05/2007
