né en 1963
9 films
   
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histoire du cinéma : Crise de l'image-action

Quentin Tarantino passe sa jeunesse dans une banlieue de Los Angeles. A 5 ans, il est fan de films d'horreur et de burlesque. Il dira ensuite avoir eut la révélation du "film parfait", Deux nigauds contre Frankenstein, avec Abbott et Costello qui tirait d'un même mouvement les ficelles de l'épouvante et de la comédie. "J'avais une affection particulière pour tous ces films que je découvrais à la télé et je voulais en savoir toujours plus. Je prenais ça très à coeur. Mon beau-père se lançait dans de longues tirades sur les acteurs, les cinéastes, et j'avais le sentiment qu'en apprenant toujours plus sur les films, en devenant expert en la matière, on atteignait l'âge adulte. Et d'ailleurs, c'est ainsi que j'y suis parvenu. "

Pendant des années, Tarantino sèche l'école, assume son rang de cancre pour passer des heures devant le petit écran et dans les vieilles salles de quartier de Los Angeles où l'on projetait à la chaîne les films de kung-fu ou d'épouvante, les films d'action de la "blaxploitation" ou les westerns spaghettis.

Sa passion pour le cinéma le mène à travailler dans un vidéoclub. C'est à cette période qu'il décide de rédiger ses premiers scénarii, et qu'il fait la connaissance de Roger Avary, avec lequel il écrira plus tard Pulp Fiction.

Quentin Tarantino vend les scripts de True romance (Tony Scott,1993) et Tueurs nés (Oliver Stone, 1994) et se remet rapidement de la frustration de n'avoir pu les réaliser lui-même en finançant, avec l'argent récolté, son premier film, Reservoir Dogs. Il en écrit le scénario et le présente à Harvey Keitel qui s'enthousiasme au point d'y jouer gratuitement en assurant le rôle de coproducteur. Le film, rapidement culte, impose son auteur comme la nouvelle star du cinéma indépendant américain.

C'est en 1994 que l'Américain réalise Pulp Fiction, qui devient très vite un film culte pour des millions de cinéphiles. Le cinéaste relance la carrière de John Travolta en lui offrant l'un des rôles phares du long-métrage, qui obtient la Palme d'or du Festival de Cannes et l'Oscar du meilleur scénario. "Je suis devenu un adjectif plus vite que je ne l'aurais pensé " dit alors celui qui bouleverse le paysage du cinéma indépendant américain. 100 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis pour un budget de 8 millions, un record qui lance ses producteurs, Miramax, dans la cour des grands. Il devient le prince des cinéastes indépendants ("C'est moi qui ai bâti Miramax, je suis leur Mickey Mouse "). Il se décrit comme l'électron libre de Hollywood. Un provocateur, doublé d'un génie du marketing et d'un sage entrepreneur qui maîtrise le coût de ses films, "à la manière de Clint Eastwood", pour qu'on lui laisse une marge de manoeuvre totale.

Quentin Tarantino s'installe alors sur les collines de Hollywood où il se fait construire une salle de cinéma de cinquante places et collectionne des montagnes de CD et de DVD, des écrans vidéo, des pièces pour entasser les bobines de films rares, les photos, les affiches, les costumes, les gadgets, les maquettes, les peluches, les monstres en plastique d'un musée très perso du cinéma bis.. Le cinéaste visionne trois ou quatre longs métrages par soirée. "J'avais besoin de me replonger dans ma propre histoire du cinéma, dit-il, de redevenir un amoureux des films." Il organise des projections chez lui. Deux films au menu comme dans les cinémas de quartier, programme, pop-corn et affiche. La salle est à la hauteur du fétichisme : ambiance d'époque, cordons de velours et lampes de cuivre. En général, Tarantino fait un speech à ses invités pour expliquer ses choix, les éclairer sur ses insolites fixations du moment. Tarantino est aussi à Austin, au fin fond du Texas. Il débarque avec ses bobines sous le bras et organise avec l'aide de Richard Linklater, cinéaste ami, son propre festival, le QT Film Festival, un raout informel avec au programme. Films d'horreur "psychédéliques", films de samouraïs, de vengeance ou de prison.

Le virus de la série Z n'est pas incompatible avec le cinéma psychologique à la française pour ce fan de Rohmer qui a baptisé sa société de production Band Apart en hommage au film de Godard. Il tient à préciser que sa culture ne s'arrête pas aux frontières du film de genre, "et d'ailleurs, tous les films sont des films de genre, toutes les histoires ont été contées, on les retrouve déclinées dans tous les styles ".

En 1997, il tourne Jackie Brown , adapté du roman Rum Punch d'Elmore Leonard. Le film annonce le retour à l'écran d'une autre star des années 1970, Pam Grier, qui donne la réplique à Robert De Niro, et Samuel L. Jackson.

Quentin Tarantino revient derrière la caméra en 2002 après cinq ans d'absence pour Kill Bill, une histoire de vengeance sur laquelle il dirige une nouvelle fois son actrice fétiche Uma Thurman. Initialement produit comme un seul et unique film, l'oeuvre sera finalement séparée en deux volets, Kill Bill : volume 1 et Kill Bill : volume 2, qui sortent en salles à six mois d'intervalle.

Après avoir tourné en 2005 une séquence du Sin City de son ami Robert Rodriguez, Tarantino décide de collaborer avec le Texan sur un projet d'envergure. En 2007 voit ainsi le jour Grindhouse, vibrant hommage aux films de genre dont il signe l'un des deux segments, l'autre étant réalisé par Rodriguez. Sorti en un seul programme aux Etats-Unis, avec de fausses bandes annonces entre les deux films (comme un véritable film "Grindhouse" de l'époque), le concept Grindhouse est divisé en deux pour son exploitation française : Le boulevard de la mort (un film Grind House de Tarantino) sort en premier, suivi par Planète terreur (un film Grindhouse de Rodriguez).

Tarantino semble s'être appliqué à lui-même la phrase que Holdaway, le cool mais obstiné chef d'Orange dans Reservoir dogs dit à son agent : "Donc tu dois t'approprier tous les détails. Et rappelle-toi que tu es au centre de l'histoire et comment tu as perçu les événements. Et la seule manière est de répéter, répéter, répéter."

Pour la très longue scène de combat qui clôt Kill Bill 1 (huit semaines de tournage), il pose les enjeux simplement : "Etais-je capable de produire la meilleure scène d'action jamais filmée ? Quelque chose de grandiose, d'inoubliable, l'équivalent de l'attaque des hélicoptères dans Apocalypse now." Tout ça sans effets spéciaux numériques ou presque. Tarantino est fidèle à une conception puriste du cinéma qui le conduit à volontairement oublier d'effacer au montage quelques câbles qui servaient aux acrobaties de Kill Bill. "C'est très romantique, dit Uma Thurman. Il ne croit qu'à ce que la caméra peut enregistrer, il ne veut pas y retoucher ensuite, pour lui, c'est à l'intérieur de la caméra que le film vit, qu'il trouve sa dynamique, c'est magique, un peu comme le vinyle pour certains musiciens. "

L'ironie, l'excès volontaire, les dialogues drôles et inspirés, la précision de la mise en scène et le soin apporté au commentaire musical, la maîtrise du collage et de la citation, Tarantino est un réalisateur moderne qui passe à la turbine de son imagination un siècle de grammaire cinématographique. Lorsqu'il présente Inglourious basterds au festival de Cannes en 2009 peut-être se souvient-il de la remarque de l'historien anglais David Thompson. "Son cinéma n'est épique qu'en terme de style. Il a battu en retraite devant le grand sujet qu'il lui faudra aborder un jour ou l'autre s'il veut compter parmi les grandes voix du cinéma américain."... Tarantino y répondra à sa manière.


Bibliographie :

Filmographie :

1992 Reservoir Dogs

Avec : Harvey Keitel (M. White), Tim Roth (M. Orange), Michael Madsen (M. Blonde), Steve Buscemi (M. Pink). 1h39.

Dans un bar, huit hommes décontractés préparent le hold-up d'une bijouterie. Plus tard, quand l'un d'eux, White, conduit Orange, un comparse gravement blessé qu'il tente de soulager, dans l'entrepôt où devait être partagé le butin, on comprend que ça s'est très mal passé. Ils sont rejoints par Pink, autre rescapé. Des questions surgissent : qui a prévenu les flics, déclenché l'alarme ? Pourquoi Blonde tirait-il partout ? Qui a trahi ?

   
1994 Pulp fiction

Avec : John Travolta (Vincent Vega), Samuel L. Jackson (Jules Winnfield), Uma Thurman (Mia Wallace). 2h29.

Pumpkin et Honey Bunny, deux paumés ivres d’amour et de violence, s’apprêtent à dévaliser les clients d’un restaurant… Quelque temps auparavant, Vincent Vega et Jules Winfield, hommes de main de Marsellus Wallace, récupèrent, dans un bain de sang, une mallette au contenu mystérieux.

   
1997 Jackie Brown

Avec : Pam Grier (Jackie Brown), Samuel L. Jackson (Ordell Robbie), Robert Forster (Max Cherry), Bridget Fonda (Melanie Ralston). 2h31.

Ordell Robbie est un trafiquant d'armes de Los Angele. Afin de rapatrier les sommes qui lui sont versées au Mexique, il utilise les services de Jackie Brown, une hôtesse de l'air jadis condamnée pour avoir transporté de la drogue et aujourd'hui employée par la plus minable compagnie d'aviation du pays.

   
2003 Kill Bill : volume 1

Avec : Uma Thurman (la Mariée), Lucy Liu (O-Ren Ishii), Vivica A. Fox (Vipère Cuivrée), Michael Madsen (Budd). 1h52.

On l’appelle la Mariée. Au cours de la cérémonie de son mariage, un commando a fait irruption dans la chapelle et a tué tout le monde. Laissée pour morte, la Mariée perd l’enfant qu’elle portait et passe quatre années dans le coma. Quand elle s’en réveille, elle n’a qu’une idée en tête : se venger.

   
2003 Kill Bill : volume 2

Avec : Uma Thurman (la Mariée), David Carradine (Bill), Michael Madsen (Budd), Daryl Hannah (Elle Driver). 2h15.

Après s'être débarrassée de ses anciennes collègues Vipère Cuivrée et O-Ren Ishii, la Mariée poursuit sa quête vengeresse. Il lui reste à régler le sort de Budd puis de Elle Driver avant d'atteindre le but ultime : tuer Bill.

   
2007 Boulevard de la mort

(Grindhouse: Death Proof). Avec : Kurt Russell (Stuntman Mike), Sydney Poitier (Jungle Julia), Vanessa Ferlito (Arlene). 1h50.

C'est à la tombée du jour que Jungle Julia, la DJ la plus sexy d'Austin, peut enfin se détendre avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. Mais l'attention dont ces trois jeunes femmes sont l'objet n'est pas forcément innocente. C'est ainsi que Mike, cascadeur au visage balafré et inquiétant, est sur leurs traces, tapi dans sa voiture indestructible...

   
2009 Inglourious basterds

Avec : Christoph Waltz (Hans Landa), Brad Pitt (Aldo Raine), Mélanie Laurent (Shosanna Dreyfus), Diane Kruger (Bridget). 2h28.

Durant les premières années de l'occupation allemande en France, le Colonel nazi Hans Landa rend visite au fermier Perrier LaPadite qu'il contraint, à force de déductions, à lui indiquer qu'il cache des juifs sous son plancher. Hans Landa fait exécuter toute la famille juive mais laisse s'échapper Shosanna Dreyfus..

   
2012 Django unchained

Avec : Jamie Foxx (Django), Christoph Waltz (King Schultz), Leonardo DiCaprio (Calvin Candie), Kerry Washington (Broomhilda). 2h45.

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs. Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves…

   
2015 Les huit salopards

(The Hateful Eight). Avec : Samuel L. Jackson (Marquis Warren), Kurt Russell (John Ruth), Jennifer Jason Leigh (Daisy Domergue). 2h48.

Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes...