Napoléon
1927

Bonaparte enfant, à l'école de Brienne, on le suit depuis le Club des Cordeliers où il rencontre Danton et Rouget de l'Isle jusqu'en Corse d'où il s'enfuit pourchassé par les paolistes. Le siège de Toulon; les journées de Thermidor et de Vendémiaire durant lesquelles, grâce à l'intervention de Barras, il devient général d'infanterie; le mariage avec Joséphine de Beauharnais; enfin, la ruée victorieuse de l'armée d'Italie, galvanisée par son chef.

Le scénario initial prévoyait huit parties : la jeunesse de Bonaparte, Bonaparte et la Terreur la campagne d'Italie, d'Arcole à Marengo, d'Austerlitz aux Cent Jours, Waterloo, Sainte Hélène. Seules, les trois premières furent à peu près menées à bien.

Malgré les énormes moyens qui furent mis à sa disposition (plus de cent mille mètres de pellicule enregistrée, un millier de figurants, coût global : dix-neuf millions de Francs. de l'époque), le projet initial de Gance (qui eut nécessité huit heures de projection) s'avéra irréalisable. Le tournage commença dans l'enthousiasme, voire le délire : on plaça des caméras sur le dos de chevaux au galop, on surimpressionna jusqu'à seize images l'une sur l'autre et après les prises de vues on ramassait de véritables blessés sur le terrain ! Gance imagina de tourner certaines séquences en "polyvision", (trois caméras enregistrant images distinctes ou combinées, destinées à être projetées sur trois écrans assemblés), afin de donner à l'ensemble le ton de l'épopée. Le système du triple écran ne put jamais être commercialisé de manière satisfaisante. Par la suite, en réutilisant les séquences originales muettes qu'on sonorisa et en tournant des plans parlants, Gance réalisa plusieurs moutures, en 1935 (Napoléon Bonaparte), 1942, 1955 et 1971 (cette dernière avec l'aide financière de Claude Lelouch, sous le titre Bonaparte et la révolution). La version originale fut reconstituée par K. Brownlow et projetée en 1979.

Une septième version fut projeté les 8 et 9 mai 2001 au Forum Grimaldi dans le cadre du Printemps des Arts Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Laurent Petitgirard avec Jean-François Zygel au piano et Thierry Escaïch à l’orgue.
Cette nouvelle version a tout d’une création, non seulement en raison de sa longueur (6 heures contre 5 lors de la dernière restauration qui date de 1990) mais aussi pour le travail réalisé par Marius Constant à partir des œuvres d’Arthur Honegger (notamment la musique composée spécifiquement pour le film).


Six heures, c’était un record même si l’époque était au gigantisme : en 1916, Griffith avait montré la voie avec Intolérance et, du côté du théâtre, Claudel osait écrire en 1924 un Soulier de satin de près de 12 heures.

La force de ce Napoléon ne tient pas tant dans les avancées techniques d’Abel Gance, dans les procédés rhétoriques de la caméra subjective ou dans la tentative désespérée de s’affranchir du cadre avec ce que cela suppose de folie et de relative perversion. Non, c'est plus simplement tout cet ensemble en phase avec le jeu excessif des acteurs qui donnent une dimension épique à cette oeuvre.

 

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Genre : Film épique

Avec : Albert Dieudonné (Napoléon Bonaparte), Vladimir Roudenko (Bonaparte enfant), Edmond Van Daële (Maximilien Robespierre), Alexandre Koubitzky (Danton), Antonin Artaud (Marat), Abel Gance (Louis Saint-Just), Gina Manès (Joséphine de Beauharnais), Suzanne Bianchetti (Marie-Antoinette), Marguerite Gance (Charlotte Corday), Yvette Dieudonné (Élisa Bonaparte). 3h42.

Voir : Photogrammes