Le chant des oiseaux
2008

Les Rois Mages sont en route à la recherche du Sauveur. Ils traversent, un peu au hasard, des déserts de glace, puis de sable. Ils vivent au gré des saisons, en harmonie avec la nature, se nourrissant simplement et dormant à la belle étoile.

Un ange les avertit que le fils de Dieu triomphera toujours car ses ennemis seront confrontés à leur destin fini alors que le sauveur est immortel. L'étoile les guide vers l'enfant Jésus.

Joseph et Marie veillent sur la sieste de Jésus. Marie s'amuse avec un chevreau qui finit par lui faire pipi dessus. Joseph s'en va chercher de l'eau. Les rois mages arrivent et se prosternent devant Marie et le chevreau.

Les rois mages pataugent dans une mare boueuse mais il est temps de repartir chez eux. Au retour, sous la pluie, ils traversent une forêt.

L'adoration des mages est un évènement considérable dans l'histoire chrétienne : non seulement la puissance et la richesse du monde s'agenouillent devant la pauvre humilité du sauveur mais, en rassemblant devant Marie et Jésus, moins d'un mois après sa naissance, des mages (rois, astrologues ou magiciens) venus des quatre coins du monde, l'épiphanie signe la reconnaissance universelle de l'Incarnation, de la divinité humaine du Christ. Dans la peinture, le thème est ainsi souvent traité avec une grande somptuosité.

Le fils du désert de John Ford ou Cuba si de Chris Marker avaient évoqué de façon métaphorique ce thème. Albert Serra choisit lui de prendre le contre-pied complet de la dimension solennelle. Il atteint pourtant par son dépouillement une incontestable dimension épique. Par le choix de ces acteurs, il réalise aussi une ode réjouissante à l'incarnation.

Le film par ses parti pris esthétiques affirmés relève aussi de l'installation vidéo. Ainsi du plan où les petites silhouettes des rois mages sont d'abord prises dans le brouillard qui se dissipe lentement pour faire apparaître une mer de glace ou de la contemplation dans une grotte d'un mur de pierres noires sans doutes précieuses (lapis-lazuli ?).

L'apparition de l'ange, dans une contre plongé lui assurant une solide assise terrestre aussi bien qu'une dimension spirituelle manifeste dans la part de ciel occupée par l'écran, vient apporter une première dimension lyrique au film. Elle se prolonge dans l'apparition de l'étoile et dans la fameuse scène de prosternation devant Marie, la seule emplie d'un commentaire musical.

A l'image des orientaux, les mages se prosternent devant l'Enfant. Dans la peinture, cette prosternation orientale sera vite remplacée par une génuflexion du premier roi, le plus âgé, qui baise le pied de Jésus, vrai enfant roi porté par sa mère.

On s'amusera ainsi de la contrepartie fort terrestre donnée à cet événement de la prosternation. L'enfant Jésus n'est jamais montré et l'agneau christique qui le symbolise est toujours tendrement gardé par Marie même s'il lui a fait pipi dessus.

De même les mages que l'on avait déjà vus ratiocinant sur le chemin à prendre se baignent-ils fort peu majestueusement dans une mare pleine de boue avant de reprendre une autre route que celle empruntée à l'allé (des forêts et de la pluie et non plus des sols arides et secs) pour échapper aux espions d'Hérode.

 

Jean-Luc Lacuve le 02/02/2009

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(El Cant dels ocells). Avec : Lluís Carbó, Lluís Serrat Batlle, Lluís Serrat (Les rois mages), Victòria Aragonés (L'ange), Montse Triola (Marie), Mark Peranson (Joseph). 1h38.

Genre : Drame épique