Elle est un des écrivains les plus importants de la deuxième moitié du siècle. Elle rencontre le cinéma quand Alain Resnais lui demande sa collaboration pour Hiroshima mon amour en 1959 : elle écrit pour lui un texte incandescent dont la musique accompagne les célèbres travellings du cinéaste.

Après un autre scénario écrit pour Henri Colpi (Une aussi longue absence), elle aborde la mise en scène en adaptant sa pièce La Musica en 1966. Pendant une quinzaine d'années, elle élabore une oeuvre cinématographique hors norme, cohérente, un cinéma de la fascination fondé sur la durée et sur les jeux croisés des voix et de la musique. Ses premiers films, de Détruire, dit-elle à India song, préservent une structure narrative presque classique et font la part belle à des comédiennes (Delphine Seyrig).

Après 1976, elle abandonne le cinéma narratif et dissocie de plus en plus la bande son de l'image, s'acheminant vers un cinéma expérimental, confidentiel où certains décèlent un moment de la modernité.

Marguerite Donnadieu est née le 4 avril 1914 à Gia-Dinh, près de Saïgon, en Indochine alors colonie française. Sa mère est institutrice et son père professeur de mathématiques. Tôt décédé, ce dernier laisse trois enfants, Marguerite et ses deux frères, qui suivront leur mère dans la brousse, au hasard de ses postes d'enseignante. La vie de la famille Donnadieu est celle des «petits blancs», précaire et difficile comme celle des indigènes qui les entourent. Mais, économe et obstinée, madame Donnadieu réussit à acheter un lopin de terre au bord de la mer de Chine. Cette terre, incultivable, ruine ses espoirs. Marguerite, plus tard, racontera ce fâcheux épisode dans «Un barrage contre le Pacifique» (1950). Pensionnaire à Saïgon, Marguerite y fait la découverte de la sensualité et de l'amour, expérience qu'elle relatera dans «L'amant», prix Goncourt 1984.

De retour en France en 1932, Marguerite se fixe à Paris, où elle commence des études de Droit, de Mathématiques et s'inscrit en Sciences Politiques. Mais elle s'ennuie, nostalgique des paysages de son enfance, îles, fleuves, forêts, où elle s'est épanouie en liberté. Elle se tourne alors vers l'écriture, adoptant le pseudonyme de Duras, nom d'une ville du Lot-et-Garonne. Son premier roman, «La famille Taneran», est d'abord refusé par Gallimard qui le publiera néanmoins, en 1943, sous le titre «Les impudents». Puis, c'est «La vie tranquille» (1944). Désormais, Marguerite est écrivain. Après la guerre, elle entre en politique, militante du Parti Communiste dont elle deviendra bientôt une adversaire farouche.

Marguerite Duras écrit sans cesse. Des romans («Le marin de Gibraltar», 1952; «Le square», 1955; «Moderato Cantabile», 1958; «L'amant» (Prix Goncourt 1984), «La douleur», 1985), entre autres; des pièces de théâtre («L'amante anglaise», 1968; «L'Eden cinéma», 1977; «Savannah Bay», 1982)... des scénarios et des dialogues pour le cinéma. Elle en viendra naturellement à la réalisation de ses propres films, consciente que l'écriture cinématographique, pour elle proche de l'écriture

littéraire, est essentielle pour donner tout son sens à sa création.
Roman, théâtre, cinéma, les frontières ne sont pas tranchées dans cette oeuvre où les uns et les autres s'interpénètrent pour rebroder sans cesse le canevas autobiographique dont elle se nourrit et l'enrichir, mots, images et sons confondus, d'une poésie que ses thuriféraires qualifient de «durassienne»...


Scénarios et dialogues :
1959 HIROSHIMA MON AMOUR (Alain Resnais).
1961 UNE AUSSI LONGUE ABSENCE (Henri Colpi).
1964 NUIT NOIRE, CALCUTTA (Marin Karmitz, c.m.).
1965 LES RIDEAUX BLANCS (Georges Franju, c.m.).
1966 LA VOLEUSE (Jean Chapot, dial. seulement).

Adaptations de romans de Marguerite Duras par d'autres cinéastes :
1958 BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE (La diga sul Pacifico, René Clément).
1960 MODERATO CANTABILE (Peter Brook).
1967 LE MARIN DE GIBRALTAR (The Sailor From Gibraltar, Tony Richardson) - DIX HEURES ET DEMI DU SOIR EN ÉTÉ (10:30 p.m. Summer, Jules Dassin).
1982 EN RACHACHANT (d'après «Ah ! Ernesto», Jean-Marie Straub et Danièle Huillet).
1990 LE COUPEUR D'EAU (Philippe Tabarly).
1992 L'AMANT (Jean-Jacques Annaud).
2003 LA MALADIE DE LA MORT (Asa Mader).
2004 L'APRES-MIDI DE MONSIEUR ANDESMAS (Michelle Porte).

FILMOGRAPHIE :

1967 La musica
 

Avec : Robert Hossein (Lui), Delphine Seyrig (Elle), Julie Dassin (la jeune fille). 1h20.

A Evreux, un divorcé ne parvient pas à oublier sa femme. Les deux époux se sont donnés un rendez-vous dans la ville où ils ont vécu leur amour. Long et difficile duo sur le thème de la passion et de la jalousie.

   
1969 Detruire, dit-elle
 

Avec : Daniel Gelin, Catherine Sellers, Nicole Hiss, Michael Londsale 1h30

Dans une maison de repos, quatre personnes font connaissance. Elisabeth a des problèmes avec sa fille de 14 ans. Max et sa femme Alissa, qui vient d'accoucher d'un enfant mort-né, et Stein, un israélite qui a peur de beaucoup de choses. Ils apprennent à se connaître et deviennent de bons amis jusqu'à l'arrivée du mari d'Elisabeth...

   
1971 Jaune, le Soleil
 

Avec : Dionys Mascolo, Catherine Sellers, Sami Frey, Michael Lonsdale. 1h40

La relation entre un juif, un ouvrier chargé de le surveiller au nom de son parti et un femme...

   
1972 Nathalie Granger

Avec : Lucia Bose (Isabelle),Jeanne Moreau (l'autre femme), Gérard Depardieu (le démarcheur).1h23.

Ses enfants à l'école et son mari au travail, Isabelle reçoit une amie. Elles entendent à la radio qu'un tueur en série rôde dans la région. Peu de temps après, elles voient débarquer un démarcheur en machines à laver...

   
1973 La femme du Gange
 

Avec : Gérard Depardieu, Nicole Hiss, Christian Baltauss, Catherine Sellers. 1h40

Un homme revient sur les lieux où il a vécu une grande et passionnante histoire d'amour avec une femme aujourd'hui décédée. La sensation qu'il ressent est tellement forte qu'il s'imagine qu'elle est toujours vivante et organise sa vie de la sorte...

   
1974 India song
 

Avec : Delphine Seyrig (Anne-Marie Stretter), Le vice-consul de Lahore (Michael Lonsdale), Mathieu Carriere (L'attaché d'ambassade allemand), Claude Mann (Michael Richardson), Vernon Dobtcheff (George Crown), Claude Juan (Le domestique) 2h00.

A l'époque de la mousson en Inde, léevocation de la vie sentimentale d'Anne-Marie Stretter, femme de l'ambassadeur de France

Septembre 1937. Dans une luxueuse pièce du Palais d'Ambassade à Calcutta, Anne-Marie Stretter, épouse de l'ambassadeur de France, danse avec son amant Michael Richardson. Dehors, dans la nuit étouffante de la mousson, une mendiante se lamente, rappelant ainsi une réalité faite de misère, de faim et de maladie. Cette nuit-là, l'ex-vice-consul, révoqué pour avoir fait tirer sur des lépreux, contemple Anne-Marie couchée sur le tapis en compagnie de Richardson et d'un autre invité. Plus tard, Anne-Marie danse avec le nouvel attaché allemand, alors que les psalmodies de la mendiante reviennent périodiquement. Le vice-consul invite Anne-Marie et lui déclare son amour. Après le refus de la jeune femme, il disparaît dans la nuit et on entend son cri déchirant. Le lendemain, Anne-Marie et ses invités, auxquels s'est joint George Crawn, parcourent les longs couloirs de l'Hôtel Prince de Galles. Elle revient seule dans sa villa. Un ami la trouve endormie dans le jardin. Le vice-consul est là, silencieux. Au petit matin, on retrouve le peignoir d'Anne-Marie sur la plage, elle, a disparu.

   
1976 Baxter, Vera Baxter
 

Avec : Marguerite Duras, Noelle Chatelet, Gerard Depardieu, Claudine Gabay. 1h30

Une jeune femme loue une villa et s'y cloitre...

Vera Baxter vit terrée dans une villa isolée de Thionville-sur-Mer. Elle qui n'a jamais aimé que son mari Jean se confie à une ancienne maîtresse de ce dernier. Elle lui raconte comment il a payé très cher un journaliste pour qu'il devienne son amant, lui qui était si volage. Vera en a beaucoup souffert, songeant parfois au suicide...

Deux femmes arpentent le living-room d'une grande villa moderne presque vide au bord de l'Atlantique. Durant tout l'après-midi, et jusqu'au coucher du soleil sur l'océan, Vera Baxter répond aux questions d'une étrangère certes, mais aussi de ce qui pourrait être son double. Ainsi se déroule devant nos yeux l'histoire de Vera. Elle sortait tout juste de pension lorsqu'elle s'est mariée à l'âge de vingt ans avec Jean Baxter que du reste elle avait connu très tôt, son mari étant l'ami de ses frères. La richesse de Jean a été aux prises de fluctuations importantes. Ainsi, lorsque Christine est née, il s'est ruiné pour la première fois, puis s'est " renfloué " à la naissance de Marc. Au moment où le film se fait, il y a, comme on dit, de l'argent chez les Baxter. Vera a vécu au rythme de ces oscillations financières. Au-delà de ces flux, elle est restée fidèle à son mari pendant ces dix-huit années. Il n'en est pas de même pour Jean tandis que son épouse se confie à "l'inconnue", il se trouve avec une autre femme, un " mannequin ", à Chantilly. Ce n'est pas la première fois. Il est souvent parti avec des femmes dont il était persuadé qu'elles étaient celles de sa vie. Et à chaque fois, Jean s'éclipsait sans prévenir. Mais c'est toujours lui qui a recommencé à téléphoner. D'ailleurs ses absences ont été ponctuées, sans faute, d'envois de chèques, afin d'assurer la permanence du couple par ce lien. Jean est un homme d'argent, " ordinaire, sans imagination ", joueur, coureur, mais dont la seule qualité est d'en être conscient. Et depuis dix-huit ans, Vera l'aime et dépend de lui.

   
1976 Son nom de Venise dans Calcutta désert
 

Avec : Delphine Seyrig, Nicole Hiss, Sylvie Nuytten, Marie-Pierre Thiebaut. 2h05.

Inspiré du film India song, ce film raconte la même histoire mais les lieux sont vidés par la mort. Indes, 1930. Anne-Marie Stretter est morte. Elle fut la femme de l'ambassadeur de France, renonça à la musique, vécu un amour absolu et secret et fut aimée à la folie par le vice-consul du Lahore.

Pour Valentine Beldat, Son nom de Venise est un film envoûtant. Il reprend la bande-son d'INDIA SONG, mais sur d'autres images : Marguerite Duras filme inlassablement les ruines du Palais Rotschild à Boulogne. Pas d'acteurs, simplement des plans obsédants des façades, du parcs, de pièces vides et délabrées, des caves... Dans cet univers abandonné des voix tentent de se souvenir d'une histoire. Un homme détesté (le vice consul de Lahore) dit son amour impossible à une femme adorée (Anne-Marie Stretter) en créant un scandale lors d'une soirée à l'Ambassade de France à Calcutta... Cette passion improbable baigne dans une ambiance de lèpre lancinante : lèpre du lieu filmé, lèpre des sentiments, lèpre de la mémoire... Seule la musique redonne un peu de vie aux souvenirs d'une passion sans issue... C'est un spectacle total, hypnotisant, unique, inoubliable... Il s'achève sur un coucher de soleil, tandis qu'une mandiante chante une vieille mélodie du Laos...

   
1977 Des journées entières dans les arbres
  Avec : Bulle Ogier (Marcelle), Jean-Pierre Aumont (le fils) , Madeleine Renaud (la mère),Yves Gasc (le barman). 1h35

Apres de longues annees à l'étranger, une vieille dame revient à Paris pour voir son fils, un quinquagenaire vivant d'expédients.
   
1977 Le camion

Avec : Gérard Depardieu (Lui), Marguerite Duras . 1h20

Une jeune femme écrivain lit un scenario à son futur interprete. Un scénario en gestation, puisque petit à petit les images naissent, les personnages s'elaborent...

Dans le salon de sa maison de campagne, Marguerite Duras lit simplement un manuscrit. Elle raconte une histoire, au conditionnel, à son interlocuteur, pratiquement muet, qui pose de temps à autre une question ou fait un commentaire. Celui-ci donne en quelque sorte la réplique. " Ça aurait été une route". Le conte a véritablement commencé. Une femme âgée, " déclassée ", aurait arrêté un camion. Elle aurait parlé beaucoup; notamment de sa fille, qui vient d'avoir un enfant; mais aussi de Karl Marx, de cette idéologie en déconfiture dans ce inonde horrible dont elle souhaite qu'il aille à sa perte. Parfois Marguerite Duras fait une pause dans sa lecture, comme si elle voulait préciser son histoire en y ajoutant quelques commentaires. On entendrait le vent, dit-elle, on ne peut résister au vent. Pendant les longs silences qui ponctuent le récit, il faudrait s'imaginer que l'on voit défiler de la cabine du camion des forêts, des prairies, des bourgs, des lignes de chemin de fer, des couchers de soleil, des tas de choses encore... Le camion serait beau, énorme; il traverse aussi des paysages tristes, des banlieues noirâtres où l'on voit des pancartes publicitaires vantant le charme des " villages". Le camion roule dans la nuit, et son conducteur est accompagné d'un deuxième chauffeur, " qui dormirait " et qui est réduit à une masse sombre, anonyme. Marguerite Duras, nous a raconté une histoire qui pourrait faire l'objet d'un film, et c'est ce conditionnel qu'elle nous a défini; un autre film qui relate d'un scénario qui n'a jamais été tourné.

   
1978 Le navire night

Avec : Bulle Ogier, Dominique Sanda, Mathieu Carriere. 1h35.

Chaque nuit à Paris, des centaines d'hommes et de femmes utilisent l'anonymat des lignes telephoniques non attribuées pour se parler et s'aimer et pour sortir du gouffre de la solitude.

   
1979 Aurélia Steiner
  (composé de deux courts métrages : Césarée (1975,10 mn, sur des images du jardin des Tuileries, Marguerite Duras evoque Césarée, ville antique detruite) et Les mains négatives (1979,18 mn) et de deux moyens métrages : Aurélia Steiner (Melbourne) et Aurélia Steiner (Vancouver).
   
1981 L'homme atlantique
 

42 mn

Une jeune femme se retrouve seule sur la Côte Normande. Quittée par l'homme qu'elle aime, elle évoque sa douleur à vivre cette situation.

Par l'autonomie de la bande sonore, Marguerite Duras souhaite rééquilibrer le cinema, l'arracher aux metteurs en scene et aux acteurs et le redonner à l'écriture, à la voix même de l'écrivain.

   
1981 Agatha ou les lectures illimitées
 

Avec : Bulle Ogier, Yann Andrea, Marguerite Duras. 1h30.

Approche de diverses formes d'amour et de sexualité au travers de l'amour-passion qui existe entre un frère et une soeur

   
1983 Dialogue de Rome
 

(Il Dialogo di Roma). 1h05.

Un documentaire de Marguerite Duras Rome. Des images des monuments romains et des environs de la ville avec des paysages de campagne. Simultanement un dialogue en voix off s'instaure ou des amants se parlent et disent la reciprocite de leur amour.

   
1984 Les enfants

Avec : Pierre Arditi, André Dussollier, Axel Bougousslavski, Daniel Gélin,Marguerite Duras,Martine Chevalier. 1h30.

Ernesto est un gamin de sept ans qui en paraît quatre fois plus. A l'école, il surprend le directeur car il refuse de suivre les cours et d'apprendre ce qu'il ne sait pas. En fait, c'est un surdoué qui a acquis une connaissance précise en écoutant les autres. Après l'école, il devient professeur de maths puis savant.

"Il s'agit d'un film comique infiniment désespéré dont le sujet aurait trait a la connaissance".

   
   
   
(1914-1996)
16 films
   
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10