1916, quelque part en France. Le capitaine Laroche reçoit l'ordre de partir pour le front avec sa compagnie. Il fait ses adieux à Monique, une infirmière bénévole dont il est amoureux. Peu après, le village est bombardé par un dirigeable. Monique se réfugie dans une cave où se trouve le lieutenant Michel Denet qui joue du piano. Il tente sans succès de la séduire.

Denet se présente au quartier général et devient chef de section sous les ordres de Laroche. Montés au front, ils relèvent une compagnie dont un homme agonise sur les barbelés. Denet envoie deux hommes pour le sauver. Au péril de sa vie, il ramène l'un d'eux dans la tranché après qu'ils aient été mitraillés par les Allemands. Laroche fait la seule chose qui restait à faire : il abat l'agonisant au pistolet. Les hommes ne tardent pas à s'apercevoir que les Allemands creusent un tunnel sous leurs casemates pour les dynamiter. Tant qu'ils entendent les Allemands creuser, ils se savent en sécurité.

Le jour de la relève arrive et c'est à la compagnie qu'ils avaient remplacée à laquelle ils annoncent l'explosion imminente. Au petit jour, alors que la compagnie a tout juste regagné l'arrière, l'explosion a lieu tuant toute la compagnie qu'ils venaient de quitter.

De retour au village, Denet retrouve Monique. Après l'avoir éconduit, elle tombe amoureuse à son tour.

La grande offensive alliée est annoncée. La compagnie, augmentée de troupes fraîches, doit repartir. Parmi les nouveaux arrivants se trouve le soldat Maurin, qui n'est autre que le père de Laroche. Ce dernier le fait réformer en raison de son âge mais Maurin soudoie le sergent qui accepte de mettre au feu l'ordre de démobilisation. Avant le départ, Laroche demande à Denet de remettre une enveloppe à Monique au cas où il ne reviendrait pas. Denet découvre alors qu'il aime la même femme que son supérieur. Monique vient s'expliquer mais Denet ne veut rien entendre et rompt avec elle. C'est alors que Laroche trouve, dans la chambre de Denet, le pendentif qu'il avait offert à la jeune femme.

Au front, la compagnie prépare la grande offensive. A l'heure H, la compagnie attaque sous le feu des canons allemands. Après avoir pris un village, la compagnie doit installer une ligne téléphonique. Maurin, qui s'était montré héroïque fait partie des volontaires avec Denet et quatre hommes. C'en est pourtant trop pour lui, il s'affole et lance une grenade sur ses camarades.

Denet, blessé au bras, retrouve Monique à l'hôpital. Alors qu'ils sont enlacés, Laroche arrive et les regarde fixement. Ils lui avouent leur amour. Mais Laroche, qui a perdu la vue, se sacrifie. Il ordonne à Denet de prendre le commandement de sa compagnie, et se charge lui-même, avec son père, d'une ultime mission suicide : retourner au poste téléphonique du village pour guider les tirs d'artillerie.

Denet remet alors à Monique l'enveloppe de Laroche et malgré ses suppliques lui annonce qu'il devra assurer sa mission jusqu'à la fin de la guerre.

Il prononce pour la première fois à la relève le discours de Laroche :

"Soldats de France, vous faites maintenant partie de la 5eme compagnie, 2eme bataillon du 39eme régiment. Ce régiment fut crée par le général Bonaparte il fit avec lui maintes campagnes victorieuses. Il combattit aussi bien en Indochine, en Crimée ou en Afrique. Depuis novembre 1914, il se bat sur ce font. Son livre de gloire reste sans tache. Je ne demande ni aux soldats, ni à la section ni à toute la compagnie d'augmenter l'éclat de ce livre mais j'exigerai que personne ne le ternisse."

Probablement l'un des films les plus noirs de Hawks même si son ironie légendaire trouve à s'exprimer.

L'apologie de l'action comme remède à la peur et à l'absurdité de la guerre y est exprimée avec la même force que d'habitude. Laroche, aveugle, conduit par son père qui cherche à se racheter de la faute qu'il a commise rejoignent la grande communauté des hommes d'action en se sacrifiant. Mais la fêlure due à la cohorte des morts, des remplaçants qui eux-mêmes, une fois morts, seront remplacés est profondement inscrite : chez Laroche comme ensuite chez Danet. Celui-ci, lors du dernier plan après son discours, prend les mêmes cachets que Laroche avant lui.

Le film bénéficie d'une richesse scénaristique et thématique exceptionnelle. Zanuck qui vient de prendre les commandes de la Twenty Century-Fox avait racheté les droit des Croix de bois (1931) de Raymond Bernard. S'il garde quelques plans du film original, il confie à Hawks le soin de remanier l'histoire lequel choisira son ami William Faulkner pour travailler scénario et dialogue dans une optique proche de celle qui lui convient. Le film porte ainsi le titre d'un des premiers films de Hawks (The road to glory, 1926), qui était l'histoire d'une aveugle. Il intègre également le récit d'une mission suicide mené par un aveugle comme dans (Après nous le déluge, 1933) et garde la structure de La patrouille de l'aube (1930) où un personnage prend la place d'un autre pour que les choses continuent.

Il s'agit donc d'un film de guerre mais comme toujours aussi chez Hawks de l'histoire d'une femme et de deux hommes, chacun ayant des stratégies de conquête différentes. Derrière ces histoires de guerre et de séduction se tient une troisième histoire : celle des liens de génération avec le personnage de Maurin, le père de Laroche.

Filmé en studio avec Gregg Toland comme chef opérateur, le film porte aussi des reliquats d'expressionnisme. Comme le Wayne de La rivière rouge, Laroche va trop loin dans l'abnégation pour être complément positif. Le film ne comporte pas de scène de méditation sur les raisons de la guerre. Elle est juste jugée peu satisfaisante et grand pourvoyeuse de morts. Le film s'inscrit ainsi dans le courant isolationiste prôné alors par les Américains et obtiendra un grand succès public.

 

Jean-Luc Lacuve le 20/03/2007

Sources : Suppléments du DVD ci-dessous.

 

Test du DVD

Editeur : Opening, mars 2007. Langue : anglais. Sous-titres: français. Son : mono. Format : 1,37.

   

Suppléments :

  • Paul Vecchiali parle de Howard Hawks devant la caméra de Noël Simsolo.
  • Analyse du Film par Jean-François Rauger devant la caméra de Noël Simsolo
  • De la Grande Guerre au grand écran, livret de Yves Alion.

 

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Le chemin de la gloire
1936
Genre : Film de guerre
(The Road to Glory). Avec : Fredric March (Michel Denet), Warner Baxter (Paul Laroche), Lionel Barrymore (Le soldat Maurin), June Lang (Monique), Gregory Ratoff (Bouffiou), Leonid Kinskey (Ledoux), John Qualen (Duflous), Victor Kilian (Regnier), Paul Fix (Rigaud), Theodore von Eltz (Le major), Paul Stanton (Le capitaine). 1h40
dvd
Thème: Guerre de 14-18