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The mastermind

2025

Cannes 2025 Avec : Josh O'Connor (James Blaine Mooney), Sterling Thompson (Carl Mooney), Alana Haim (Terri Mooney), Jasper Thompson (Tommy Mooney), Bill Camp (Bill Mooney), Hope Davis (Sarah Mooney), Eli Gelb (Guy Hickey), Cole Doman (Larry Duffy), Carrie Lazar (Ms. Pitman), Javion Allen (Ronnie Gibson), Reighan Bean (Julie), Katie Hubbard (Robin), Margot Anderson-Song (Helen), Avery Deutsch (Daisy), John Magaro (Fred), Gaby Hoffmann (Maude). 1h48.

1970 Massachusetts. Dans la ville fictive de Framingham, James Blaine Mooney, surnommé J.B., visite le musée des Beaux-Arts de la ville (créée pour l'occasion avec des œuvres reproduites de Arthur Dove, Jean-Baptiste Oudry, John Singer Sargent, Mary Cassatt, Frederic Edwin Church, Thomas Cole...). Il y revient avec sa femme et ses deux enfants et vole une petite statuette dans une vitrine mal fermée qu'il glisse ensuite dans l'étui à lunettes de sa femme. C'est sans encombre qu'ils sortent du musée.

En réalité JB, s'était assuré de l'inefficacité de la protection antivol du musée en planifie le vol de quatre tableaux d'Arthur Dove, qu'il s'est appliqué à reproduire en miniature pour les distribuer à ceux qu'il charge de voler ; lui même se réservant le rôle de chauffeur pour avoir été trop repéré dans le musée. Il a contacté pour cela son vieux pote, Guy Hickey, et Larry Duffy, chargé aussi de voler une voiture pour l'accomplissement du casse.

Pour rémunérer ses complices, JB, ébéniste au chômage alors que sa femme assure les revenus du ménage, extorque à sa mère une belle somme d'argent prétextant des études préparatoires pour collaborer avec un célèbre architecte. Il a aussi fait confectionner à sa femme, ainsi impliquée sans le savoir, des toiles en jute pour que ses complices emballent les tableaux. Mais lorsque Larry amène la voiture volée, c'est pour lui dire qu'il se désengage du projet. Guy ramasse alors dans la rue Ronnie Gibson qui s'attaquait à des mères manifestant contre la guerre du Vietnam.

Cette fois tout est prêt pour le casse qui doit durer huit minutes. Mais quand Larry emmène les enfants à l'école c'est pour découvrir que celle-ci est exceptionnellement fermée. Paniqué, il téléphone à sa femme au travail qui refuse de rentrer garder les enfants. JB décide alors de les laisser à eux-mêmes, confiant au plus grand de l'argent pour le repas du midi avec la consigne de ne pas tout dépenser en confiseries. Arrivée au musée, Larry débarque ses complices avec des bas de nylon masquant leur visage et s'en va garer la voiture un peu plus loin. Il ne tarde pourtant pas à la déplacer car un policier est venu déjeuner à proximité. Dans le musée, Guy et Ronnie ne sont pas très efficaces pour décrocher les tableaux et les mettre dans leur toile en jute mais les vieux visiteurs ne sont pas perspicaces et les gardiens qui dorment ne les gênent guère. Ils doivent néanmoins faire face à un duo de collégiennes venu étudier les tableaux. Helen est contrainte sous la menace d'une arme de se plaquer le visage contre le sol. Guy et Ronnie bousculent le garde de la porte du musée mais parviennent à la voiture de JB et placent les tableaux dans le coffre. Julie, qui conduisait les deux colégiennes en voiture, est menacée d'une arme pour dégager le passage.

La fuite en voiture se passe ensuite sans encombre, les toiles étant transférées de la voiture volée à celle de JB qui remet l'argent dû à ses complices leur promettant le reste une fois qu'il aura revendu les toiles. En prenant le volant, JB constate que ses enfants sont malades d'avoir mangé trop de bonbons.

Le lendemain, sa femme et ses enfants partis, JB lit les les journaux faisant état du vol, des jeunes filles traumatisées, mais ne semblent pas indiquer de piste d’enquêtes. JB admire les quatre œuvres volées et en accroche une au-dessus du canapé avant de les placer toutes dans la boîte à quatre tiroirs qui avait confectionné tout exprès.

Il part en voiture jusqu'à une grange abandonnée où quelques cochons pataugent dans la boue. JB retire un à un les quatre tableaux pour, muni d'une échelle, les monter monter un à un sur la plateforme en surplomb. Arrivé là, il remet les quatre tableaux dans la boîte et la recouvre de foin. Il a malencontreusement fait tomber l'échelle et doit se résoudre à s'agripper à la plateforme pour se laisser tomber...dans la boue. C'est ainsi que vêtements boueux, il arrive chez lui pour constater qu'une voiture est stationnée devant son garage. Il passe alors par l'arrière, trouve des vêtements propres et se nettoie le visage avant d'affronter les policiers venus l'interroger : on l'a vu rôder près du musée, on connaît son intérêt pour l'art et Ronnie Gibson, arrêté pour un cambriolage de banque, l'a dénoncé. JB nie et, invoquant la réputation de son père qui fut juge de la ville, refuse de les suivre s'ils n'ont pas de mandat. Les policiers lui accordent ce sursis et JB s'empresse de décider sa famille à le suivre dans sa fuite. Sa femme et surtout son fils aîné se font prier mais finissent par accepter.Pas pour longtemps toutefois et JB les conduit chez ses parents ne gardant avec lui que son fils cadet.

JB a en effet été alerté par son pote Guy Hickey que tout ne se passait pas comme prévu. Et, effectivement, quand JB arrive dans le lieu isolé de leur rendez-vous, il est enlevé sous les yeux de son fils par trois gangsters. Ceux- ci le contraignent à les emmener dans la grange où il a caché les quatre tableaux de Arthur Dove. Il est ensuite reconduit près de son fils qu'il accompagne auprès de sa mère qui ne veut plus entendre parler de lui.

Cette fois, JB entame sa cavale en prenant un bus longue distance pour rejoindre ses amis d'université, Fred et Maud. Fred lui conseille de rejoindre une communauté de marginaux au Canada mais JB s'estime au-dessus de cela et part retrouver d'autres amis à Cleveland... qui ont déménagé la veille. Il ne lui reste plus qu'à dépenser ses derniers dollars pour se payer une chambre chez une logeuse. Dans les placards, il trouve des vêtements abandonnés, un peu d'argent et un passeport qui lui permet en échangeant les photos d'échapper aux recherches.

Il reprend le bus pour Cincinnati et téléphone à sa femme pour réclamer de l'argent, en vain. Il traîne dans un café quand il aperçoit le sac rempli d'argent d’une vieille femme. Il la suit et lui dérobe son sac, se perdant ensuite dans la foule qui manifeste contre le Vietnam. Il est pris pour un manifestant et coffré dans un car de police.

The mastermind est un titre très ironique pour un film en deux parties où l'anti-héros s'efface progressivement : un casse classique de vol de tableaux et une cavale de quelques jours.

Effacement

Déconstruction du petit bourgeois américain de classe moyenne, non par la grande forme de P.T. Anderson mais par sa lente désagrégation. Contrairement au Bob Ferguson de Une bataille après l'autre, JB n'a jamais été interessé par la rébellion. Il n'est pas maladroit dans ce qu'il fait au présent mais ne réfléchit jamais, n'anticipe jamais. Il ne voit pas plus la suite à donner aux vols de tableaux que comment se placer par rapport à la guerre du Vietnam. Il ignore les manifestants contre la guerre et ne regarde pas même les actualités à la télévision. Il laisse aux autres (son fils, sa femme, sa mère, son père et ses amis) le soin de réparer ce qu'il détruit.

Sa fixette sur les tableaux d'Arthur Dove n'existe que parce que l'un d'eux décorait le bureau de son professeur dont Maude, perspicace, lui rapelle qu'il n'obtint jamais aucun diplôme. Perdu pour la société, JB aimerait disparaitre à l'image de David Locke dans Profession reporter (Michelangelo Antonioni, 1975) qui trouvait un autre passeport que le sien pour changer d'identité. A force de ne rien voir, JB sera embarqué de force dans l'histoire, par la police de Cincinnati. Bien fait semble en rire Kelly Reichardt.

Musée imaginaire

Le braquage qui a inspiré ce film s'est déroulé au Worcester Art Museum, dans le Massachusetts, en 1972. Il s'agissait du premier vol à main armée dans un musée. Comme dans le film, quatre œuvres d'art ont été dérobées : une étude de Mère et Enfant de Picasso, Un veil homme en prière dans le style de Rembrandt et deux dessins de Gauguin. Quelques semaines plus tard, ces œuvres ont été retrouvées dans un grenier à foin, dans le Rhode Island.

Dans le film, les plans extérieurs du fictif musée d'art de Framinghamsont sont ceux de la bibliothèque Cleo Rogers Memorial de Columbus, dans l'Indiana. Les intérieurs ont été entièrement recréés en studio pour le film. Dans les galeries apparaissent les quatre œuvres de Arthur Dove volées : Tree Forms (1932), Willow Tree (1937), Tanks & Snowbanks (1938) et Yellow, Blue-Green and Brown (1941).

Mais on trouve aussi des reproductions d’œuvres célèbres d’artistes : Henri Camille, Chevalier de Beringhen de Jean-Baptiste Oudry ; Ellen Peabody Endicott, Street in Venice, En route pour la pêche de John Singer Sargent, Child in a straw hat de Mary Cassatt ; Niagara et The heart of the Andes de Frederic Edwin Church ainsi que The Voyage of Life: Youth ; The Voyage of Life: Old Age; View on the Catskill — Early Autumn et The Oxbow de Thomas Cole.

Jean-Luc Lacuve, le 7 février 2026.

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