La roue
1923

Cette "tragédie des temps modernes", comme Gance sous-titre son film, débute lorsque le mécanicien-chef Sisif recueille une petite orpheline à la suite d'une catastrophe de chemin de fer. Elle s'appelle Norma et, dès lors, le malheur va rôder autour de Sisif et en faire sa proie. Norma est élevée avec Élie, le fils de Sisif. Celui-ci a appris le métier de luthier et espère retrouver le secret de Stradivarius.

Tout semble aller pour le mieux, mais peu à peu Sisif se sent pris d'une étrange passion pour sa fille adoptive. Son comportement change, il devient ombrageux, soupçonneux, violent. La grâce de Norma a séduit un ingénieur, Monsieur de Hersan. Sisif commet l'imprudence de lui avouer la passion qui a grandi en lui. Hersan le menace d'un chantage s'il ne consent pas à lui donner Norma. Celle-ci se résigne, et Sisif, conduisant le train qui emmène la jeune femme vers son nouveau destin, souhaite mourir avec elle. Il pousse la locomotive à une allure folle. Grâce à son chauffeur, l'accident est évité. Sisif reporte son amour sur cette locomotive. Mais un jet de vapeur brûle les yeux de Sisif qui doit abandonner son métier et va assurer dès lors le service du funiculaire du Mont-Blanc. Élie a suivi son père. Et Norma venue passer des vacances à Chamonix avec son mari retrouve son compagnon d'autrefois. Les deux jeunes gens découvrent leur amour réciproque. Hersan, jaloux, se bat avec Élie en pleine montagne. Leur chute les tue l'un et l'autre. Sisif est vieux maintenant, solitaire, tributaire de son travail monotone. Il voit revenir vers lui Norma, seule aussi et pauvre, elle va veiller sur ses derniers jours, jusqu'à ce que Sisif quitte ce monde, enfin apaisé "comme un rayon de soleil quitte une fenêtre au crépuscule".

 

Abel Gance avait lu le livre de Pierre Hamp "Le Rail", lorsqu'il commença le tournage du film, d'abord intitulé, La rose du rail, en 1919. Son interprète Séverin Mars mourut en 1921 avant la présentation de l'oeuvre dont la durée de tournage fut de seize mois. Y avaient participé Blaise Cendrars, comme assistant bénévole, et Fernand Léger qui dessina les affiches, enfin Arthur Honegger écrivit une partition dont un des morceaux devint l'oeuvre de concert intitulée "Pacific 231".

Les scènes ferroviaires furent tournées à Nice de décembre 1919 à juin 1920. Puis à Chamonix et au col de la Vesa où Gance, gêné par la gare du funiculaire la fit démolir et déplacer des poteaux électriques. Le film intégral durait à la projection à peu près huit heures, d'autres versions suivirent, toujours plus réduites, le métrage passant de 10 000 à 4 200 mètres. Gance avait dû consentir à des concessions commerciales et il déclara au critique André Lang: "Permettez-moi de vous affirmer que je suis très supérieur à ce que j'ai réalisé."

André Haguet, en 1956, s'inspira de l'oeuvre de Gance et tourna une nouvelle version de La roue ROUE avec Jean Servais, Claude Laydu et Catherine Anouilh.

 

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Avec : Séverin Mars (Sisif), Ivy Close (Norma), Gabriel de Gravone (Élie), Pierre Magnier (L'ingénieur), Georges Terof (Le chauffeur). 2h30.