Barry Lyndon
1975

L'Irlande au XVIIIe siècle. Ambitieux, mais naïf, le jeune Barry est bien décidé à s'élever dans l'échelle sociale. Il se voit contraint de fuir la justice de son pays après s'être battu en duel. Il s'enrôle alors dans l'armée britannique mais déserte à la première bataille. Les Prussiens le font prisonnier et le contraignent à servir sous leur drapeau.

Apprenant les usages du monde, Barry s'introduit dans la brillante société européenne. Il devient espion, tricheur, connaît des succès auprès des femmes et chasse de son cœur tout romantisme.

Il assure son avenir en épousant une jeune femme d'une grande beauté, veuve et fort riche : la comtesse de Lyndon.

Ce mariage, qui lui apporte un fils et une fortune considérable, le conduit cependant à sa perte. Il trompe sa femme et s'attire l'inimitié de son beau-fils, Lord Bullingdon. Après la mort de son propre fils, il s'éloigne de plus en plus de son épouse qui tente de se suicider. Blessé par Bullingdon au cours d'un duel, Barry doit quitter l'Angleterre.

Pour Stanley Kubrick il est très important d'annoncer très à l'avance les événements importants de l'intrigue. Les anecdotes et les renversements de situation sont rendus plus inévitables et réduisent le rôle du "Deux ex machina". On apprend ainsi que le fils de Barry va mourir alors qu'il joue avec lui : cette scène de jeu y gagne une qualité tragique et l'accident ne nous prend pas au dépourvu. Sinon, on se demanderait bien pourquoi, à ce moment de l'histoire, on voit l'homme et l'enfant jouer au croquet. Si l'on présente un film sur le naufrage du Titanic sans vous apprendre qu'il va couler, vous n'éprouverez aucun intérêt pour 90 % des événements avant la rencontre avec l'iceberg !

Barry est de plus en plus seul. Les circonstances font qu'au début il a des gens à qui parler. Mais après son mariage d'argent, il s'isole presque totalement de toute personne avec qui il pourrait avoir une relation de sympathie, à l'exception de son fils (…) C'est une tragédie. Le mélodrame, lui, utilise tous les problèmes et les catastrophes qui frappent les personnages principaux pour montrer que finalement, le monde est un lieu de justice. Mais la tragédie qui essaie de présenter la vie de façon plus honnête et plus proche de la réalité que ne le fait le mélodrame, vous laisse un sentiment de désolation.

Lady Lyndon éprouve pour lui une attirance purement physique. C'est ce qui se passe dans la plupart des cas où une personne est désespérément amoureuse. Les relations masochistes et tragiques que j'ai pu observer reposent essentiellement sur une attirance physique. Il m'a semblé que cela était exprimé de façon élégante et réaliste avec l'aide de Shubert. J'avais d'abord voulu m'en tenir exclusivement à la musique du XVIIIème siècle quoiqu'il n'y ait aucune règle en ce domaine. Je crois bien que j'ai chez moi toute la musique du XVIIIème enregistrée sur microsillons. J'ai tout écouté avec beaucoup d'attention. Malheureusement on n'y trouve nulle passion, rien qui, même lointainement, puisse évoquer un thème d'amour ; il n'y a rien dans la musique du XVIIIème qui ait le sentiment tragique du Trio de Schubert. J'ai donc fini par tricher de quelques années en choisissant un morceau écrit vers 1814.

Stanley Kubrick, 1975, entretien avec Michel Ciment In Stanley Kubrick, Calman Levy, 1980

Genre : Drame épique
D'après le roman de Thackeray. Avec : Ryan O'Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee, Hardy Kruger, Steven Berkoff. 3h04