A la mort de sa mère, Alain Cavalier redécouvre les carnets qui lui servaient de journaux intimes entre 1970 et 1972. Dans ces journaux, c'est Irène qui lui fait peur. Sur cette page de juin 1971, quand elle apportait son sel, son huile chez sa mère, il ne savait pas qu'il ne lui restait que sept mois à vivre...

Après Ce répondeur ne prend pas de messages en 1979, La rencontre en 1996 et Le filmeur en 2004, Irène est le quatrième film autobiographique d'Alain Cavalier. Exceptionnellement, le sujet est bien identifié. Il s'agit de rendre compte de la mort de la femme aimée, Irène, disparue depuis près de trente ans et dont Cavalier retrouve un souvenir vivace et douloureux en relisant ses journaux intimes.

Le film s'organise en séries discrètes, montées en parallèle, autour du point central que constitue le jour de l'accident.

La série des plans fantastiques est amorcée par ceux où, la nuit, des pans de murs apparaissent en vert sur la vidéo. On aura ensuite le château vide de la demeure du copain de collège ou l'adresse à la morte sur le mode du pardon dans une curieuse pièce de ce château.

La série des objets est probablement la plus drôle et la plus incongrue. Peut-être le souvenir d'Irène avec son sel et son huile inspira-t-il Cavalier dans ces découvertes, aussitôt mises en scène, que sont ces boules trouvées dans une chambre d'hôtel et surtout les polochons dont les postures évoquent des souvenirs sexuels.

La série des chambres, celles où il vécut avec Irène et celles qu'il parcourt pour faire son film sont un autre point crucial du film, une série qui autorise le fait d'être seul et de pouvoir méditer le journal intime qu'il confectionne avec sa caméra.

Les extérieurs mettent souvent en scène la série des animaux, petit oiseau voltigeant, petit oiseau mort et oie sur laquelle est évoqué le film qu'allait faire Irène. En comparaison, le pèlerinage à Lyon n'apporte pas grand chose si ce n'est le regard de Marguerite Gauthier-Lathuille. Le voyage dans les Vosges où se concrétisa l'histoire d'amour au milieu d'un lac est évité au profit de l'image des vagues et de la mer éternelle.

Le jour du drame, avec sa narration de l'attente, de la méprise sur la morte, du cri d'Alain Cavalier, constitue le point dangereux de l'autobiographie. Cavalier semble assumer son envie, assez naturelle, d'espérer voir mourir celle dont il songeait à se séparer. Mais il y a loin de la vision de l'avion qui s'écrase sur une console vidéo aux souvenirs qui remontent et qui le mettent à mal. La série de la crise de goutte, de la chute dans le métro et du zona disent assez le danger de faire ressurgir le passé même si Cavalier laisse beaucoup de points dans l'ombre (mariage, relation avec les beaux-parents, amis d'Irène...).

L'incarnation finale par une photo d'Irène nue, son chien à ses cotés puis la photo couleur avec des amis et celle de la jeune femme en noir et blanc viennent finalement dire qu'elle aurait bien pu être incarnée par Sophie Marceau. Comme Cavalier, on aurait bien aimé voir l'actrice autrement que sur une couverture de Psychologie.

Car c'est peut être, en creux, ce qui travaille Irène, la volonté d'en finir avec la souffrance, avec ces maladies qui torturent Cavalier pour finir son film. L'humour constant du metteur en scène, son inventivité, sa joie de filmer semblent travailler, cette fois le point le plus douloureux de l'autobiographie.

Jean-Luc Lacuve le 05/11/2009

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Irène
2009

Cannes 2009 :  Un certain regardAvec : Alain Cavalier, 1h25.

Genre : Documentaire autobiographique
Thème : Autobiographie