Le vénérable W.

2017

Avec : Ashin Wirathu (Le vénérable W.), Bulle Ogier (La petite voix bouddhiste), Barbet Schroeder (Le narrateur). 1h36.

Mandalay, la ville la plus bouddhiste du monde. Elle compte plus de 300 000 moines pour 1 million d’habitants. Ces moines sont répartis dans des centaines de monastères à travers la ville. Ils suivent tous la tradition du Theravada, qui est la plus proche du bouddhisme originel.

Novembre 2012, Wirathu donne des sermons dans tout le pays au rythme de 15 par mois contenant tous des tirades antimusulmanes. Libéré en janvier 2012, Ashin Wirathu lors d’une amnistie générale, il a lancé le programme « Gana Wasaka Sangha », catéchisme du mouvement 969 qui doit être répandu dans tout le pays, ainsi qu’une campagne de boycott de grande ampleur des magasins musulmans.

En 1991, à 23 ans, Ashin Wirathu était devenu moine au monastère de Ma Soe Yein à Mandalay. Fin 91-92 Lancement de l’opération gouvernementale « Clean and beautiful nation » contre les populations Rohingyas qui fuient le travail forcé, les persécutions et les exécutions sommaires. Plus de 250 000 personnes fuient au Bangladesh, où ils sont parqués dans des camps au sud-est du pays. Après l’élan initial de solidarité bangladais, le gouvernement demande l’aide du HCR pour organiser le rapatriement en Birmanie des réfugiés : 15 000 réfugiés sont forcés de retourner en Birmanie, sans aucune protection.

1999 : À partir de la numérologie, U Kyaw Lwin crée le concept « 969 », qui doit incarner la culture et l’identité bouddhiste. En 2001 : Ashin Wirathu reprend l’idée de 969 et en fait un mouvement dont il prend la tête. Il commence à donner ses sermons islamophobes. En octobre 2003, à Kyaukse, des émeutes antimusulmanes font une dizaine de morts et s’étendent à d’autres villes du pays. La junte militaire impose un couvre-feu aux moines bouddhistes de Kyaukse. 11 morts, 2 mosquées détruites, 2 magasins et 26 maisons incendiées. Ashin Wirathu est condamné à 25 ans de prison pour incitation à la haine et au conflit religieux.

Suite au viol et meurtre d’une jeune birmane bouddhiste par trois musulmans le 25 mai 2012, trois jours plus tard, 10 pèlerins musulmans sont tués en Arakan par des bouddhistes dans le bus qui les ramenait à Rangoon. Le 5 juin, des manifestation, devant la mosquée de Rangoon, des musulmans brandissant les photos des 10 pèlerins assassinés. Mais le 8 juin, des émeutes à la sortie de la mosquée de Maungdaw provoquent l'incendie de plusieurs villages faisant 7 morts et environ 500 maisons détruites. La police n'intervient pas. L’état d’urgence est proclamé mais des émeutes bouddhistes à Sittwe qui font 21 morts. Au total depuis le début des violences 80 personnes sont mortes , 100 000 déplacées et 4200 maisons brûlées. En septembre, Ashin Wirathu et ses partisans manifestent à Mandalay pour soutenir le discours du président Thein Sein qui considère les Rohingyas comme des illégaux bangladais qui ne relèvent pas de la responsabilité birmane. Dès octobre, une 2e vague de violences en Arakan affectant la majorité de la région de l’état de Rakhine et dont les principales victimes sont les musulmans Rohingya.

En mars 2013 À Meitkila, ville centrale contenant 30% de musulmans mais dépourvue de Rohingyas, les violences durent pendant 3 jours et font 40 morts. Les violences s’étendent aux villes centrales le long de la route de Meiktila à Rangoon d’Othekone,Tatkone et Yamenthin. 9 000 personnes doivent fuir. En avril À Okkan près de 400 personnes mettent le feu aux mosquées, maisons et magasins musulmans. Le bilan est de deux morts et plus d’une centaine de déplacés. En septembre, Le mouvement 969 est interdit. À Mandalay, une nouvelle organisation bouddhiste, Ma Ba Tha, est aussitôt créé sous la forme d’un Comité pour la protection de la race et de la religion. Des affrontements ont lieu dans les villages de Thabyachaing et Linthi. Le bilan est de neuf morts et plus de 500 déplacés.

En février 2015, Les lois antimusulmans préparées par Ma Ba Tha commencent à être discutées au sein du gouvernement et au parlement. Les quatre lois ont pour but d’interdire la polygamie, de limiter les conversions et les mariages inter-religieux et de contrôler les naissances. En octobre pour célébrer le vote des quatre lois discriminatoires, Ma Ba Tha organise un meeting dans un stade de sport à Rangoon, réunissant 30 000 personnes.

Juillet 2016 : Le Comité des grands Maîtres du Shangha désavoue Ma Ba Tha. Le ministre des Affaires religieuses met en garde Ma Ba Tha pour ses discours de haine pouvant mener à des confflits religieux. En septembre, le gouvernement régional de l’État d’Arakan annonce un projet de destruction de 3000 constructions prétendues illégales dans des communes à majorité musulmanes. En octobre des postes de police à la frontière du Bangladesh sont attaqués par des assaillants du mouvement “Harakat al-Yaqeen”, la résistance armée des Rohingyas. Dès lors, le gouvernement lance une opération de répression dans le nord de l’État d’Arakan, dont l’accès est depuis totalement fermé à l’aide humanitaire et aux médias. L’opération de répression se poursuit. L’ONU, Le New York Times et Reuters parlent de plus de 60 000 réfugiés, de plusieurs centaines de morts, d’exécutions sommaires, de viols systématiques et de nombreux villages brulés.

Le vénérable W. est le dernier volet d’une “Trilogie du mal”, commencée avec Général Idi Amin Dada sur le dictateur ougandais (1974), puis L’avocat de la terreur (2007) sur Jacques Vergès. Le même point de départ est à l’origine de ces projets : il s’agit de rencontrer en les faisant parler sans les juger des personnages au travers desquels le mal peut s’incarner sous différents visages et en laissant l’horreur ou la vérité s’installer d’elles-mêmes petit à petit.

Avec Le Vénérable W. la donne est un peu différente puisqu’il était question du possible premier génocide du XXIème siècle. Il était impossible de laisser le spectateur découvrir seul les outrances cachées ou calculées de Wirathu. Il a donc fallu évoquer aussi le point de vue des victimes Rohingya à l’aide des archives modernes et faire intervenir une autre parole bouddhiste, à travers deux moines (U. Zanitar et U. Kaylar Sa) de la même génération que Wirathu, mais qui lui sont idéologiquement opposés.

Lorsque Barbet Schroeder rencontre Wirathu celui-ci veut savoir pourquoi il voulait faire ce film. le réalisteur lui répond que Marine Le Pen partageait beaucoup de ses idées, et que si elle arrivait au pouvoir elle ferait sans doute appliquer des lois semblables à celles qu’il venait d’arriver à faire voter dans son pays. En fait la réponse donnée à Wirathu était assez proche de la vérité car c’était en effet des problèmes occidentaux dont voulait aussi parler Barbet Schroeder en approchant un personnage dont le bouddhisme était en fait avant tout nationaliste et populiste.

La petite caméra Sony AS7 4k (deux fois la résolution d’un film de cinéma) permet de tout tourner, toujours en lumière naturelle même si c’est le clair de lune ! L’image de la braise rougeoyante deviendra l’une des images clefs du film et montre comment les paroles de haine après une période d’incubation peuvent, à la moindre étincelle, déboucher sur des émeutes où sont incendiés des quartiers musulmans tout entiers et leurs mosquées transformées en ruines. Cette partie du film a été réalisée grâce à des images prises au cours des émeutes et où l’on peut constater que l’armée ou la police sont souvent là, mais n’interviennent pas. Il est difficile de ne pas faire des analogies avec le phénomène des “pogroms” de Russie, de Pologne, d’Allemagne et d’ailleurs. Cette non intervention est l’une des constantes de tous les pogroms et il faut bien en conclure que le pouvoir malgré ses dénégations doit bien finir par y trouver un avantage.

Source : dossier de presse

 

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