Showgirls

1995

Avec : Elizabeth Berkley (Nomi Malone), Kyle MacLachlan (Zack Carey), Gina Gershon (Cristal Connors), Glenn Plummer (James Smith), Robert Davi (Al Torres). 2h11.

Se rendant à Las Vegas dans le but d'y devenir danseuse, l'ambitieuse Nomi Malone est prise en stop par un individu qui lui vole sa valise. Elle fait la connaissance de Molly Abrams, costumière au "Stardust", le cabaret le plus prisé de la ville où triomphe la revue "Goddess", qui l'héberge dans sa caravane.

Nomi ne tarde pas à être engagée comme strip-teaseuse au "Cheetah Club", une minable boîte dirigée par Al Torres. Cliente de l'endroit, Cristal Connors, la vedette de "Goddess", loue les services de Nomi pour qu'elle effectue une danse privée devant son amant, Zack Carey, directeur artistique du "Stardust".

Une étrange relation d'amitié et de haine naît entre les deux femmes et Cristal pousse Tony Moss, son producteur, à engager Nomi dans son spectacle. Tandis qu'elle est courtisée par James Smith, un chorégraphe noir qui rêve de monter un numéro avec elle, Nomi devient la doublure de Cristal et la maîtresse de Zack.

Un soir, elle pousse sa rivale dans l'escalier pour avoir sa place. Devenue la star de "Goddess", Nomi assiste à une réception au cours de laquelle Molly est violée et sauvagement battue par le chanteur Andrew Carver. Pendant ce temps, Zack, qui a fait des recherches sur le passé de Nomi, a découvert qu'elle s'appelle en réalité Polly Ann Costello et qu'elle traîne derrière elle un lourd passé de drogue et de prostitution. Mais Nomi a décidé de quitter ce monde de luxure et de futilité. Elle rompt avec Zack, venge Molly en administrant une sévère correction à Carver, se réconcilie avec Cristal et, en faisant du stop pour quitter la ville, retrouve celui qui lui avait volé sa valise.

Paul Verhoeven renvoie une image sans concession de la vacuité, de la vulgarité et de l'exploitation des femmes à l'œuvre dans les casinos de La Vegas. Venue de l'est, Nomi a du affronter le traumatisme de son père tuant sa mère avant de se suicider. Fuguant les familles d'accueil, elle s'est prostituée et a même participé à un hold-up pour survivre. Petite fille sans amour, elle fuit son milieu gangréné pour tenter sa chance à Las Vegas.

James Smith, le chorégraphe noir qui rêve de monter un numéro avec Nomi, fait l'expérience de l'impossibilité de tirer une œuvre artistique en mettant en scène, dans un second degré, la danse privée qu'il a vu exécutée par Nomi.

Verhoeven n'a pas cette prétention au second degré. Il ne fait pas une satire de Los Vegas. Il montre au premier dégré la fascienent puissance des couleurs et des musiques criardes. En grand cinéaste naturaliste, il montre la puissance d'un monde originaire, primitif, qui cherche à asservir le corps des femmes. C'est la danse primitive d'où sortent Cristal puis Nomi sur la scène du Stardust, puis, plus tard, les autres numéros musicaux, l'impossible danse blanche et aérienne qui se termine en catastrophe pour celle qui n'avait pas vu la méchanceté de sa rivale ou encore la danse sado-maso dans les flammes d'une usine primitive.

Las Vegas : la terrible force des mondes originaires

Nomi  et Molly avec leurs rêves de petites filles (lit d'enfant dans la caravane, peluche, émerveillement devant la robe Versace ou les éclairages tocs de la piscine ou rêve de rencontre avec une star) sont des proies faciles.  

Des jeunes femmes avec des emerveillements d'enfants

Molly, celle qui semblait la plus lucide, en fera la terrible expérience. Mais Nomi saura la venger et repartir.

Se protéger de la puissance prédatrice des hommes

Dans ce monde sans espoir qu'est Las Vegas, Nomi parvient à se gagner elle-même ; c'est tout ce qu'elle pouvait espérer et c'est déjà beaucoup. Et ce d'autant plus qu'un nouvel espoir s'offre à elle : Los Angeles. C'est un possible nouveau mirage mais Nomi l'affronte mieux armée.

Le plan final vers Los Angeles designe une fuite salvatrice possible en écho au premier plan sur Las Végas.

Jean-Luc Lacuve, le 29 mai 2016