Né le 15 mars 1943, à Toronto, Canada. Fils d'une professeur de piano et d'un journaliste, David Cronenberg réalise trois courts métrages, Transfer, From the drain et Stereo alors qu'il est étudiant en littérature à l'Université de Toronto. Diplômé, il tourne son premier long métrage expérimental, Crimes of the future, à l'âge de 27 ans.

Au début des années 70, il tourne une dizaine de téléfilms pour la télévision canadienne et des épisodes pour les séries Peep show, Programme X ou Teleplay. Mais, c'est à la fin de cette décennie qu'il gagne son statut de réalisateur culte parmi les fans d'horreur gore.

Dans chacun de ses films, Cronenberg confronte l'apparence lisse des personnages avec ce qu'ils ressentent profondément à l'intérieur d'eux-mêmes et qu'ils découvrent suite à un changement qui prend souvent la forme d'une mutation.

Dans le monde moderne, technologiquement dé(s)organisé de Cronenberg, les organes et les viscères sont refoulés comme l'inconscient le fut autrefois. Comme l'inconscient, mes viscères sont un autre moi-même, que j'ignore et qui, pourtant, me dicte sa loi comme s'il était colonisé par une intelligence animale, un alien, une déformation génétique. Comme le résume l'un de ses maîtres, l'écrivain américain William Burroughs, dont il a adapté Le Festin nu : "Le corps est une machine".

Cette attention aux entrailles poussa même Cronenberg à regretter, à la sortie de Faux semblants, que l'on ne puisse attribuer un prix au plus beau foie, au plus beau cœur, à la plus belle rate comme on attribue au prix pour l'aspect extérieur d'un corps ou d'un visage. Cela dit, ce qui vit à l'intérieur des corps de Cronenberg est souvent plus grouillant, et monstrueux que la surface sociale de ses personnages.

Dans les premiers films de Cronenberg (Frissons, Rage, Chromosome 3 , Scanners, VidéodromeLa mouche) la mutation physique s'accompagnait toujours cependant d'une interrogation sur la mutation mentale : suis-je moi-même ou le double de quelqu'un d'autre, monstre ou insecte ? Les personnages étaient alors confrontés à la question de savoir si la mutation les améliore, les révèle où les empêche-t-elle d'être ce qu'ils sont.

La mutation mentale devient le sujet majeur à partir de Faux-semblants. Dead zone, qui avait amorcé la transition, ne posait pas le problème moral dans toute sa complexité et surtout dans sa densité. Le film était nettement plus engagé dans les profits où les dégâts que l'on pouvait tirer de la mutation plutôt que dans ses effets sur le corps et l'âme du personnage.

Pour Cronenberg, l'enjeu pour le sujet est cependant toujours de recouvrer son autonomie dans un monde où la technologie, la science et la psychologie assurent que tout est normal. C'est dans l'organisme humain, lieu de tension, que s'écrit et se construit le destin de l'homme.

Si son équilibre est rompu, par l'effet d'un virus, la maladie s'installe et les cellules prolifèrent de manière incontrôlée. Elles vivent leur propre vie mais engendrent un cancer qui détruit le corps et, par voie de conséquence, entraîne la mort.

L'équilibre peut aussi être rompu sous l'effet de la maladie mentale. L'ombre gagne alors progressivement sur la lumière comme dans Faux-semblants ou la lumière de la conscience est insuffisante pour éclairer les traumatismes de l'inconscient comme dans Spider.

L'équilibre peut aussi être rompu par l'engagement du personnage dans la drogue (Le festin nu), le jeu (eXistenZ) ou la violence (A history of violence). L'écriture dans le premier cas, l'amour et la famille dans le troisième peuvent proposer une alternative à la dégradation de l'individu. Dans eXistenZ, l'immersion totale dans le jeu pendant la presque totalité du film et sa sortie un peu trop radicale aux tous derniers instants expliquent la relative faiblesse du film.

Parce qu'il oppose, surface et intérieur, apparence et profondeur, peau et organe, on peut être tenté de voir en Cronenberg un cinéaste naturaliste qui mettrait en relation mondes dérivés de l'apparence et monde originaux où s'affrontent éternellement le bien et le mal. Cette thématique et les motifs qui l'accompagnent : symptomes des mondes originaux et fétiches présents dans les mondes dérivés sont pourtant bien loin des préoccupations du cinéaste canadien.

Le naturalisme est une sorte de surréalisme qui met en doute l'apparence trompeuse du monde pour en révéler la vanité, or chez Cronenberg l'opposition est bien plus frontale et prend la forme d'une épidémie qui gagne progressivement le monde social des apparences. L'ombre de la contamination, des virus de l'horreur intérieure gagnent souvent sur un monde technologique qui se voudrait lumineux et qui n'est que terne. Si la sexualité joue un grand rôle elle ne prend pas la forme d'une pulsion comme dans le naturalisme mais celle d'un puissant virus à l'extension inexorable et contaminante. En mettant en scène la montée de l'ombre virale sur la lumière de la bonne santé et de l'apparence, Cronenberg se révèle probablement le plus grand cinéaste expressionniste contemporain.


BIBLIOGRAPHIE :

Géraldine Pompon et Pierre Véronneau, David Cronenberg : la beauté du chaos. Editions cerf-corlet, collection 7ème Art.

Ressources Internet : Le dossier de Cadrage par Stéphanie Dast

FILMOGRAPHIE :

1966 Transfer
 

16mm. 0h07.

Un patient suit son analyse de manière compulsive

   
1967 From the drain
 

16mm. 0h14.

Une étrange forme de vie se cache dans les canalisations

   
1969 Stereo
 

16mm. 1h03

Dans un institut scientifique, des cobayes humains font l'objet d'expériences sexuelles en tous genres.

   
1970 The crime of the future
 

1h03.

Suite à une catastrophe, le genre féminin a disparu de la terre ; les survivants cherchent à pallier cette disparition.

   
1975 Frissons

(Shivers / They came from within). Avec : Paul Hampton (Roger St. Luc), Joe Silver (Rollo Linsky). 1h27.

Dans un ensemble résidentiel de Montréal, des parasites artificiellement créés par un médecin se mettent à attaquer les résidents, provoquant une explosion de rage sexuelle généralisée

   
1977 Rage

(Rabid). Avec Marilyn Chambers (Rose) Franck Moore (Hart Read). 1h31.

Suite à un accident de moto, on tente sur Rose une greffe de peau qui échoue. Un organe pousse sous son bras, qui doit pomper le sang d'autrui pour satisfaire sa soif. Mais chaque contact contamine la victime

   
1979 The fast company
 

Avec : William Smith (Lonnie "Lucky man" Johnson), Claudia Jennings (Sammy). 1h31.

Le monde du dragster, ses pilotes, ses femmes, ses courses.

   
1979 Chromosome 3

(The Brood). Avec : Oliver Reed (Dr. Hal Raglan), Samantha Eggar (Nola Carveth), Art Hindle (Franck Carveth), Cindy Hinds (Candia Carveth), Henry Beckman (Barton Kelly). 1h31.

Dans un institut psychiatrique, on apprend aux patients à somatiser leurs frustrations et leurs rages. Nola y parviendra au-delà de toute espérance. Elle deviendra la matrice d'une race nouvelle et horrible, qui mettra en danger la vie de ses proches

   
1980 Scanners

Avec : Jennifer O'Neil (Kim Obrist), Stephen Lack (Cameron Vale), Patrick McGoohan (Pr. Ruth). 1h43.

La prise de médicament par de futures mères donne naissance à une race de télépathes qui tentent de contrôler le monde. L'inventeur de cette substance, afin de faire disparaître la menace, lance un scanner très puissant à l'assaut de ses semblables

   
1983 Videodrome

Avec : James Woods (Max Renn), Sonja Smots (Bianca O'Blivion), Deborrah Harry (Nicki Brand). 1h27

Le directeur d'une petite chaîne de télévision, toujours à la recherche de programmes susceptibles de faire décoller son audience, tombe sur une émission "snuff "qu'il pirate. Mais l'exposition aux ondes émises par Videodrome le fait passer dans un univers parallèle plein de bruit et de fureur.

   
1983 Dead zone

(The dead zone). Avec : Christopher Walken (Johnny Smith), Brooke Adams (Sarah Bracknell). 1h43.

Johnny Smith a un accident de voiture qui le laisse cinq ans dans le coma. Quand il en sort, il se découvre un don prophétique par simple toucher des autres. Devenu uen sorte de paria, il trouve l'occasion de sauver le monde en tentant d'assassiner un politicien qu'il sait capable de déclencher l'holocauste nucléaire.

   
1986 La mouche

D'après la nouvelle de George Langelaan. Avec : Jeff Goldblum (Seth Brundle), Geena Davis (Veronica Quaife). 1h36.

Seth Brundle a découvert le moyen de téléporter la matière. Dans un moment d'abandon, il décide de le tester lui-même ; mais au moment crucial un diptère s'introduit dans la machine. Il réapparaît au point B, mais son code génétique a fusionné avec celui de la mouche. Il connaîtra une longue agonie tandis que son être se métamorphose en une créature qui n'existe pas.

   
1988 Faux-semblants

(Dead Ringers). Avec : Jeremy Irons (Beverly et Elliot Mantle), Geneviève Bujold (Claire Niveau). 1h55.

Deux frères jumeaux gynécologues, Beverly et Elliot Mantle, partagent tout dans la vie : le succès, l'argent et les femmes. Ils exploitent même leurs différences, "Beve" étant le chercheur et Elliot le communicateur.

   
1992 Le festin nu

D'après le roman de William S. Burroughs. Avec : Peter Welter (Bill Lee), Judo D'avis (Jan Lee et Jan Front), Ain HLM (Tom Front), Julien Sanas (Yves Cloquait). 1h55.

Bill Lee, exterminateur de cafards, abuse des substances qu'il est censé pulvériser sur els insectes. Après avoir tué accidentellement sa femme Joan, il sombre dans une psychose qui l'emmène au-delà de la folie..

   
1993 M. Butterfly

Avec : James Irons (René Callimard), John Lone (Song Liling), Barbara Sukowa (Jeanne Callimard). 1h41.

Un diplomate français tombe amoureux d'une chinoise en pleine Révolution Culturelle. Leur histoire d'amour et d'espionnage, déjà complexe, s'envenime encore davantage du fait que la bien-aimée est un homme

   
1996 Crash

Avec : James Spider (James Ballard), Holly Hunter (Helen Remington), Elias Koteas (Vaughan), Deborah Unger (Catherine Ballard), Rosanna Arquette (Gabrielle). 1h40.

James et Catherine Ballard s'ennuient. Leur couple est prêt de succomber lorsque James est victime d'une violente collision. Le couple fera la rencontre d'une sorte de secte de fanatiques des accidents de voiture et se lancera dans des expériences sexuelles inédites.

   
1999 eXistenZ

Avec : Jennifer Jason Leigh (Allegra Geller), Jude Law (Ted Pikul), Ian Holm (Kiri Vinokur), Willem Dafoe (Gas). 1h36.

La conceptrice d'un jeu virtuel du futur est menacée d'assassinat par une secte "réaliste". Pour échapper aux tueurs qui la traquent, elle se cache dans des mondes qu'elle a créés.

   
2002 Spider

Avec : Ralph Fiennes (Spider), Miranda Richardson (La mère, la maîtresse), Gabriel Byrne (Le père). 1h38.

Après plusieurs années d’internement psychiatrique, Dennis Clegg est transféré en foyer de réinsertion dans la banlieue de Londres, à quelques pas de là où il a vécu enfant. Il est certain d’avoir vu, alors qu’il était à peine âgé de douze ans, son père assassiner sa mère, pour la remplacer par une prostituée dont il s’était amouraché.

   
2005 A history of violence

Avec : Viggo Mortensen (Tom Stall), Ed Harris (Carl Fogarty), William Hurt (Richie Cusack), Maria Bello (Edie Stall). 1h36.

Tom Stall, un père de famille à la vie paisiblement tranquille, abat dans un réflexe de légitime défense son agresseur dans un restaurant. Il devient alors un personnage médiatique, dont l'existence est dorénavant connue du grand public...

   
2007 Les promesses de l'ombre

(Eastern promises) Avec : Naomi Watts (Anna), Viggo Mortensen (Nikolai), Vincent Cassel (Kirill), Armin Mueller-Stahl (Semyon). 1h40.

Bouleversée par la mort d'une jeune fille qu'elle aidait à accoucher, Anna tente de retrouver la famille du nouveau-né en s'aidant du journal intime de la disparue, écrit en russe.

   
   
   
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histoire du cinéma : expressionnisme