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La bataille de Gaulle : J’écris ton nom

2026

Avec : Simon Abkarian (Charles de Gaulle), Niels Schneider (Général Philippe Leclerc de Hauteclocque), Anamaria Vartolomei (Livia), Félix Kysyl (Jean Moulin), Thierry Lhermitte (Henri Giraud), Karim Leklou (Blazej), Loïc Corbery (René Pleven), Campbell Scott (Franklin D. Roosevelt), Grégoire Colin (D'Argenlieu), Tom Mison (Anthony Eden), Stephen Campbell Moore (Harold Macmillan), Pablo Cobo (Passy) Simon Russell Beale (Churchill), Daniel Betts (Dwight Eisenhower ),Pip Torrens (Bernard Montgomery), Sami Ameziane (Dronne), Stéphane Varupenne (Bidault), Noam Morgensztern (Monnet), Vincent Nemeth (Peyrouton). 2h37.

Janvier 1943. Un poste militaire italien dans le désert de Libye est soudainement attaqué par quelques avions. Leclerc vient de lancer l'offensive sur le Fezzan et conduit sa colonne, forte de 4 000 Africains et 600 Européen appuyés par le groupe aérien Bretagne.

A Londres, le général De Gaulle a bien du mal à se faire reconnaître comme le représentant de la France libre, depuis que président américain Roosevelt a nommé ce poste le général Giraud en Afrique française. De Gaulle avec quelques milliers d'hommes sous son commandement a peu de poids face au 40 000 sous ceux de Giraud. En avril 1943, après la bataille de Ksar Ghilane, où la Force L (L pour Leclerc) résiste victorieusement à une attaque allemande, De Gaulle se sent suffisamment de poids pour négocier avec Roosevelt à Alger d'autant que Leclerc, au défilé de la victoire à Tunis, a obtenu de Montgomery de défiler au sein des troupes anglo-américaines à la tête de ses troupes et non avec les Français de l'Armée d'Afrique sous les ordres de Giraud encore trop compromis avec Marcel Peyrouton, gouverneur général de l'Algérie qui avait mis fin à la citoyenneté française des juifs d'Algérie en 1940. A Alger cependant, même si De Gaulle refuse de signer le mémorandum américain préparé par Roosevelt et qui le placerait sous les ordres de Giraud, il accepte de discuter avec lui ce qui donne lieu à la photographie d'une poignée de main à l'effet dévastateur sur la résistance française

Moulin s'en émeut et part immédiatement voir De Gaulle à Londres. Alors qu'il joue aux cartes avec lui, il lui propose d'unifier la résistance dans le Conseil national de la résistance où participeront des parlementaires afin de lui assurer une légitimité démocratique. De Gaulle hésite à donner son accord : il devra alors faire entendre comme message personnel à la BBC "le valet de carreau est sur la table" ou renoncera à ce plan qui expose trop Jean Moulin en citant l'as de pique.

En attendant, De Gaulle  envoie Passy négocier sans fin avec Giraud. De Gaulle lance le message personnel d'unification de la résistance. Livia à moitié endormie en saisit des bribes qui suffisent à Jean Moulin. Les négociations sont difficiles et il faut un coup de théâtre, une fausse alerte de l'intervention imminente de la Gestapo pour convaincre les parlementaires d'adhérer.

De Gaulle se sent alors suffisamment fort pour retourner à Algérie négocier avec Giraud. Eisenhower ne peut toutefois que confirmer qu'il obéit en tous points militaires et politiques à Giraud. De Gaulle le remercie de ne faire qu'appliquer la volonté de son président et se saisit de ce prétexte pour faire adopter une motion qui marque une ingérence étrangère puisque la république française instaure une subordination du pouvoir militaire au pouvoir politique. Si Giraud veut rester chef militaire, il doit démissionner du comité. Pleven et Passy suivent évidemment De Gaulle mais aussi Jean Monet, pourtant envoyé depuis Washington pour soutenir Giraud mais qui ne peut qu'admirer la clairvoyance et l'aura de De Gaulle.

Mais grâce à Churchill De Gaulle apprend que Roosevelt a l'intention de remplacer le franc par une monnaie frappée aux États Unis de remplacer tous les préfets par des américains et d'amputer la France d'un tiers pour instituer un état tampon entre la France et L’Allemagne. De Gaulle part immédiatement dans le désert tunisien à la rencontre de Leclerc pour lui donner l'ordre de fonder une division blindée qui engagera la bataille de Paris. Il apprend aussi que le débarquement allié est imminent mais qu'il ne peut y participer. Il se rend toutefois à Alger pour rencontrer Roosevelt. Une simple poignée de main lui suffit pour que la presse titre que Roosevelt reconnaît De Gaulle. Il peut alors négocier avec Eisenhower pour qu'il permette à Leclerc de libérer Paris . Le général Leclerc, impatient de mettre à exécution l'ordre reçu de De Gaulle envoie immédiatement une colonne blindée sur Paris avant même d’en avoir reçu l’ordre par les Américains. L’insistance de Leclerc, les revendications de de Gaulle convainquent le général Eisenhower de changer ses plans. Ce dernier ordonne à la 2e DB de faire route vers Paris. Le 23 août, ces derniers sont proches, à environ 50 kilomètres de la capitale. Pourtant, les plans tactiques du général Eisenhower ne sont pas ceux espérés par les Parisiens : les soldats amorcent le contournement de la capitale pour rejoindre directement la Lorraine. Lorsqu’il l’apprend, de Gaulle s’insurge contre le général américain : « Je me vois obligé d’intervenir et de vous inviter à y envoyer mes troupes. » Pour le chef des Français libres, il faut faire vite avant que l’insurrection ne soit écrasée. Il s’agit aussi d’éviter l’installation d’un pouvoir communiste à Paris.

Le 25 août 1944, la division Leclerc entre dans Paris. La population étreint ces soldats mal rasés et souriants. Les Allemands retranchés cèdent . De Gaulle rejoint Leclerc sachant ce qu'il lui doit. Bidaud l'accompagne ensuite au balcon de l'hôtel de ville où De Gaulle est acclamé par la foule des Parisiens.

Déjà envahissante dans la première partie du diptyque, la musique est devenue ronflante, tout comme les discours de De Gaulle ou Leclerc. Pour le reste, les dialogues sont brillants, le jeu des acteurs impeccable et la reconstitution historique prenante et pleine d'informations parfois sidérantes et que l'on avait oubliées (la monnaie frappée aux USA). Dommage que le message politique soit aussi anodin et droitier.

Une deuxième partie survitaminée

Antonin Baudry voit des similitudes entre la figure de de Gaulle et celle de Don Quichotte, d'où la forme en diptyque de La Bataille de Gaulle, qui renvoie aux deux tomes de Cervantès, et le titre L'Âge de fer, référence directe à Don Quichotte : "Chez Cervantès, le premier tome raconte l'histoire de ce chevalier qui essaie de faire revivre l'âge d'or de la chevalerie alors qu'il vit dans l'âge de fer d'une époque pourrie. Le tome deux est totalement différent : Don Quichotte est devenu tellement connu qu'il y a de faux Quichotte partout (…) Notre premier film s'appelle L'Âge de fer et dans le deuxième film on découvre Henri Giraud, une sorte de simili de Gaulle, devenu le chouchou des puissances étrangères." (Gaël Golhen, François Grelet, De Gaulle : la grande réforme, Première, no 573,‎ mai 2026).

Pourtant la partie 2 ne rompt pas vraiment avec la première et seul Giraud apparaît en effet assez burlesque. L'alternance entre De Gaulle et Fernand dans la première partie laisse la place à celle entre De Gaulle et Livia mais sans retrouver l'équivalence dans l'évolution de leurs sentiments (solitude, premiers ralliements, action) pour ne déboucher que sur un montage alterné où Leclerc et la résistance concourent à faire émerger de Gaulle face à Giraud.

Grand moment épique, la bataille de Ksar Ghilane (10 mars 1943) est dramatiqument calquée sur celle de Bir Hakeim (avril 1942). Le film alterne dialogues théâtraux (De Gaulle avec Churchill, Roosevelt, Giraud et Moulin) et batailles épiques avec quelques idées de mise en scène. Le jeu sur les deux photos pièges avec De Gaulle : celle qui le dessert en Algérie en 1943 avec Giraud et celle avec Roosevelt en 1944 qui lui sert à pouvoir négocier avec Eisenhower. La rencontre (fictive) entre De Gaulle et Leclerc dans le désert, les deux véhicule allant à la rencontre l'un de l'autre dans le désert avant un sobre dialogue.

Un message contemporain anodin, voir dangereux

La thématique du film est que la force de De Gaulle est d'avoir su incarner des valeurs pour lesquelles se battre alors que Giraud ne voudrait que la continuité du régime de Vichy à peine expurgé de son virulent antisémitisme. Mais on est bien en peine de découvrir quelles valeurs concrètes sont à l'œuvre, à part cette rupture avec un régime honni. Le programme économique et social de la résistance n'est pas évoqué alors que le bureau du CNR négocie depuis l'été 1943 un texte adopté le 15 mars 1944. Nul allusion à la crainte de De Gaulle que, sous la direction du chef régional des FFI, Henri Tanguy (colonel Rol-Tanguy) les communistes ne s'accaparent le premier rôle dans la libération de Paris et y instaurent leur propre gouvernement.

Quant aux rôles des femmes, elles n'y sont présentes que par Livia, dans un rôle de secrétaire aux transmissions de Jean Moulin, protégeant les enfants lors de l'insurrection parisienne et prête à se sacrifier inutilement (où est passée sa lucidité de la première partie ?) pour défendre La monnaie de Paris.»

Le film se clot sur une image vue de haut de Paris aujourd’hui comme si nous étions les héritiers de De Gaulle en attente d'un nouvel homme ou femme providentiel. Les héritiers ce sont bien davantage les grandes fortunes qui sont bien vite délestées du message social De Gaulle dans une France où les inégalités n'ont jamais été aussi fortes. Le titre de ce volet est une allusion au poème de Paul Éluard, Liberté, paru clandestinement en 1942, un appel à la résistance et qui est ici récité off sur des images documentaires de l'insurrection parisienne de 1944. On aurait aimé que cet appel à la résistance soit aussi énoncé au présent.

Jean-Luc Lacuve, le 29 juillet 2026

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