Mission impossible

1996

Genre : Espionnage

Avec : Tom Cruise (Ethan Hunt), Jon Voight (Jim Phelps), Emmanuelle Béart (Claire), Henry Czerny (Kittridge), Jean Reno (Krieger), Ving Rhames (Luther), Kristin Scott Thomas (Sarah Davies), Vanessa Redgrave (Max), Dale Dye (Frank Barnes), Rolf Saxon (William Donloe, technicien de la CIA). 1h50.

Kiev. Jack Harmond, Claire Phelps et Ethan Hunt extorquent à un agent Russe le nom d'un trafiquant en lui faisant croire qu'il vient d'assassiner une femme après une nuit trop arrosée. Quand c'est chose faite, Ethan retire son masque et s'inquiète lorsque que Claire, qui jouait la morte, tarde à revenir de sa léthargie.

Pendant ce temps Jim Phelps reçoit une nouvelle mission dans l'avion pour Prague pour laquelle sont réunis ses meilleurs éléments : son épouse Claire, Jack Harmon, l’Anglaise Sarah Davies et l’indispensable Ethan Hunt. Il s’agit, lors d’une soirée à l’ambassade des États-Unis à Prague, d’intercepter l’espion Alexandre Golitsyn, venu s’emparer d’une disquette contenant la liste des agents américains en Europe de l'Est.

Prague. Dans l'ambassade américaine, tout est mis en place pour pièger Golitsyn. Malheureusement, l’opération échoue : Ethan assiste, impuissant, à la disparition de Phelps et de tous les membres du commando. Jack meurt empalé dans une cage d'ascenseur et Jim est abattu sur le pont Charles et tombe dans la rivière Vltava. Claire et Hannah sont tuées dans l'explosion de leur voiture. Sarah, qui suivait Golitsyn, tombe tout comme lui dans un piège et est mortellement blessée par un tueur qui la poignarde et dérobe la liste "NOC". Ethan Hunt demande à son contact à la CIA, Eugène Kittridge, de l'exfiltrer. Mais Kittridge se trouve déjà à Prague et lui donne rendez-vous dans un restaurant. Ethan comprend qu'une autre équipe de l'IMF (Impossible Missions Force) était présente à Prague ce soir là en réparant, aux tables voisines du restaurant, ceux qui jouaient les russes saouls, le couple qui valsait ou le serveur en haut de l'escalier derrière Hannah. Kittridge révèle à Ethan que la liste était un leurre pour piéger une "taupe" infiltrée dans l'équipe. Max, trafiquant d'armes, voulait acheter la liste des gents non officiellement couverts d'Europe de l'Est. Il avait donné à cette opération le nom de Job 3-14, espérant que sa taupe volerait la disquette que Golitsyn aurait dérobé ce soir. Golitsyn était donc aussi un agent de l'IMF, mort lui aussi dans la mission, mais la disquette qu'il portait était un leurre car la véritable liste était bien à l'abri à Langley. Comprenant que ses amis sont morts pour presque rien, Ethan commence à s'énerver, d'autant plus que Kittridge le soupçonne d'être la taupe car c'est le seul survivant et de grosses sommes d'argent ont été versées sur le compte de sa mère qui en a besoin pour soigner son mari malade. Ethan utilise une tablette de chewing-gum explosif pour détruire l'aquarium géant qui décore le restaurant. Il provoque ainsi une diversion pour prendre la fuite, en sachant que son supérieur va le désavouer.

Retournant à la planque, Ethan entre en contact avec Max. Pour se faire comprendre auprès du trafiquant, il utilise le 14e verset du 3e chapitre du livre de Job, l'inspiration lui venant de la vision d'une Bible (mais miracle pour trouver l'adresse Max@Job3-14). Il s'épuise à traduire le message en plusieurs langues et voit dans un cauchemar surgir Jim ensanglanté lui reprochant de l'avoir abandonné. Mais c'est Claire qui surgit dans l'appartement. Elle explique à Ethan qu'elle a quitté la voiture plus tôt que prévu. Ethan ne la croit pas au début, mais finit par lui faire confiance.

Ethan indique à Claire qu'il a l'intention de vendre la liste "NOC" à Max pour faire sortir la taupe. Il reçoit alors un message de Max, adressé à Job, qui lui fixe un rendez-vous. Ethan découvre alors que Max est une femme. Il lui avoue ne pas être Job mais qu'il est prêt à lui fournir la vraie liste pour 150 000 dollars. Il avertit Max qu'elle s'est procurée une fausse liste en assassinant Golitsyn. Malgré ses recommandations, Max commence la lecture de la liste, équipée d'un pisteur pour la localiser. Ethan finit par se faire entendre et aide Max à fuir avant l'arrivée de Kittridge et ses hommes. Séduite par l'attitude de l'espion, Max lui demande de lui ramener la véritable liste "NOC" étendue au monde entier contre une faramineuse somme d'argent, 10 millions de dollars. Ethan accepte, mais à une seule condition : connaître l'identité de Job.

Langley, Virginie, siège de la CIA. Pour se procurer la liste "NOC", en sécurité à Langley, Ethan doit se trouver des équipiers, si possible désavoués. Son choix se porte sur Luther Stickell, informaticien renommé, et Franz Krieger, pilote d'hélicoptère brillant et expert en infiltration aux méthodes plutôt violentes. Leur mission est de pénétrer dans le bâtiment déguisés en pompiers. Ils ne peuvent pénétrer par la double porte du fait du verrouillage par empreinte vocale et code d'accès à six chiffres de la première, puis de l'exploration rétinienne et de double clé électronique codée nécessaire à l'ouverture de la seconde. Ils doivent donc utiliser les conduits d'aération pour se rendre dans la chambre forte et récupérer la disquette. Le technicien est mis hors jeu par un puissant laxatif versé dans son café par Claire. Kruger de son coté assure la descente de Ethan par une cordelette depuis la bouche d'aération placée en hauteur de la chambre forte . Celle-ci est protégée par trois systèmes sensibles aux vibrations acoustiques, aux variations thermiques et à la pression au sol. L'opération est un succès et l'équipe met la main sur la liste.

De retour à Londres, Ethan reprend contact avec Max. Mais Krieger se fait méfiant envers les manoeuvres d'Ethan et souhaite le surveiller puisque c'est lui qui a la disquette contenant la liste "NOC" qu'il a récupéré en remontant Ethan de la chambre forte. Mais Ethan lui fait des tours de prestidigitation avec la disquette pour le persuader qu'il ne lui a remis qu'un leurre à Langley. Alors qu'il va ramasser la vraie disquette que Krieger à jeté de dépit, Ethan découvre que la bible dont il se sert est celle du Drake hôtel de Chicago où Jim était en mission avant de les rejoindre à Prague. C'est donc le signe qu'il est bien vivant et s'y est installé depuis et a besoin d'une bible pour échanger des messages. Claire lui dit regretter d'avoir engagé Kruger. Ethan, de plus en plus troublé, remet la disquette à Stickell, le seul dont il soit sur de l'intégrité. Plus tard, à la télévision, il apprend que sa mère et son oncle ont été arrêtés pour trafic de drogue.

Comprenant que Kittridge veut le faire craquer, Ethan téléphone à ce dernier depuis une cabine de la gare de Victoria et pour lui dire qu'il fait une grave erreur. Il raccroche seulement 3 secondes avant que la CIA ne le localise trop précisément tout en ayant appris qu'il est à Londres. C'est alors qu'Ethan reconnaît l'homme de la cabine voisine : Jim Phelps.

Ethan discute avec son patron dans un café. Jim savait où les retrouver puisque c'est lui qui connaissant le premier la planque, le meublé de Liverpool street qu'il avait indiqué autrefois à Ethan. Celui-ci lui demande ce qui s'est passé à Prague. Jim lui dit qu'il a vu la taupe et qu'il s'agissait de Kittridge. Mais Ethan pense tout autre chose et visualise comment c'est Jim lui-même, la taupe, qui a tué tous les membres de son équipe à Prague avec l’aide probable de Claire, qui a fait sauter la voiture d'Hannah, et celle, certaine, de Krieger qui a tué au couteau Golitsyn et Sarah pour s'emparer de la disquette, ignorant qu'elle était un leurre. Interrogé sur la raison d'une trahison, Jim pense qu'elle vient du fait que la guerre froide n'est plus de mise. L'espion n'est plus seul juge et responsable de sa mission. Les agents secrets sont du matériel périmé. Jim préfère qu'Ethan ne révèle pas sa présence aux autres et lui confie que Claire a sans doute besoin de réconfort. En rentrant dans la planque, Claire attire effectivement Ethan vers elle pour la nuit.

Dans le TGV Londres–Paris, Ethan a donné rendez-vous à Max pour le transfert de la liste "NOC" lui demandant la présence de Job. Il a aussi envoyé deux places pour Kittridge qui s'est rendu au MI5 pour le traquer. Kittridge et un agent prennent ainsi aussi le TGV.

Dans le train, Max commence le transfert. Elle envoie Ethan dans le fourgon à bagages pour récupérer ses dix millions en bons du trésor. Mais Luther, assis au siège voisin, doit brouiller le transfert pour le retarder suffisamment longtemps pour que Kittridge repère Max. Pendant ce temps, Claire se rend dans le fourgon. Elle tombe sur Jim et lui dit de prendre l'argent avant l'arrivée d'Ethan, qu'ils devraient épargner afin qu'il soit accusé. Mais c'est à Ethan qu'elle parle, sous le masque de Jim. Soudain, Phelps surgit, récupère l'argent et braque l'espion. Mais Ethan enfile une paire de lunettes-caméra, transmettant l'image de Jim vivant à Kittridge. De plus, Claire se range du côté d'Ethan. Jim, trahi, abat son épouse et assomme son ancien équipier avant de prendre la fuite sur le toit du train. Lorsqu'Ethan se réveille, Claire est morte. Fou de rage, il s'élance sur le toit à la poursuite de "Job". Un hélicoptère tourne dans le ciel. C'est Krieger, venu récupérer Jim. Dans la bataille, Ethan parvient à accrocher le câble de l'hélico au train. Krieger se retrouve coincé à l'approche du tunnel sous la Manche. Avec une habile manœuvre, il arrive à y pénétrer de justesse. Jim parvient à sauter sur l'hélico, suivi par Ethan. Ce dernier colle une tablette de chewing-gum explosif sur le pare-brise et saute. L'explosion désintègre la cabine et Krieger avec. L'appareil pique ensuite du nez et percute la voie, broyant Phelps sous son poids avant de s'encastrer contre le train. Dans le TGV, Kittridge localise Max et procède à son arrestation.

Luther est redevenu un citoyen respectable et il est réinséré à la CIA. Ethan dit vouloir se retirer mais dans l'avion qu'il a pris on lui confie une cassette : il va succéder à Jim Phelps à la tête de l'équipe Mission Impossible.

Après le désistement de Sydney Pollack, c'est Tom Cruise qui a l'idée de proposer le projet de Mission : Impossible à Brian De Palma. Suite à l'échec commercial relatif de L'impasse, venant après ceux d’Outrages ou du Bûcher des vanités, ce dernier ressent le besoin de réaliser un film qui marche pour assurer son avenir dans le cinéma américain. Deux séquences particulièrement spectaculaires vont en assurer le succès public : le vol dans la chambre forte du quartier général de la CIA et la poursuite finale entre l'hélicoptère et le TGV, avant et sous le tunnel sous la Manche. L'action reste néanmoins limitée et il s'agit bien davantage de décrypter que d'agir : de décrypter le texte biblique et de revoir deux fois mentalement une scène que l'on a vécu sans la voir. Il s'agit aussi de décrypter un amour impossible.

Au delà du film d'espionnage

L'espionnage est un genre qui a tout pour convenir à De Palma, adepte des dispositifs d'observation et des mouvements d'appareil complexes pour les filatures. Il ne renouvellera pourtant pas l'expérience, comme s'il avait trouvé en cette unique occasion de quoi renouveler son cinéma en le fondant, non plus sur la relecture des films de genre du passé ou sur des épisodes de la fameuse série du même nom mais sur une relecture des images à l'intérieur du film lui-même. On ne trouve en effet dans Mission : Impossible aucune des références cinéphiles plus ou moins cryptées qui parsèment d’ordinaire ses films, de Sœurs de sang aux Incorruptibles.

Le film d'espionnage est l'un des genres préférés d'Alfred Hitchcock et l'épisode du train renvoie pour certains à La mort aux trousses. Mais la référence est peut-être abusive ou fonctionne en creux : il ne s'agit plus pour Eve Kandall (Eva Marie Saint) d'attirer Roger Thornhill (Cary Grant) sur sa couchette mais de voir Ethan Hunt (Tom Cruise) lever les yeux vers le haut de la cabine pour contempler la trappe vide par laquelle Jim Phelps (Jon Voight) s'est enfui en laissant Claire (Emmanuelle Béart) morte derrière lui.

Le meilleur du cinéma de De Palma ne saurait en effet se contenter de la mécanique du film de genre. Là où il rejoint clairement Hitchcock, c'est en travaillant le traumatisme profond du personnage. Ethan est trop lisse pour être honnête. C'est en recourant à la bible qui apparaît soudain derrière l'écran de son ordinateur qu'Ethan comprend la signification de "Job 3-14". Il va alors enclencher l'action et voir ce qu'il tentait auparavant de masquer : son amour impossible pour Claire.

Du Livre de Job au 10e commandement

Eugene Kittridge, le patron de la CIA, souhaitait profiter du fait que Max, trafiquant d'armes, voulait acheter la liste des agents non officiellement couverts d'Europe de l'Est pour, enfin, après deux ans de soupçons, débusquer la taupe de son service. Pour Max, l'opération avait pour nom de code "Job 3-14" et consistait à voler la disquette que Golitsyn, supposé être un agent double, avait préalablement dérobé à l'ambassade de Prague. La mission réussit parfaitement pour Max : tous les agents de l'IMF (Impossible Missions Force), à l'exception d'Ethan, semblent avoir été tués et Krieger récupère pour Max la disquette sur le corps de Golitsyn qu'il a poignardé. En révélant le nom de code "Job 3-14" à Ethan, Kittridge lui permet d'envoyer un message par Internet à Max. Ethan a eu pour cela besoin de voir la bible derrière son écran et d'y taper, en guise d'authentification, le fameux verset du Livre de Job : « Avec les rois et les grands de la terre, Qui se bâtirent des mausolées ».

On notera qu'en 1996 on en est au tout début d'Internet et que l'adresse tapée par Ethan, Max@Job3-14, trouve miraculeusement son destinataire qui lui répond illico. Mais l'important n'est pas là. Ethan comprend en recevant un message Internet au nom de Job que 3-14 n'est qu'une déclinaison d'un des forfaits de ce Job. C'est parce que Jim ne connaît pas suffisamment bien les textes sacrés qu'il a eu besoin, pour y puiser son inspiration, de transporter la bible depuis le Drake Hotel de Chicago à la planque de Liverpool Street à Londres. C'est ce qui le perdra : l’ouvrage est la preuve de sa survie et la signature de ses forfaits.

Jim n'a pas choisi ce verset au hasard. Interrogé sur la raison d'une trahison, il livre sa pensée même s’il l'attribue à Kittridge : la guerre froide n'est plus de mise. L'espion n'est plus seul juge et responsable de sa mission. Les agents secrets sont du matériel périmé. Ainsi, Jim n'est plus un roi ni un grand de la terre. Il s'en va se bâtir un mausolée, temple de solitude. Ethan, plus prosaïque, va donner à la mission suivante, celle du vol de la totalité des noms des IMF à Langley, le code "Job 3-15" : « Avec les princes qui avaient de l'or, Et qui remplirent d'argent leurs demeures »... Car 10 millions de dollars en bons du trésor ce n'est pas une petite somme. Ce cynisme sera aussi partagé par Max et Kittridge, promettant à la fin, dans le TGV, lorsque la première a été arrêtée par le second, de s'arranger pour continuer leurs petits trafics.

La seconde référence biblique est celle prononcée par Jim dans le wagon du TGV où il a récupéré l'argent : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain » lance-t-il à Ethan. Claire, la femme de Jim, s’était offerte à ce dernier la veille, pour endormir ses soupçons. Connaissant alors la culpabilité de son ex-supérieur, Ethan avait probablement (l'ellipse laisse planer le doute) accepté. Jim s'aperçoit de l'attachement de Claire envers Ethan quand elle refuse qu'il le tue avant de s'enfuir et, désappointé, tire l'unique balle de son pistolet sur elle. Si Ethan venait tout juste de se faire passer auprès d’elle pour Jim sous son masque, c'était pour savoir si elle le défendrait. Il nous est ainsi confirmé que depuis toujours il était amoureux d'elle, amour défendu puisque elle était la femme de son chef d’équipe. Si dans la première séquence du film à Kiev, il l'avait réveillée d'entre les morts avec une piqûre de médicaments, il l'abandonne maintenant, sans vie, au milieu des bagages comme un poids trop lourd.

Voir et Revoir

Loin des mouvements d'appareil complexes qu'il retrouvera dès son film suivant (Snake eyes et son plan-séquence d'ouverture de plus de 12 minutes), Brian De Palma joue cette fois étonnamment d'une figure bien plus simple : le gros plan. Il les multiplie sur les écrans de contrôle utilisés notamment par Jim à Prague puis par Luther (Ving Rhames) à Langley pour suivre les déplacements des autres membres de leur équipe en action. Il cadre également de près le visage d’Ethan scrutant l'écran qui lui permet d'échanger par mail avec Max, comme celui de Kittridge, débullé, lorsque Ethan le re- trouve après le fiasco de la mission praguoise. Et dans ce restaurant, derrière Kittridge, des personnes sont vues par Ethan comme il les avait déjà repérées dans l'ambassade ou les rues de Prague. Notons encore le rôle les lunettes-caméra : elles fournissent la preuve du double jeu de Golitsyn dans l'ambassade, puis, portées par Ethan, elles permettent à Luther de le guider dans la chambre forte, et enfin, dans le TGV, elles révèlent à Kittridge, toujours par l’intermédiaire d’Ethan, la supercherie de la disparition de Jim.

Les deux grandes scènes d'action sont donc le paradis blanc de la chambre forte de la CIA à Langley, où rien d'humain (chaleur, sueur, poids, bruit) n'est toléré, et l'enfer du tunnel sous la Manche, où le feu, la vitesse et la pale d'hélicoptère menacent Ethan. Mais entre les deux, surgit le mental de ce dernier, métaphorisé par son visage en gros plan, qui le conduit à revoir une scène qu’il avait préalablement mal comprise : comment Jim s'est en fait débarrassé à Prague de toute son équipe avec la complicité de Claire et Krieger (Jean Reno). Ethan s’était remémoré une première fois l’épisode au restaurant avec Kittridge mais il la visualise une seconde fois, touchant enfin juste, alors que Jim lui explique maladroitement sa version.

Cette obsession du revoir, Brian De Palma ne l'applique donc plus à l'histoire du cinéma mais la fait jouer à l'intérieur du film même. Il donnera d'autres versions éblouissantes de la relecture d'une scène dans Snake Eyes puis dans Le Dahlia noir (1). Brian De Palma est bien un cinéaste maniériste, ou un cinéaste de « la crise de l'image-action », comme le définit Gilles Deleuze. Il privilégie les relations entre les images (porteuses d'émotion) aux images elles-mêmes (porteuses d'action). Si dans la première partie de son œuvre, cette relation s'appuyait sur une relecture des images d'autres films, à partir de Mission : Impossible, c'est intégralement à l'intérieur du film que les images sont appelées à être revues.

(1) Dans Le Dahlia noir, Lee comprendra qu'il a été joué par Bucky. Il lui a fait croire qu'il le protégeait du tir de l'ancien "protecteur" de Kay pour mieux l'abattre. Là aussi d'ailleurs, comme dans la scène du cauchemar de Mission : Impossible où Ethan voit surgir Jim lui reprochant de l'abandonner puis, immédiatement après, la main de Claire le réveillant, Lee se reprochera d'avoir inconsciemment laissé tuer Bucky pour être avec Kay.

Jean-Luc Lacuve, le 24/02/2019