
James
et Catherine Ballard s'ennuient. Leur couple est prêt de succomber lorsque
James est victime d'une violente collision. Le couple fera la rencontre d'une
sorte de secte de fanatiques des accidents de voiture et se lancera dans des
expériences sexuelles inédites

Un
homme, une femme, une voiture, n'importe lesquels pourvu qu'il y ait triangle.
Parfois l'homme change, ou la femme ; parfois ce sont deux hommes ensemble,
ou deux femmes. L'important ce n'est ni le sexe ni l'identité mais
le moment où les êtres se rencontrent, se cognent l'un à
l'autre, se carambolent.
Film construit sur la répétition mais sur une répétition a-dramatique, non progressive, serielle. Il n'y pas d'accélération, pas d'urgence, pas d'affollements, pas d'enjeu qui se révèlerait soudain.
Filmer ce qui arrive à la peau déchirée ou caressée, à la chair martyrisée ou excitée, aux entrailles pénétrées par un sexe ou de la tôle froissée, en s'en tenant à une objectivité froide, à une pure extériorité.
Cinéma désarmant de douceur, si la douceur conciste à filmer le monde (même le pire) sans effraction, d'une caméra caressante, frôlant les plaies, les cicatrice comme si c'était la plus belle peau; si la douceur est cette façon seraine, tranquille, apaisée de recevoir le monde. Un film qui sacrifie le récit à la sensation. Le plaisir n'existe jamais que traversé de douleur, de souffrance, de mise en péril, de marquage de corps (les bleus de Catherine, le tatouage de James) et de confrontation à la mort.
L'automobile, lieu où l'humain s'hybride, est à la fois trace de l'extrême contemporain et espace du mythe. Cronenberg, artiste résolumment moderne, qui a intégré à son cinéma l'impact démesuré que peuvent avoir les technologies sur l'imaginaire.
Il y avait déjà eu un autre grand film sur l'automobile, Week-end. Mais Week-end ressemblait plutôt à Andy Warhol mythifiant, dans une série de sérigraphies célèbres, les accidents de la route parce que mort de masse, pôle négatif de la société de consommation. Vaughan travaille lui à déréaliser l'automobile, à la projetter dans l'espace du fantasme, à la nimber d'une aura héroïque en reconstituant des accidents célèbres dans de clandestins théâtre en plein air.
