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Le public se presse pour assister au spectacle dans le cirque de Stockholm. Les gradins se remplissent. C'est la fébrilité dans les coulisses où les artistes se préparent mais où, également, les ouvriers mettent une dernière main aux décors et aux accessoires. Monsieur Loyal donne le signal de départ : "Tout le monde est invité à participer ! " Les acrobates envahissent la piste ronde. M. Loyal devient successivement le commentateur sportif à la radio, le gardien de but, le boxeur et son adversaire. Un garçonnet et une fillette, dans le public, suivent le tout avec intérêt et se lancent des regards complices.
Quelques spectateurs particulièrement audacieux tentent de s'intégrer aux divers numéros, magiciens, clowns musicaux..., tandis que les ouvriers en coulisse s'essaient eux aussi avec plus ou moins de bonheur à faire des tours. M. Loyal mime le pêcheur à la ligne. Les deux enfants jouent avec des crécelles. Puis c'est la leçon de tennis du meneur de jeu. Il se débat ensuite avec un cheval imaginaire. L'enchaînement s'impose sur une mule réelle et récalcitrante, qui malmène les quelques spectateurs assez téméraires pour essayer de la mater. Pour étonner la petite fille, le garçonnet se lance à son tour et la mule lui obéit au doigt et à l'il !
Après l'entracte, M. Loyal présente un orchestre comique, une chanteuse, Pia Colombo, puis il intervient lui-même comme chef d'orchestre et chanteur de charme (" Y a pas d'âge pour le rythme ! "). Des musiciens se battent et le tout dégénère en numéro acrobatique. Et c'est la parade finale. Le public sort. M. Loyal qui la piste en offrant l’étoile perdue à une jeune femme avant de laisser deux enfants jouer avec des ballons, aller sur la piste et en coulisses à l'aafut des accessoires, imitant les numéros qu'ils ont vus, alors que la mère de l'une et le père de l'autre les attendent sur les gradins vides.
Quatre ans après la débâcle financière qu’avait été Playtime, Tati avait tourné Trafic aux Pays-Bas, non sans difficultés puisque se trouvant au bout de quelques semaines à court du peu d’argent qui lui restait, il vit toute l’équipe du film quitter le tournage, le laissant dans l’impossibilité de terminer. Une équipe de télévision suédoise, venue réaliser un documentaire sur le tournage du film avait alors pris la relève au pied levé, permettant à Trafic de voir le jour.
Quelques années plus tard, cette même télévision suédoise propose à Tati d’honorer sa dette en s’engageant avec elle dans une nouvelle production, qui après plusieurs projets ébauchés puis abandonnés deviendra Parade, et qui sera son dernier film.
En terrain clos, dans cette miniature spatio-temporelle que constitue le chapiteau, le cinéaste renoue par ailleurs avec des thèmes qui lui sont chers. Dans un espace où les limites entre coulisses et scène, décors en construction ou en déconstruction paraissent sans cesse mouvantes, les numéros se succèdent au rythme des désaccords et d’intrusions burlesques qui viennent déranger l’ordre des choses : des hockeyeurs interrompant un orchestre en pleine activité, des peintres en bâtiment plus occupés à jongler qu’à exécuter leur tâche de peintres.
« Au fond, Parade n'est pas vraiment un film. J'aurais d'ailleurs voulu qu'on le présente dans un décor spécial qui fasse oublier la salle de cinéma. » Le cirque est partout et permet à Tati de réactualiser les numéros de mime de Soigne ton gauche et Cours du soir.
Parade est le premier film tourné partiellement en vidéo à sortir en France en 1974. Les hockeyeurs sont filmés dès novembre 1971 en 35 et 16mm au studio Europa de Stockholm ; des scènes en super 16 sont tournées à Paris et le spectacle en public est tourné en octobre 1973 avec trois caméras vidéo au cirque de Stockholm.