Le sens de la fête

Olivier Nakache et Eric Toledano
2017

Avec : Jean-Pierre Bacri (Max), Gilles Lellouche (James), Eye Haidara (Adèle), Jean-Paul Rouve (Guy), Vincent Macaigne (Julien), Alban Ivanov (Samy), Benjamin Lavernhe (Pierre), Suzanne Clément (Josiane), Judith Chemla (Héléna), William Lebghil (Seb), Kévin Azaïs (Patrice), Antoine Chappey (Henri), Manmathan Basky (Roshan), Khereddine Ennasri (Nabil), Gabriel Naccache (Bastien). 1h56.

10h47. Max est traiteur depuis trente ans. Ce matin, il reçoit un jeune couple qui voudrait sans cesse baisser le devis de leur mariage organisé en plein Paris. Devant leurs propositions, compréhensibles mais bien mesquines, Max finit  par s'emporter avec la calme ironie qui est la sienne. S'il dit les choses avec mordant, au moins n'insulte-t-il jamais ses interlocuteurs.

12h15. Max passe prendre son beau-frère, Julien, dans la voiturette qu'il a dû louer s'étant fait retirer son permis. Julien, qui a démissionné de l'éducation nationale, est un doux rêveur, mal habillé d'une sorte de pyjama. Il corrige souvent ses interlocuteurs sur leurs fautes de français, les pléonasmes surtout. Ils arrivent enfin au  château du 17e siècle où aura lieu, ce soir, la fête de mariage de Pierre et Helena. Mais les ennuis commencent pour Max. Son adjointe, Adèle, couvre d'injures, James, le musicien. Il joue la diva avec ses acolytes et a réquisitionné le monte-charge sans se préoccuper des autres. Max les calme difficilement et reproche à Adèle son vocabulaire et ses colères permanentes qui ne concourent pas au nécessaire esprit d'équipe de son entreprise.

Comme d'habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs que conduit Henri le maitre d'hôtel pusillanime, des cuisiniers et plongeurs. Comme d'habitude aussi, il a envoyé un sms fautif à Adèle lui demandant de libérer (et non comme il le voulait de retenir) un serveur. Adèle a heureusement embauché extra Samy... En fait, un de ses petits copains sans aucune expérience.

Comme d'habitude enfin, Max a du s'adapter. Il a engagé son ami Guy comme photographe alors qu'il le sait peu impliqué dans son métier. Il a, faute de mieux, réservé l'orchestre de  James, car le DJ commandé par son client est tombé malade. Et, pire que tout, Josiane, sa maitresse, tente de le rendre jaloux avec Patrice, le jeune policier qui est aussi serveur à ses heures...

Il est évidemment futile de critiquer l'un des plus gros succès commerciaux de l'année. A quoi bon puisque le public sort heureux de ce film ayant passé un bon moment à rire ? On peut néanmoins s'interroger sur ce qui le fait rire aujourd'hui. La réponse est pourtant  facile :  Jean-Pierre Bacri.

Je hais le mouvement qui déplace les lignes

On remarquera d'abord que le film ne fait bouger aucune des lignes tracées au départ. Max voudrait être aimé de Josiane. Il le sera car sa femme prendra du recul (belle invention pour prendre un amant) sans qu'il ait à prendre la décision de rompre. Héléna et Pierre doivent se marier et ils se marieront alors qu'Héléna aura l'occasion de vérifier en quoi son futur mari est égocentrique, prétentieux, facilement méprisant. Mais, un peu bébête, elle a sans doute trouvé le coq aux œufs d'or qui lui assurera une vie plus tranquille que Julien, l'eternel looser (arrivé en voiturette, il repartira à pied).

Le sens de la sublimation du dépassement de soi, de la rencontre de l'autre s'évanouit au profit d'être content de ce que l'on est..., et de s'arranger avec.

Comme dans Intouchables, on se moque (gentiment) de la culture instituée, celle des professeurs à l'affut des fautes, et de la variété bien française pour faire l'apologie de ce qui peut apparaitre au petit bourgeois comme plus sauvage : la musique tamoule. Adèle vient des banlieues et ne peut donc s'empêcher de s'exprimer avec des gros mots. Bon vieux cliché aussi qui veut que les contraires s'attirent pour légitimer le coup de foudre entre Adèle et James.

Rire avec Jean-Pierre Bacri

Max dit la vérité : sans perruque c'est la porte, sans tenue également. Il a le sens des distances et des proportions.  Juge de paix entre les égos, il n'est jamais meilleur que lorsqu'il  se moque des petits travers : la mesquinerie sur les devis, l'envie de se goinfrer de petits fours.

Les autres personnages lui servent de faire valoir et sont dessinés à grands traits, James, le play-boy ; Guy, le raté ; Julien, le looser chassant les pléonasmes ; Josiane, la jolie maitresse ; Henri, le maitre d'hôtel pusillanime; Pierre, le déplaisant m'as-tu-vu. Max passe ainsi son temps à nous faire rire en contrant, tant bien que mal, ces égos disproportionnés.

Les autres ressorts du rire sont le comique de répétition (le stagiaire qui enfonce encore davantage le clou sur la prétention du photographe ou les fausses blagues d'Adèle), le comique lié au métier (Sortir les friands pour plâtrer l'estomac et désopilante ouverture de porte sur la soirée déguisée en cow-boys).

Moins réussi est ce qui est lié à la modernité : sms corrigés par le correcteur (lécher Valery) ou la géolocalisation qui permet à Guy de draguer la mère de Pierre.

Léger comme un friand bien salé et pétillant comme de l'eau plate, Le sens de la fête est une antiphrase pour pointer l'accumulation des galères. D'ailleurs le titre international pour l'exportation est, en français dans le texte, "C'est la vie !"

Jean-Luc Lacuve, le 23 décembre 2017

.