Trouble every day

2001

Genre : Fantastique
Thème :

Avec : Vincent Gallo (Shane), Béatrice Dalle (Coré), Tricia Vessey (June), Alex Descas (Léo), José Garcia (Choart), Aurore Clément (Jeanne), Florence Loiret-Caille, Nicolas Duvauchelle. 1h40.

Pour assouvir des pulsions irrépressibles, Coré s’offre à des partenaires de rencontre et, lors des rapports sexuels, se livre sur eux au cannibalisme puis abandonne leurs cadavres mutilés. Elle aime pourtant son mari, Léo, qui tente en vain de la protéger. C’est un médecin que de mystérieuses recherches de laboratoire sur la botanique ont marginalisé. Léo efface les traces des actes de Coré et, quand il la laisse seule, l’enferme dans leur pavillon de la banlieue parisienne. 

Mais Coré trouve toujours le moyen de s’évader et de recommencer. Un jour, Erwan, un jeune voisin, intrigué par le mystère qui émane de la maison, y pénètre par effraction et libère la jeune femme. Il mourra lui aussi après un sanglant corps à corps.


Par ailleurs, Shane, médecin américain venu à Paris avec sa jeune épouse June, ressent le même mal que Coré, contracté lors d’un travail commun avec elle et Léo dans la forêt guyanaise. Pour épargner June, qui ne connaît pas son secret, il refuse de faire l’amour avec elle. 

Shane doit surmonter son envie d’agresser Christelle, jeune employée de l’hôtel où il séjourne. En fait, il veut retrouver Léo, qui, pense-t-il, peut le soulager. Il rencontre d’ex-collègues du médecin français, Choart, Friessen et Malécot. Cette dernière le met sur la trace de Léo et Coré. Shane arrive chez Coré au moment où elle se suicide par le feu pour échapper à la malédiction. 

June, qui sent son couple menacé, tente d’avoir des éclaircissements auprès de Jeanne, une ancienne amie de Shane. En rentrant à l’hôtel, June retrouve Shane, sortant de la douche, sans savoir qu’il vient de tuer et de dévorer Christelle dans les sous-sols de l’hôtel, puis de faire disparaître les traces de sang. Le couple repart pour les États-Unis.

Un peu comme Pasolini avec Salo, Claire Denis utilise le cercle du sang pour développer la façon de filmer le désir sexuel. Comme si le cinéma trouvait dans la morsure de la chair et le jaillissement du sang une métaphore à la pénétration et à la jouissance. Tout commence classiquement par un regard d'invite de Coré ou de Shane, quelques caresses puis le sang jaillit et les cris de douleur sont filmés comme la jouissance.

L'histoire de vampire dévoilée progressivement est très convaincante. D'abord des images mentales, la vision horrifique de Shane dans l'avion, ou des restes de dévoration (des gouttes de sang perlant sur des herbes hautes) qui iront jusqu'aux trouées de terreur où perceront les hurlements du cambrioleur ou de la femme de ménage. Contagion de la savane sauvage (évoquée à partir d'un simple clic sur un ordinateur) à la francité pavillonnaire, aux espaces immaculés des laboratoires ; contagion des rivalités scientifiques et du goût du lucre aux peaux laiteuses et veloutées. Innocence préservée de la jeune épouse ou de l'ancienne amie ayant conservé les photos d'un bonheur disparu. Très belle scène avec les gargouilles de Notre-Dame. Le désir de maîtrise : le voile vert, les photos, la référence à Quasimodo se transmute dans la séquence : les beaux instants ne pourront plus exister, le voile s'envole, irrécupérable et Shane bientôt sera un pire monstre que Quasimodo. A noter la musiques des Tindersticks et la photographie d'Agnès Godard pour les couleurs sanglantes de Paris, la nuit.

Source : Jean-Sébastien Chauvin, Les cahiers du cinéma n°559, juillet-Aout 2001