Journal d'un curé de campagne

1951

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Avec : Claude Laydu (Ambricourt), Jean Riveyre (Le comte), Marie-Monique Arkell (la comtesse), André Guibert (Le curé de Torcy), Nicole Maurey (Louise), Nicole Ladmiral (Chantal). 2h00.

Un jeune prêtre gravement malade sans le savoir arrive dans sa première paroisse, Ambricourt. Il est animé d'un zèle dévorant mais se heurte à l'incompréhension de ses paroissiens. Les enfants du catéchisme se dérobent avec une perversité inconsciente; le châtelain, sur qui il espère s'appuyer, se ferme dès qu'il est question de sa liaison avec l'institutrice.

Au château la comtesse vit repliée sur elle-même, dans le souvenir d'un enfant mort désespérément révoltée contre Dieu. Chantal, fille unique des châtelains, est une adolescente orgueilleuse, jalouse et bouleversée par la liaison de son père. Seul, le curé de Torcy parait comprendre son jeune confrère. Avec les jours, les charges banales du ministère, le jeune prêtre se sent consumé par la solitude. Il ne peut plus prier, s'efforce d'accepter.

Une visite au château le jette au cœur du drame de la comtesse. Il vaincra cette révoltée. Réconciliée avec Dieu, la comtesse est terrassée par une crise cardiaque. Chantal fait courir le bruit que le prêtre a provoqué cette crise par sa dureté. Puis c'est le village qui l'accuse de se livrer à la boisson parce que son estomac ne peut plus supporter qu'un peu de pain trempé dans du vin. Son état s'aggrave. À Lille, il consulte un spécialiste qui lui révèle sa maladie : un cancer de l'estomac. Il meurt chez un camarade du séminaire, défroqué, en prononçant les mots qui expriment sa réussite intérieure, en dépit de son échec apparent : "tout est grâce".

L'histoire est emprunté à un roman de Diderot fondé sur ce qu'avait d'intolérable, à l'époque, la mésalliance.

Le conte qu'en a tiré Bresson, admirablement dialogué par Cocteau ("Il n'y a pas d'amour Hélène. Il n'y a que des peuves d'amour". "Je voulais vous mettre en garde. Moi, je ne vous aime que de tout mon coeur"), a quelque chose d'intemporel, ou si l'on préfère, valeur d'éternité. Agnès, coiffée d'un haut de forme, les jambes gainées de noir et le costume de scène brillant de paillettes est l'essence de la sensualité offerte. C'est l'image sublimée de la prostitution haut de gamme. De même le personnage de Maria Casarès évoque moins une femme délaissée qui, par dépit, cherche à se venger que le principe de la vengeance, presque la déesse de la vengeance.