Shining
1979

Un hôtel isolé dans les Montagnes Rocheuses. L'hiver approche et les routes vont devenir impraticables pour cinq mois. Tout le personnel va déserter l'hôtel sauf le gardien, Jack Torrance, un homme instable. Cette solitude lui semble propice pour commencer un nouveau livre. Il s'installe avec sa femme Wendy et son fils Danny.

Le gérant de l'hôtel les met en garde car, quelques années auparavant, le gardien, devenu subitement fou, massacra sa femme et ses deux filles à coups de hache. Danny possède un don de médium et pressent un danger à habiter cette bâtisse. Avant son départ, Hallorann, le vieux chef-cuisinier noir, lui aussi médium, a deviné le don que le petit garçon possède, un don appelé le "Shining".

Un mois passe, durant lequel Jack Torrance écrit son roman. Peu à peu, des visions et des hallucinations hantent l'écrivain. Au cours de ses crises, il rencontre Grady, le gardien assassin, et se laisse convaincre de punir sa famille.

Wendy découvre le manuscrit de son mari composé d'une phrase incohérente répétée des centaines de fois. Elle prend peur et essaie de s'enfuir, mais la chenillette ayant été sabotée, la fuite est impossible. Prise de panique, elle s'enferme avec son fils dans leur appartement. Hache à la main, Jack défonce la porte, tandis qu'Hallorann ayant pressenti le danger, arrive sur les lieux. Il se fait tuer par Jack, qui peu après poursuit son fils dans un labyrinthe de haies enneigées.

Danny arrive à s'enfuir avec sa mère grâce au véhicule de Hallorann, tandis que Jack mourra gelé dans le labyrinthe.

 

Pour Michel Ciment Shining est à bien des égards une des œuvres les plus intimes de Kubrick avec Eyes wide shut.
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Enfermé, isolé, un intellectuel (un ex-professeur) qui se voudrait artiste ne peut réussir à créer. L'angoisse de la page blanche aboutit à cette phrase inquiétante tapée à l'infini : "all work and no play makes jack a dull boy" (travail sans loisir rend Jak triste sire). En choisissant pour la première fois un artiste comme centre d'une de ses histoires (thème annoncé dans Lolita avec le personnage d'Humbert) et en faisant un raté, Kubrick se livre à un exorcisme et démontre, par le détour du négatif, la suprématie exaltante de la création artistique. Jack a donné uen réalité à ses cauchemars (il avoue à Wendy l'avoir tuée ainsi que Danny, dans ses rêves), et s'il l'a fait, c'est sans doute qu'il n'a pu sublimer ses instincts en écrivant son roman. La création artistique a bien une valeur cathartique. Comme le mythe aussi, semble vouloir dire Kubrick qui a toujours voulu relier ses films à l'imaginaire collectif. La civilisation et al science modernes écartent toute mythologie de notre conception du monde, servant exclusivement le principe de réalité et l'instinct de mort. Il convient alors pour le cinéaste de créer pour le plus grand nombre des œuvres archétypales porteuses de mythes où les spectateurs trouveront un apaisement à leurs tourments et à leurs désirs.

Shining présente de troublantes analogies avec l'œuvre antérieure de Kubrick 2001. Ainsi sa structure narrative obéit-elle aussi au nombre quatre, même si le rapport temporel entre els parties est singulièrement différent. Le premier mouvement présente un paysage grandiose de montagnes, de forêts et de lacs dans lesquels les personnages sont perdus écrasés dominés (l'aube de l'humanité). Le second mouvement, dans l'hôtel Overlook, voit le directeur confier à jack une mission, celle de veiller pendant plusieurs mois sur son établissement. Même cordialité convenue, mêmes rapports sociaux stéréotypés que, sur la lune, dans les scènes qui précèdent le départ du Discovery. Le troisième mouvement enferme nos trois passagers dans un lieu clos, isolé du monde où ils doivent s'occuper des machines et communiquer à l'extérieur par téléphone par message radio avant que le système de transmission soit déréglé. L'Overlook comme l'astronef, permet à Kubrick de combiner les sensations contradictoires d'agoraphobie et de claustrophobie, et à ses personanges de se livrer aux jeux et aux sports (Danny avec son tricycle et ses fléchettes, jack avec sa balle)avant que le responsable numéro un sombre dans al folie. Le quatrirème mouvement enfin, sans paroles comme le premier est un voyage d'initiation, de mort et de transfiguration, cette fois à l'intérieur du labyrinthe et qui s'achève dans le passé, avec une musique nostalgique des année 20. Cette chanson renvoie à l'atmosphère fitzgéraldienne où se complait l'écrivain alcoolique, comme la valse de Johan Strauss en conclusion de 2001 évoquait l'époque révolue d'une Vienne légère, grisante et au bord du gouffre.

A la réduction progressive de l'espace et du temps objectifs (des montagnes à l'hôtel, puis au labyrinthe ; des mois aux jours puis aux heures) correspond uen expansion du temps et de l'espace intérieurs.

Quelques années plus tôt, Jack, dérangé dans son travail par Danny, lui a démis l'épaule dans un accès de colère. Ce geste castrateur conduit Danny à s'inventer un double qui parle par sa bouche.

"Le double était primitivement une assurance contre la destruction du moi, un énergique démenti à la puissance de la mort" (Freud Essais de psychanalyse appliquée (collection idées) Gallimard, paris1971, 254p.

Mais si, pour l'enfant, le double est une garantie de survie, une protection, il devient pour l'adulte (ainsi qu'en témoigne la schizophrénie progressive de Jack, soulignée par son reflet dans le miroir) in inquiétant signa avant-coureur de la mort. Poussons plus loin l'analyse : le don de double vue que possède depuis quelque temps Danny n'est-il pas une autre manifestation du rapport substitutif qui se manifeste dans les rêves, les fantasmes et les mythes, entre les yeux et le membre viril ? Si la crainte pour les yeux est, comme le veut Freud, un substitut fréquent de la peur de la castration, une double vue n'est-elle pas alors l'expression d 'une survirilité venant s'opposer à la volonté destructrice du père, et conduisant celui-ci en un cycle infernal à une fureur exterminatrice encore plus prononcé.


Ainsi à la fusion cosmique proposée par 2001, Shining répond par la victoire du fils, une seconde naissance à l'age adulte. Danny en abolissant l'espace et le temps, en créant un monde parallèle qui se substitue au monde réel, obéit à une fonction imaginante qui est celle de tout metteur en scène. il représente aussi la victoire du visuel sur l'écrit, la fécondité de l'enfant face à la stérilité du père.

Shining fait donc des rapports affectifs à l'intérieur de la famille le centre de son propos. Le home du foyer, agressé de l'extérieur dans Orange mécanique (M. Alexander l'écrivain, victime de son double Alex) devient avec Barry Lyndon, Shining et plus tard Eyes wide shut, le lieu intérieur de tous les conflits ; dans Shining, Jack, obsédé jusqu'à l'angoisse par la rivalité de son fils (toujours plus attaché à sa mère avec des retours d'affection vers son père), sera conduit à la folie et à la mort. L'enfant, si menaçant que puisse se montrer le père, finit une fois de plus par l'emporter.

Bibliographie indispensable:

Kubrick de Michel Ciment, Calman-Levy, 1980

Genre : Fantastique
Avec : Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers, Barry Nelson