Avec : (El angel exterminator). Avec : Silvia Pinal (Leticia, "la Valkirie"), Jacqueline Andere (Alicia Roc), José Baviera (Leandro), Enrique Rambal ( Edmundo Nobile), Auguto Benedico (le docteur), Luis Beristan (Christian) Claudio Brook (le majordome). César del campo (le colonel), Antonio Bravo (Russel), Rosa Elena Durgel (Sylvia), Lucy Gallardo (Lucía de Nobile), Enrique García Álvarez (Augusto Roc) Ofelia Guilmáin (Juana Avila), Nadia Haro Oliva (Ana Maynar), Tito Junco (Raúl), Xavier Loya (Francisco Avila), Xavier Masse (Eduardo) Ofelia Montesco (Beatriz), Patricia Morán (Rita) Patricia de Morelos (Blanca), Bertha Moss (Leonora), Ángel Merino (Lucas). 1h30

1962

Nobile, riche aristocrate de Mexico, invite ses amis à diner dans sa luxueuse maison de la rue de la Providence. Quelques faits bizarres se produisent : des domestiques partent sans expliquer leur comportement, le groupe connaît une impression de déjà vécu, Ana retire de son sac deux pattes de poulet alors que Blanca joue au piano une sonate de Paradisi. Et voici qu'une étrange absence de volonté empêche les invités de franchir les limites du grand salon. Sentant venir la fatigue, les invités campent sur place.

A l'aube le sortilège continue, il est impossible de sortir du salon. Le vernis des conventions disparaît, les belles manières font place à l'égoïsme le plus brutal. Un cadavre est caché dans un placard, deux amoureux se suicident, on perce les canalisations pour boire.

Le sortilège cesse après que l'un des invités ait eu l'idée de replacer chacun dans sa position initiale, au moment de la sonate de Paradisi, Les naufragés de la rue de la Providence sortent... Tout le monde se retrouve dans la cathédrale pour un Te Deum de remerciement. C'est là que le sortilège recommence alors que des émeutes éclatent dans les rues. (voir : scénario détaillé)

Au départ, le film s'intitulait "Les naufragés de la rue de la providence". Le titre définitif a été suggéré à Bunuel par un de ses amis, dramaturge, qui l'envisageait pour une pièce de théâtre. Le titre, référence à l'Apocalypse, était libre de droit et Bunuel l'a utilisé pour son film.

Longtemps, Luis Bunuel a gardé le silence sur ce film corrosif et refusé d'en donner la moindre clé. A la fin de sa vie seulement, il a consenti à dire que le thème n'était autre que celui qui court dans toute son œuvre : l'incapacité de l'homme à satisfaire ses désirs.

En cumulant ces deux titres et la déclaration de Bunuel, on pourrait en déduire que le projet du film est de rendre visible le destin fatal de bourgeois rassemblés dans un lieu plus mystérieux qu'ils l'avaient cru. Le salon devient un lieu indéterminé, primitif, dénué de vecteur temps et dévolu à la seule pulsion de mort. Les riches n'ont plus qu'un seul désir : accumuler les déchets, constituer le grand champ d'ordures et se réunir tous dans une seule et même pulsion de mort.

Les répétitions sont un symptôme de cette pulsion de mort qui anéantit le temps. Bunuel a déclaré : "Je me suis toujours senti attiré, dans la vie comme dans mes films, par les choses qui se répètent sans savoir pourquoi." Il fait néanmoins un usage mesuré de ces répétitions. Elles concernent d'une part les trois présentations successives entre Raul et Leandro puis, d'autre part, Edmundo qui porte deux fois le même toast, une fois avec succès, la seconde dans l'indifférence générale. Bunuel a sans doute supprimé au montage celle qui verrait, au début du film, deux fois, sous des angles différents, les invités pénétrer dans le hall et le maître de maison appeler son maître d'hôtel. Cette "répétition", qui ne tient pas à la vision du film, fait l'objet d'une longue anecdote, racontée par Bunuel, dans le livre de Jean-Claude Carrière. L'anecdote est souvent répétée sans vérification (par Frédéric Mitterrand pour sa présentation au ciné-club de F2, par exemple).

On ne limitera pas le film à une simple charge surréaliste sur le mal de vivre existentiel de la bourgeoisie. Les attaques de Bunuel possèdent un indéniable caractère social car les bourgeois perdent les pédales dès que le bas peuple déserte.

Mais il n'est pas bien certain que les émeutes qui éclatent à la fin du film de la part des plus pauvres soient le signe d'une révolution possible. Il s'agit plutôt de la mise en oeuvre de la même pulsion de mort que celle de la bourgeoisie… sous une forme, certes plus active et joyeuse.

 

Jean-Luc Lacuve le 13/06/2010

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L'ange exterminateur
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