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En 1935, au Royaume-Uni, Thomas Edward Lawrence meurt sur sa motocyclette à la suite d'un accident de la route. À la sortie de ses funérailles, à la cathédrale Saint-Paul de Londres, un journaliste interroge plusieurs personnes pour en savoir plus sur sa vie. Il apparaît rapidement que peu de personnes semblaient réellement le connaître, et que plusieurs ne l'appréciaient pas.
En 1916, durant la Première Guerre mondiale, Lawrence est un lieutenant atypique de l'armée britannique, remarqué pour son audace et sa culture. M. Dryden, du Bureau arabe, l'envoie rencontrer le colonel Harry Brighton, conseiller du prince Fayçal dans sa révolte contre les Turcs. Lawrence est indigné lorsque son guide est tué par le chérif Ali ibn el Kharish pour avoir bu à son puits. Il traite Ali de barbare et est consterné d'apprendre que ce dernier est le conseiller de Fayçal.
Les relations entre Britanniques et Arabes sont tendues. Si les Britanniques acceptent de fournir des armes aux Arabes, ils refusent de leur livrer de l'artillerie, ce qui conférerait à Fayçal une puissance militaire indépendante. Fayçal est impressionné par la connaissance du Coran dont fait preuve Lawrence ainsi que par sa franchise concernant les intérêts britanniques en Arabie.
Lawrence passe outre les ordres de Brighton en convainquant Fayçal de lancer une attaque surprise sur le port d'Aqaba sur la mer Rouge afin d'améliorer ses lignes de ravitaillement. Ali s'y oppose, car Aqaba est protégée des attaques terrestres par le désert du Néfoud et par un allié local des Turcs : Auda Abu Tayi, chef de la tribu des Howeitat. Fayçal ne confie que cinquante hommes à Lawrence. Ce dernier prend à son service deux adolescents orphelins, Daud et Farraj.
En route vers Aqaba, Lawrence gagne le respect des hommes de Fayçal en retournant dans le désert pour sauver Gasim. Reconnaissants, les Arabes lui offrent des vêtements traditionnels. Lawrence convainc Auda de changer de camp en lui promettant un trésor d'or turc caché à Aqaba. En chemin, il est profondément affecté lorsqu'il doit exécuter Gasim pour éviter un conflit entre les hommes de Fayçal et ceux d'Auda.
Le 6 juillet 1917, Lawrence et Auda s'emparent d'Aqaba, mais il n'y a pas d'or. Pour apaiser Auda, Lawrence accepte de demander des fonds supplémentaires à ses supérieurs au Caire. En chemin, Daud périt noyé dans des sables mouvants.
Au Caire, Lawrence déconcerte les officiers britanniques par sa tenue arabe et en exigeant que Farraj soit traité avec le même respect qu'un officier britannique. Le général Edmund Allenby le promeut au grade de commandant et décide de soutenir les Arabes en leur fournissant armes et argent. Lawrence demande à Allenby si les Arabes ont raison de penser que les Britanniques cherchent à dominer l'Arabie et réclame de l'artillerie pour l'armée de Fayçal. Allenby lui ment sur ces deux points.
Lawrence lance une guérilla contre les Turcs. Les médias américains idéalisent ses exploits et le rendent célèbre ; le journaliste Jackson Bentley cherche en effet à mettre en avant les aspects les plus "aventureux" du conflit pour inciter les États-Unis à entrer en guerre. Ali exhorte Lawrence à ralentir la cadence, mais ce dernier n'en tient pas compte. Farraj est blessé lors d'un raid ; Lawrence l'abat pour lui éviter de tomber aux mains des Turcs, connus pour torturer leurs prisonniers.
Lawrence est capturé par les Turcs alors qu'il effectue une mission de reconnaissance à Deraa. Le bey turc ordonne qu'on le déshabille, qu'on l'observe avec concupiscence, qu'on le malmène et qu'on le batte — et, tout porte à le croire, qu'on le viole. Ali parvient à le délivrer, mais cette épreuve laisse Lawrence profondément ébranlé et humilié.
Dryden informe Lawrence de l'existence des accords Sykes-Picot, qui prévoient le partage du Moyen-Orient entre la Grande-Bretagne et la France. Allenby presse Lawrence de retourner en Arabie pour soutenir l'offensive majeure sur Damas. Se sentant trahi, Lawrence finit toutefois par obtempérer. Il rassemble une armée peu soucieuse de la libération arabe. Il espère que si les Arabes parviennent à prendre Damas avant les Britanniques, ils seront en mesure d'exiger la création d'un État arabe indépendant.
L'armée de Lawrence aperçoit une colonne de soldats turcs en retraite qui viennent de massacrer les habitants de Tafas. L'un des hommes de Lawrence, originaire de Tafas, exige qu'aucun prisonnier ne soit fait. Alors qu'Ali insiste pour poursuivre la route vers Damas, l'homme charge seul et trouve la mort. Lawrence reprend son cri de guerre et les Arabes massacrent les Turcs.
Les Arabes devancent les Britanniques et atteignent Damas en premier. Lawrence leur conseille de gérer la ville sans l'aide des Britanniques, mais les membres des tribus se disputent sans cesse, les services publics sont défaillants et les hôpitaux, en sous-effectif, fonctionnent à peine. Fayçal renonce au rêve d'indépendance arabe prôné par Lawrence en échange du soutien britannique.
Lawrence réintègre l'armée britannique. Promu au grade de colonel, il reçoit l'ordre de rentrer en Grande-Bretagne. Alors qu'il quitte Damas, il observe avec nostalgie les Arabes qui s'éloignent et ne le reconnaissent pas, juste avant d'être dépassé par un motocycliste.
Sam Spiegel et le studio Columbia avaient déjà confié à David Lean la reconstitution à grand spectacle du Pont de la rivière Kwai. Film monumental, fresque épique ; Lawrence d'Arabie sera son plus grand succès commercial et critique. Bien que Peter O'Toole et Omar Sharif repartent sans aucun Oscar, le film remporte sept statuettes en 1963, dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur pour son producteur, Sam Spiegel, et de la meilleure musique originale pour Maurice Jarre. En 1999, le British Film Institute a nommé le film le troisième plus grand film britannique. En 2004, il a été élu meilleur film britannique dans le sondage du Sunday Telegraph sur les principaux cinéastes britanniques. Il ne trouve toutefois que rarement sa place dans les 50 premiers films du palmarès Sight and sound.
Amorcé à la manière de Citizen Kane sur le passé d’un homme célèbre mais mystérieux, le film révèle successivement deux facettes du personnage. D’abord auteur d’une épopée grandiose, Lawrence est traumatisé par les exécutions qu'il doit mener contre ses protégés puis par le viol subi. Il craint alors de n’être plus à la hauteur du mythe qu'il s’est crée et une géopolitique qui le dépasse.
Quelques rapports entre images sont ainsi devenus célèbres : la juxtaposition du plan de Lawrence regardant s’éteindre ses allumettes alors qu'il se morfondait dans un poste sans envergure avec celui du lever de soleil sur l’Arabie alors que se déploie la musique de Maurice Jarre.
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En revanche seront traumatisantes pour Lawrence, les exécutions successives de Gasim et Faraj alors qu'il les avait pris à son service dans une oasis bienfaitrice.
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Symbole enfin d'un mythe qui s'effondre sur lui-même, l’apparition messianique de Lawrence, yeux bleu et chevelure blonde au-dessus d’un wagon dans son habit immaculée de bédouin puis Lawrence à terre, les yeux exorbités et les habits tachés de sang lors du massacre de la colonne Turc à Tafas.
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David Lean poursuivra ses fresques historiques avec une transposition flamboyante du Docteur
Jivago (1966) puis une adpattion cryptée de Madame Bovary dans La fille de Ryan 1970), qui se situe
dans l'Irlande déchirée de 1916. Le film sera (injustement) éreinté par la critique new-yorkaise
et David Lean, meurtri, cessera de tourner pendant près de quinze ans avant la réalisation de son dernier film La route
des Indes (1984).
Jean-Luc Lacuve, le 11 octobre 2021