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Les oiseaux

1963

Voir : photogrammes, format 1.85

(The Birds). Avec : Tippi Hedren (Melanie Daniels), Rod Taylor (Mitch Brenner), Jessica Tandy (Lydia Brenner), Veronica Cartwright (Cathy Brenner), Suzanne Pleshette (Annie Hayworth). 2h00.

Melanie Daniels, une belle et riche jeune femme de San Francisco, se rend dans une animalerie pour acheter le mainate qu'elle a commandé. Il n’est pas arrivé et pendant que la vendeuse s'enquiert de son heure de livraison, elle rédige son adresse sur le comptoir afin d’être livrée. Surgit alors Mitch Brenner qui fait semblant de la prendre pour une employée et lui demande un couple d'oiseaux, des inséparables qu'il veut offrir à sa jeune sœur pour ses onze ans. Il teste ses connaissances en oiseaux, auxquelles elle échoue, et échange avec elle des dialogues très allusifs à la sexualité des animaux. Il la met au défi de lui donner un canari, elle échoue encore le laissant s’envoler. Il le rattrape en lâchant : Retournez dans votre cage dorée Melanie Daniels. puis lui révèle soudain qu’il fréquente suffisamment les tribunaux pour savoir qu’elle a par une plaisanterie fait qu'une vitrine de magasin se brise et que si cela n'avait tenu qu'à lui il l'aurait condamné pour cela et il tourne les talons. Furieuse mais intriguée, Melanie le poursuit dehors et le voit partir dans sa voiture dont elle note le numéro. Fille d’un patron de presse, Melanie obtient l'adresse correspondant à l'immatriculation par l'un de ses employés.

Le lendemain matin, Melanie se rend à l'appartement de Mitch avec un couple d'inséparables qu'elle dépose avec une lettre devant sa porte. Elle apprend qu'il est parti pour le week-end à Bodega Bay à deux heures de route par la côte. Elle décide d'aller là-bas en voiture, avec les oiseaux. Elle s'enquiert de son adresse auprès du quincaillier qui lui désigne une maison blanche de l'autre côté de la baie. Melanie décide de faire une surprise en abordant la maison par la baie et non par la route. Elle déchire la lettre prévue pour Mitch et rédige un mot pour sa sœur mais personne ne connaît avec certitude son prénom que seule doit connaître son institutrice qui habite non loin. Melanie fait ainsi la rencontre de la jolie Annie Hayworth qui lui donne le prénom de Cathy, non sans suspecter que Melanie est une nouvelle conquête de Mitch.

Melanie loue un bateau et traverse la baie pour déposer discrètement les inséparables à la ferme des Brenner. L'apercevant partir, Mitch se précipite vers sa voiture pour la rejoindre au quai. Mais celui-ci presque atteint, Mélanie est attaquée par une mouette. Mitch l'entraîne dans le restaurant pour la soigner. La mère de Mitch, Lydia, survient dans le restaurant. Elle se montre réservée à l'égard de Melanie, voire hostile. Mitch, avec malice, invite Melanie à dîner. Celle-ci accepte et décide de rester à Bodega Bay. Elle retourne à la maison de l'institutrice, qui lui loue une chambre pour la nuit.

À la ferme, les poules de Lydia refusent de manger la nourriture qu'elle vient d’acheter. Cathy aime beaucoup Melanie mais Lydia ne l'apprécie pas à cause de sa réputation rapportée dans les journaux à scandale notamment s'être baignée nue dans une fontaine à Rome. En raccompagnant Melanie, Mitch revient sur ce scandale que Melanie minimise : elle a été poussée dans la fontaine et était toute habillée. C’est le journal concurrent de son père qui a propagé cette nouvelle pour lui nuire. Mitch lui rappelle aussi qu'elle a menti, prétendant connaître Annie avant de venir. Melanie, se sentant harcelée, s'en va fâchée.

Mélanie partage un verre avec Annie qui lui parle de ses relations avec Mitch et Lydia. Mitch l'appelle au téléphone et, pour se faire pardonner, l'invite à la fête d'anniversaire de Cathy, qui a lieu le lendemain. Plus tard, une mouette morte est trouvée devant la porte d'Annie.

Pendant la fête de Cathy, Mélanie confie à Mitch son passé difficile et le départ de sa mère avec un autre homme, alors qu'elle avait le même âge que Cathy. Pendant un jeu, les enfants sont attaqués et blessés par des mouettes. Plus tard dans la soirée, alors que Mélanie dîne chez les Brenner, des moineaux envahissent la maison par la cheminée. Mitch insiste pour qu'elle retarde son retour à San Francisco et reste dormir.

Ce dimanche, Cathy fête ses 11 ans. Melanie s'éloigne avec Mitch et lui raconte qu'elle a été abandonnée par sa mère au même âge. Les enfants jouent à colin-maillard, quand, soudain, des goélands piquent droit sur eux. La panique s'installe. Les adultes font rentrer tout le monde à l'abri. Le soir, alors que Melanie dîne chez les Brenner, des moineaux en grand nombre font irruption par la cheminée. Ils envahissent la pièce, volettent et piaillent, tandis que les trois femmes tentent de se protéger et que Mitch essaie, sans grand succès, de les chasser.

Le matin, Lydia arrive chez son voisin Dan Fawcett pour lui parler de ses poules. Elle le trouve mort, les yeux atrocement becquetés. Elle s'enfuit la bouche ouverte dans un cri silencieux, et rentre précipitamment chez elle. Melanie propose alors d'aller chercher Cathy à l'école. Alors qu'elle attend la fin des cours à l'extérieur, des corbeaux se rassemblent sur une « cage à poule » , un jeu pour enfants. Craignant une attaque, elle en informe Annie, et toutes deux font sortir les enfants en leur demandant de courir s'abriter en ville. Les oiseaux prennent leur vol et attaquent les enfants, qui s'enfuient en hurlant.

Après cette agression, les oiseaux s'en vont. Melanie gagne le restaurant de Bodega Bay, où Mitch la rejoindra plus tard. La conversation entre les serveurs et les clients est interrompue par l'agression d'un pompiste par des goélands, suivie d'une explosion, d'un incendie et de l'attaque des oiseaux. Les clients du restaurant sortent pour porter secours aux victimes et sont agressés violemment par des goélands. Melanie trouve refuge dans une cabine téléphonique. L'attaque est dès lors vécue de l'intérieur de la cabine, percutée par les oiseaux. La jeune femme est finalement sauvée par Mitch, qui la ramène dans le restaurant.

Mitch et Melanie trouvent un groupe de femmes rassemblées dans un couloir, loin des fenêtres. Une mère accuse Melanie d'avoir apporté cette malédiction sur la ville. Cette dernière lui donne une gifle, ce qui calme la femme. Mitch et Melanie vont chercher Cathy chez Annie. Ils découvrent le corps de celle-ci sans vie, et Cathy terrifiée. Ils rentrent à la ferme. Face au risque de nouvelles attaques d'oiseaux venant de l'extérieur, Mitch et Melanie barricadent toutes les fenêtres de la maison. Puis ils s'installent à l'intérieur avec Lydia et Cathy. Une attaque brutale et violente survient. Elle cesse soudainement, les laissant dans l'obscurité.

Tôt le matin, Melanie, seule éveillée, entend un bruit à l'étage. Elle monte et découvre un trou dans le toit. Des dizaines d'oiseaux l'assaillent. Elle finit par s'effondrer, bloquant la porte. Mitch et Lydia viennent à son secours. Melanie est sérieusement blessée. Lydia devient alors bienveillante avec elle. Melanie doit être conduite à l'hôpital, Mitch parvient à rejoindre le garage, et, avec d'infinies précautions, il réussit à sortir la voiture et à la garer devant la porte d'entrée. Il retourne ensuite dans la maison pour chercher les trois femmes.

Tous quatre réussissent à sortir et à s'installer dans la voiture, avec les inséparables. La voiture s'éloigne très lentement, parmi des milliers d'oiseaux massés partout sur le sol et les bâtiments.

Tout autant qu'au genre fantastique, le film peut être considéré comme un précurseur des films catastrophes tels que Les dents de la mer (Steven Spielberg, 1975) ne serait ce que par l'utilisation de vingt-huit milles oiseaux, certains dressés, d'autres mécaniques, reliés par des fils aux vêtements de Tippi Hedren et manipulés par une armée de spécialistes. Comme tout film catastrophe, il travaille les peurs ancestrales ou technologiques auxquelles l'humanité est confrontée.

Hitchcock en Dieu vengeur...

En 1979, Raymond Bellour conclut sa célèbre analyse de la séquence de la barque en résumant ainsi le sujet du film : "L'offre des oiseaux d'amour à un homme déchaîne sur Bodega bay la colère irraisonnée des forces primitives"(1).

En 2000, Alain Bergala(2) voyait dans le film l'une des meilleures preuves qu'Alfred Hitchcock, travaillé par la question de la création, du mal et de la culpabilité, était hanté la Genèse, à la fois comme texte (thème) et comme "imagerie" (motif). Thématiquement, la Genèse peut en effet s'analyser comme une succession de fautes et de situations misérables qui s 'en suivent : Adam et Eve désobéissent et sont chassés du jardin d'Eden. Caïn assassine Abel. L'humanité se pervertit en entraîne le déluge. Les hommes orgueilleux construisent la tour de Babel et Dieu brouille leur langage.

Dans Les oiseaux, Bergala voit notamment dans l'image récurrente du couple sur la butte, un motif déjà présent dans Soupçons et Les enchaînés, évoquant la scène d'Adam et Eve au jardin d'Eden.

Alain Bergala est particulièrement sensible au plan qui isole de son contexte spatio-temporel (la garden party pour fêter l'anniversaire de Cathy) le couple sur la butte.

renversement de l'axe à 180° pour basculer dans le jardin d'Eden (voir : la butte)

La butte entourée d'eau pouvant figurer comme une image du paradis terrestre (celui des, Très riches heures des Frères Limbourg notamment) où vont se réconcilier Mitch-Adam et Mélanie-Eve.

le jardin d'Eden (voir : la butte)

Dans un montage en champ contrechamp extrêmement rapide, trois fois la nuque et chignon de Mélanie vont troubler Mitch tout autant que les paroles cruciales que celle-ci évoque pour sa défense : si elle s'est baignée nue, elle en a maintenant honte et a réagit après une période où elle était perturbée. Cette perturbation provient de l'abandon de sa mère, à l'âge de onze ans, la laissant seule avec son père. Désormais fragile, elle a besoin d'un amour solide.

le summum de l'érotisme hitchcockien: défaire le chignon du mystère (voir : nuque 1 , 2 et 3)

La scène sur la butte prend place au moment particulièrement crucial qui précède la première attaque massive des oiseaux dont les victimes vont être les enfants, réunis dans la garden party. Après cette scène du couple qui s'affronte et semble se réconcilier, le mal va immédiatement frapper la population des innocents. C'est au moment précis où ils redescendent parmi les hommes, surveillés d'en bas par les deux femmes jalouses qui aiment Mitch depuis longtemps (Annie et sa mère) que les oiseaux lancent leur première offensive collective et organisée.

Quitter l'Eden pour un retour vers les forces primitives (voir : la butte)

Pour Alain Bergala : "La reddition de Mitch, rééditant celle d'Adam devant Eve est immédiatement sanctionnée par un dieu injuste et jaloux qui punit les enfants en envoyant ses oiseaux missiles les attaquer pour un crime originel qu'ils n'ont pas commis. Ambiguïté typiquement hitchcockienne : au moment même où il permet à Mélanie de se justifier longuement, voire de se disculper et de nous convaincre, il nous confirme sa culpabilité ontologique (elle est riche, futile et elle veut séduire un homme simple) en choisissant précisément ce moment là pour lancer dans son scénario la première grande attaque punitive des oiseaux. "

…Terrorise, tue et viole

C'est ainsi probablement Hitchcock seul qui manipule la terreur en direction de ses personnages sans qu'aucun d'eux n'en soit responsable. Les oiseaux ne sont le symbole de rien mais les outils qui rendent visible le déchaînement de violence qu'Hitchcock déploie contre Mélanie et, de façon plus moderne et plus psychotique encore, contre Tippie Hedren.

Patrick Brion(3) note que les allusions sexuelles et freudiennes du film sont multiples. Dès la première scène de rencontre entre Mitch et Mélanie, le premier parle de saison des amours et souhaite que les inséparables ne soient pas trop démonstratifs. Tout semble opposer Mitch, l'avocat qui vit dans l'ombre d'une mère possessive (comme dans Les enchaînés, La mort aux trousses et Psychose) à Mélanie, fille d'un patron de presse, désœuvrée qui se serait baignée nue dans une fontaine romaine peu de temps auparavant, n'hésitant pas à faire une centaine de kilomètres pour aller de San Francisco à Bodega bay.

Celle qui déclenche la catastrophe sur Bodega bay est ainsi sans conteste Mélanie, femme à la réputation riche et frivole, venue d'ailleurs. Elle s'oppose à ce village que son isolement provincial a protégé jusque-là des mœurs pernicieuses des grandes villes corrompues.

Le plan de regard échangé entre Annie et la mère de Mitch avant l'attaque sur la garden party pourrait évoquer un déchaînement concerté de la violence primitive sur les enfants et Mélanie. Le deuxième incident, la mouette venant s'écraser sur la porte d'Annie alors qu'elle discute avec Mélanie pourrait également évoquer la violence du désir sexuel frustré. Annie voyant immédiatement en Mélanie la rivale qui lui enlèvera définitivement tout espoir de conquérir Mitch. Enfin les attaques répétées des oiseaux dans la maison familiale pourraient évoquer la terreur de la mère de Mitch de voir partir son enfant, jusqu'alors jalousement gardé. Son désir pourrait être de voir détruire les deux inséparables qui semblent appeler l'attaque des oiseaux.

Ces explications psychologiques sont toutefois, si ce n'est contredites du moins dépassées par la violence propre au metteur en scène. Si Annie et la mère manipulent les oiseaux, alors comment expliquer qu'elles en soient les premières victimes ? L'une va mourir et l'autre devra accepter d'être celle qui faiblit, soutenue par Mélanie qui emmène Mitch avec elle.

C'est bien plutôt Hitchcock lui-même qui menace Mélanie depuis la première vision que celle-ci a des oiseaux à San Francisco juste après le sifflet d'un jeune admirateur en passant par la tache rouge qui marque son gant après avoir marqué son front dans la scène de la barque jusqu'à son apparence, défaite et ensanglantée, après l'attaque dans la maison.

Dieu vengeur et frustré (lire les différents comptes-rendus de tournage), Hitchcock se livre ici à une attaque en règle de l'apparente virginité de son actrice principale qu'il n'aura de cesse de soumettre à sa toute puissance de metteur en scène.

Jean-Luc Lacuve, le 4 janvier 2009.

Sources :

  1. Raymond Bellour, système d'un fragment P.81 à P.122, dans L'analyse du film, éditions Albatros, Paris 1979.
  2. Alain Bergala, Alfred, Adam et Eve dans Hitchcock et l'art P.111 à 125, Milan, 2000.
  3. Patrick Brion, Hitchcock, P.530 à 534, éditions de La Martinière, 2000
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