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Le vénarable W de Feng Xiaogang

 

Editeur : Blaq out. Novembre 2017. Durée du film : 1h36. Prix de vente public conseillé : 18.90 €.

Suppléments :

En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l'islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent.

Le vénérable W. est le dernier volet d’une “Trilogie du mal”, commencée avec Général Idi Amin Dada sur le dictateur ougandais (1974), puis L’avocat de la terreur (2007) sur Jacques Vergès. Le même point de départ est à l’origine de ces projets : il s’agit de rencontrer en les faisant parler sans les juger des personnages au travers desquels le mal peut s’incarner sous différents visages et en laissant l’horreur ou la vérité s’installer d’elles-mêmes petit à petit.

Avec Le Vénérable W. la donne est un peu différente puisqu’il était question du possible premier génocide du XXIème siècle. Il était impossible de laisser le spectateur découvrir seul les outrances cachées ou calculées de Wirathu. Il a donc fallu évoquer aussi le point de vue des victimes Rohingya à l’aide des archives modernes et faire intervenir une autre parole bouddhiste, à travers deux moines (U. Zanitar et U. Kaylar Sa) de la même génération que Wirathu, mais qui lui sont idéologiquement opposés.

Lorsque Barbet Schroeder rencontre Wirathu celui-ci veut savoir pourquoi il voulait faire ce film. le réalisteur lui répond que Marine Le Pen partageait beaucoup de ses idées, et que si elle arrivait au pouvoir elle ferait sans doute appliquer des lois semblables à celles qu’il venait d’arriver à faire voter dans son pays. En fait la réponse donnée à Wirathu était assez proche de la vérité car c’était en effet des problèmes occidentaux dont voulait aussi parler Barbet Schroeder en approchant un personnage dont le bouddhisme était en fait avant tout nationaliste et populiste.

La petite caméra Sony AS7 4k (deux fois la résolution d’un film de cinéma) permet de tout tourner, toujours en lumière naturelle même si c’est le clair de lune ! L’image de la braise rougeoyante deviendra l’une des images clefs du film et montre comment les paroles de haine après une période d’incubation peuvent, à la moindre étincelle, déboucher sur des émeutes où sont incendiés des quartiers musulmans tout entiers et leurs mosquées transformées en ruines. Cette partie du film a été réalisée grâce à des images prises au cours des émeutes et où l’on peut constater que l’armée ou la police sont souvent là, mais n’interviennent pas. Il est difficile de ne pas faire des analogies avec le phénomène des “pogroms” de Russie, de Pologne, d’Allemagne et d’ailleurs. Cette non intervention est l’une des constantes de tous les pogroms et il faut bien en conclure que le pouvoir malgré ses dénégations doit bien finir par y trouver un avantage.