Chronique d'un amour
1950
Genre : Drame sentimental
(Cronica di un amore). Avec : Lucia Bose (Paola Fontana), Massimo Girotti (Guido), Ferdinando Sarmi (Enrico Fontana), Gino Rossi (Carloni, le détective). 1h36.

Industriel milliardaire de Milan, Fontana charge un détective privé d'enquêter sur le passé de son épouse Paola. Le détective se rend à Ferrare où Paola a vécu et fait ses études. Il apprend que la jeune femme a quitté la ville, sept ans auparavant, juste après l'accident mortel dont fut victime la fiancée de Guido, l'homme qu'elle aimait.

Averti de la présence de cet inconnu, Guido, modeste vendeur de voitures, se rend à Milan et reprend contact avec son ancienne maîtresse. Elle accepte de le rencontrer dans un stade désert. Ils éprouvent des remords en évoquant cet accident passé : pourquoi n'ont-ils fait aucun geste lorsque la malheureuse est tombée, sous leurs yeux, dans la cage d'ascenseur ? De son côté, le détective est convaincu qu'il y a eu crime, mais ne peut le prouver à son employeur.

Paola, lasse de la vie mondaine, veut renouer avec Guido qu'elle aime encore. Il finit par céder. Fontana avoue à son épouse être à l'origine de l'enquête, jugée infructueuse. Comprenant qu'il sera toujours un obstacle à son bonheur retrouvé, Paola décide de le tuer et pousse Guido, être faible et indécis, à l'aider dans son forfait. Sur le parcours chaque jour emprunté par le mari, ils découvrent, l'endroit idéal où le crime pourra être maquillé en accident de voiture. De son propre chef, le détective poursuit son enquête et découvre toute la vérité sur la liaison. Il s'en ouvre à Fontana. Celui-ci encore sous le choc ne prête nulle attention à la route mouillée. L'accident est inévitable. A quelques mètres seulement où Guido l'attendait pour l'abattre. Se sentant coupable, de cet accident (suicide ?) Guido quitte définitivement Paola.

Le film emprunte des éléments du film noir : enquête de détective, projet de meurtre, lumière tamisée. Mais il décrit également la tension soccial entre les deshérités et ceux qui profitent largement du "miracle économique" de l'après guerre (l'aide américaine apportée dans le cadre du plan Marshall a aidé l'Italie et en particulier les grandes villes du Nord comme Milan et Turin et certains secteurs comme celui de l'industrie automobile à se remettre rapidement de la guerre. Cette tension devient le mobile d'un meurtre même si celui-ci n'a pas lieu.

Pour René Prédal :
" Ce premier long métrage présente une situation déjà très antonionnienne : "le moment le plus dur est celui où on se rhabille" disent les amants, incapables de se sourire comme de se mentir.

Fort distanciée, l'œuvre ne se permet qu'un gros plan réaliste, celui du cadavre du mari. Dans l'ensemble, c'est un film très dialogué, les faits étant plus fréquemment rapportés que montrés, mais se trouvant par là même revécus comme au second degré. Antonioni en profite pour animer la caméra de mouvements indépendants du déplacement des acteurs, cette chorégraphie des images étant mise en parallèle avec l'évolution psychologique des personnages.

En 1955, Mort d'un cycliste d'Antonio Bardem reprendra Lucia Bose et un schéma un peu identique, mais en accusant fortement les coïncidences et le côté mélodramatique aux dépens de la recherche esthétique. "

Antonioni aurait aimé confier le pemier rôle féminin à Gene Tierney, mais c'était demander la lune. Il se rabat donc sur une récente miss Italie, Lucia Bose, tout juste agée de 19 ans qui se révélera être une excellente actrice

Plan séquence panoramique à 360 degrés qui fait le tour du pont où Guido et Paola complotent d'assassiner le mari de cette dernière. Les publicités, lorsque Enrico essaie la Maserati, annoncent celles de Zabriskie point.

 

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