Avec : Gaston Modot (l'homme), Lya Lys (la femme), Caridad de Laberdesque (Chambermaid and Little Girl), Max Ernst (le chef des bandits), Josep Llorens Artigas (le gouverneur), Lionel Salem (le duc de Blangis), Germaine Noizet (la marquise), Duchange (le chef d'orchestre). 1h03.
1930

On voit d'abord les images d'un documentaire scientifique sur les scorpions. Puis on se retrouve sur une île dont les abords sont gardés par des archevêque. L'île est habitée par des bandits, qui végètent dans une misérable cabane.

Arrive une délégation d'importants personnages, sous la conduite du gouverneur mayorquin venue fonder la Rome impériale. Les bandits installés sur cette île meurent lorsqu'arrivent ces personnages alors que les archevêques sont devenus des squelettes figés dans la roche.

La cérémonie de la pose de la première pierre est troublée par un scandale : un homme fait l'amour dans la boue avec une femme. Des policiers se saisissent de l'homme et l'entraînent.

Ce dernier, qui a rompu avec un passé honorable, est amoureux fou d'une jeune femme de la haute bourgeoisie. Son père, le marquis de X..., donne une réception mondaine dans sa propriété. Des événements bizarres s'y déroulent : le feu éclate dans la cuisine des ouvriers en charrette traversent le salon, le garde forestier tire à bout portant sur son fils désobéissant...

Les amoureux se retrouvent, à la faveur d'un concert donné en plein air. Mais c'est au chef d'orchestre, un hideux vieillard, que la femme réserve ses faveurs. Désespéré, l'homme s'enfuit et saccage la chambre de l'aimée.

Le dernier épisode (emprunté au marquis de Sade) évoque une orgie au château de Selliny : l'un des libertins est le Christ. Le dernier plan montre une croix où sont accrochés des cheveux de femme, sous une bourrasque de neige.

Ce premier film parlant de Bunuel est un hymne à l'amour fou comme force subversive capable de détruire la morale bourgeoise. C'est aussi une violente attaque contre l'Eglise, l'armée et la famille. Un homme et une femme qu'on veut constamment empêcher de s'aimer et d'avoir des relations sexuelles, se dressent contre l'ordre établi.

Pour Thierry Jousse :

"L'Age d'or est une splendide exploration des pouvoirs du négatif, entendu en son sens photographique et dialectique. Si le cinéma, en termes chimiques, procède d'une métaphore du négatif en positif, d'un point de vue philosophique il en va de même pour les films de Buñuel, fondés sur le renversement permanent des valeurs et du sens. C'est ainsi que l'on peut voir l'image des squelettes des évêques sur les rochers à la fois comme le négatif de toutes les significations religieuses et sociales. C'est aussi la raison profonde de la référence au marquis de Sade qui éclaire toute la fin du film, en tant qu'il est le philosophe et l'artiste du négatif par excellence. C'est encore par ce travail du négatif que l'exaltation de l'amour fou évite toute forme de sacralisation, comme chez André Breton. C'est enfin peut-être pour cette raison profonde que l'Age d'or demeure l'un des grands scandales de l'histoire du cinéma."


Luis Buñuel rencontra vraisemblablement le vicomte et la vicomtesse de Noailles à une projection d’Un chien andalou. C’est eux qui avaient demandé à Man Ray de tourner le film inspiré par leur maison récemment construite sur les hauts de Hyères, et Cocteau allait tourner pour eux Le Sang d’un poète. Charles de Noailles proposa à Luis Buñuel de financer un court métrage.

Le film, dont le titre devait être La Bête andalouse, fut conçu selon la même démarche qu’Un chien andalou : scénario de Luis Buñuel et Salvador Dalí, réalisation de Buñuel. Dans la brochure de présentation lors des premières projections du film, Salvador Dalí écrivait :

“Mon idée générale en écrivant avec Buñuel le scénario de L’Âge d’or a été de présenter la ligne droite et pure de “conduite” d’un être qui poursuit l’amour à travers les ignobles idéaux humanitaire, patriotique et autres misérables mécanismes de la réalité.”(1)

Cependant le peintre, cette fois, ne suivit l’écriture du film que d’assez loin. “À ce moment-là, Dalí et moi avons mis un terme à notre amitié. Cela s’est passé précisément trois jours après le début de notre collaboration”, confiera Buñuel (2) qu’il faut bien considérer comme l’auteur principal du scénario. L’entente entre les deux amis était rompue, chacun jugeait très mauvais l’apport de l’autre. Les deux films, malgré un état d’esprit commun, sont assez dissemblables. “Dans Un chien andalou, il n’y a pas de critique sociale ni de critique d’aucune sorte. Dans L’Âge d’or, oui. Il y a un parti pris d’attaque de ce que l’on pourrait appeler les idéaux de la bourgeoisie: famille, patrie et religion.”(3)

Beaucoup plus développé que le film précédent, L’Âge d’or, défini par le groupe surréaliste comme “un des programmes maxima de revendications qui se soient proposés à la conscience humaine jusqu’à ce jour” (4) , provoqua un scandale bien supérieur. Tourné de mars à mai 1930, il fut présenté début juillet chez les Noailles. Il obtint son visa de censure le 1er octobre mais reçut au cinéma Panthéon un accueil d’une hostilité glacée de la part du Tout-Paris invité par les Noailles à la fin du mois. Outre des allusions très claires à la masturbation, certaines images (l’ostensoir par terre) et certaines phrases dans la brochure-programme (“Le comte de Blangis est évidemment le Christ”) étaient trop choquantes à l’époque.

Lorsque, le 28 novembre, il sortit au Studio 28, le film provoqua la colère des ligues qui attaquèrent la salle et lacérèrent plusieurs toiles surréalistes exposées dans l’entrée. Les projections purent reprendre mais sous la protection de la police. Il fut interdit définitivement le 11 décembre et les copies saisies. C’est en 1981 seulement que le public put enfin voir L'Âge d'or. “Voilà le résultat d’un film que je croyais tendre par dessus de sa violence et qui laisserai le public plutôt rêveur au lieu de l’avoir plongé dans un cauchemar. Ce résultat je l’attendait, au contraire, pour le Chien Andalou”, écrivit dans son français incertain Buñuel au Vicomte de Noailles le 29 décembre 1930 de Beverly Hills.(5)

Le cinéma surréaliste ne devait pas se remettre de ce scandale.(6) Seul Buñuel continuera un temps à émailler ses films de séquences ou d’images surréalistes avant de réaliser à partir des années 60 des œuvres plus directement inspirées du surréalisme, comme L’Ange exterminateur, et ses trois derniers films, Le Charme discret de la bourgeoisie, Le Fantôme de la liberté, Cet obscur objet du désir. Mais, à cette date, l’aventure surréaliste était déjà du passé.

 

(1) Revue-programme du Studio 28, reproduit en fac-similé dans L’Âge d’or, correspondance Luis Buñuel – Charles de Noailles – Les Cahiers du Musée national d’art moderne, 1993.

(2) Conversations avec Luis Buñuel, Tomas Pérez Turrent et José de la Colina – Ed. Cahiers du cinéma, 1993, p. 36.

(3) Mon dernier soupir, Luis Buñuel – Ramsay Poche Cinéma, 1986, p.39.

(4) Revue-programme du Studio 28, reproduit en fac-similé dans L’Âge d’or, correspondance Luis Buñuel – Charles de Noailles – Les Cahiers du Musée national d’art moderne, 1993.

(5) L’Âge d’or, correspondance Luis Buñuel – Charles de Noailles – Les Cahiers du Musée national d’art moderne, 1993, p. 108.

(6) Las Hurdes, tourné après Un chien andalou et L’Âge d’or, peut difficilement être vu comme un film surréaliste en dépit des propos de son réalisateur: “Les deux premiers relèvent de l’imagination, l’autre est pris dans la réalité, mais moi je me sentais dans le même état d’esprit.” Conversations avec Luis Buñuel, Tomas Pérez Turrent et José de la Colina – Ed. Cahiers du cinéma, 1993, p. 50.

Source : Jacques Parsi, professeur relais de l’Education nationale pour le Centre Pompidou, janvier 2004.

 

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Genres : Film expérimental , érotique
L'âge d'or
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