1951. Robert Bresson, Journal d'un curé de campagne
1987. Maurice Pialat : Sous le soleil de Satan

Louis Émile Clément Georges Bernanos est né le 20 février 1888 à Paris. Son père, Émile Bernanos, est un tapissier décorateur d'origine lorraine. Sa mère, Hermance Moreau, est d'une famille de paysans berrichons (Pellevoisin). Il garde de son éducation une foi catholique et des convictions monarchistes. Il passe sa jeunesse à Fressin en Artois. Cette région du Nord marquera profondément son enfance et son adolescence, et constituera le décor de la plupart de ses romans.

Catholique fervent, monarchiste passionné, il milite très jeune dans les rangs de l'Action française en participant aux activités des Camelots du roi pendant ses études de lettres, puis à la tête du journal L'Avant-Garde de Normandie jusqu'à la Grande guerre. Réformé, il décide tout de même de participer à la guerre en se portant volontaire dans le 6e régiment de dragons (cavalerie), et sera blessé à maintes reprises.

Après la guerre, il s'éloigne d'une activité militante, mais se rapproche de nouveau de l'Action française lors de la condamnation romaine de 1926 et participe à certaines de ses activités culturelles. En 1932, sa collaboration au Figaro du parfumeur François Coty entraîne une violente polémique avec l'Action française et sa rupture publique avec Charles Maurras.

Dans les années 1920, il travaille dans une compagnie d'assurances, et ce n'est qu'après le grand succès de son roman Sous le soleil de Satan (1926), écrit durant son séjour à Bar-le-Duc, qu'il peut se consacrer entièrement à la littérature. Ayant épousé en 1917 Jeanne Talbert d'Arc, lointaine descendante d'un frère de Jeanne d'Arc, il mène alors une vie matérielle difficile et instable dans laquelle il entraîne sa famille de six enfants et son épouse à la santé fragile. Il publie ensuite, toujours chez Plon, L'Imposture et sa suite, La Joie, qui reçoit le prix Fémina. Les tghèmes sont identiques : les péchés de l'humanité, la puissance du mal et le secours de la grâce.


En 1936, paraît Journal d'un curé de campagne, qui sera couronné par le Grand prix du roman de l'Académie française, puis adapté au cinéma sous le même titre par Robert Bresson (1950). Ce livre est l'expression d'une très profonde spiritualité. Il témoigne d'un style limpide et épuré, tout en intériorité. La figure du curé d'Ambricourt rejoint celle de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, portée sur les autels par Pie XI en 1925. Il est possible qu'elle soit aussi inspirée par un jeune prêtre (l'Abbé Camier), mort de phtisie à vingt-huit ans, que Bernanos a côtoyé dans son enfance. De Thérèse, son personnage suit la petite voie de l'enfance spirituelle. Le « Tout est grâce » final du roman n'est d'ailleurs pas de Bernanos lui-même, mais de sa prestigieuse aînée. Ce roman lumineux, baigné par « l'extraordinaire dans l'ordinaire », est l'un des plus célèbres de son auteur. Probablement parce qu'il s'y révèle lui-même, de manière profonde et bouleversante, à travers la présence du curé d'Ambricourt. Il est vrai que Bernanos a la particularité d'être toujours extrêmement proche de ses personnages, tel un accompagnateur témoignant d'une présence extrêmement attentive, et parfois fraternelle

Bernanos a donné le nom de Mouchette à deux personnages de son œuvre romanesque. La première Mouchette qui figurait dans Sous le soleil de Satan avait pour nom Germaine Malhorty. C'est une adolescente de seize ans, vive et orgueilleuse, victime de l'égoïsme des hommes qui la désirent sans parvenir à l'aimer, ce qui attise son mépris d'elle-même et sa révolte envers l'ordre établi. La seconde Mouchette n'a pour appellation que ce surnom. Elle a treize ans et apparaît dans la Nouvelle Histoire de Mouchette (1938).


Installé aux Baléares pour des raisons financières, Georges Bernanos assiste au début de la guerre d’Espagne et prend parti pour, puis contre les franquistes dans Les Grands Cimetières sous la Lune. En effet, se trouvant directement confronté, sur le terrain, aux prémices de la guerre d'Espagne, Bernanos est le témoin des massacres de religieux par des républicains, ce qui entraînera tout d'abord de sa part une certaine admiration pour le soulèvement franquiste. Celle-ci ne durera pas plus de trois mois car il sera très vite horrifié par les exactions de Franco. Il les dénonce avec force dans Les Grands Cimetières sous la Lune, ce qui lui vaudra d'être condamné à mort par le « caudillo » qui, écrit-il, est pour lui une « canaille » mais aussi de recevoir de Simone Weil une lettre qu'il conservera dans son portefeuille jusqu'à sa mort.

Ce pamphlet qui, comme l'Espoir d'André Malraux, est un témoignage important de la Guerre d'Espagne, va aussi lui mettre à dos une grande partie de la droite nationaliste, en particulier son ancienne famille politique, l'Action française, dont toutefois il s'était déjà éloigné dès 1919 avant de rompre avec elle de manière fracassante, en 1932, par sa polémique avec Charles Maurras (voir L'A-Dieu à Maurras).

Dans Les Grands Cimetières sous la Lune, Bernanos condamne en effet le comportement inhumain des serviteurs et des complices de Franco et les massacres perpétrés par les phalangistes au nom du Christ, ainsi que le soutien apporté aux nationalistes espagnols par Maurras et l'Action française.

Il quitte l'Espagne en mars 1937 et retourne en France. Le 20 juillet 1938, deux mois avant les accords de Munich, la honte que lui inspire l'attitude de son pays face à l'Allemagne conduit Bernanos à s'exiler en Amérique du sud. Il prévoit initialement de se rendre au Paraguay. Il fait escale à Rio de Janeiro au Brésil en août 1938. Il y demeurera de 1938 à 1945. En août 1940, il s'installera à Barbacena, dans une petite maison au flanc d'une colline dénommée Cruz das almas, la Croix-des-âmes. Il s'éloigne alors du roman et publie de nombreux essais et « écrits de combat » dans lesquels l'influence de Charles Péguy se fait sentir.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il entend l'appel lancé le 18 juin 1940 depuis Londres par le général de Gaulle et décide aussitôt de soutenir l'action de la France libre dans de nombreux articles de presse où éclate son talent de polémiste et de pamphlétaire. En 1941, son fils Yves rejoint les Forces françaises libres à Londres. Son autre fils, Michel, jugé trop jeune par le Comité de la France Libre de Rio, partira l'année suivante.

Quand il retourne en France, il déclare aux Brésiliens : "Le plus grand, le plus profond, le plus douloureux désir de mon cœur en ce qui me regarde c’est de vous revoir tous, de revoir votre pays, de reposer dans cette terre où j’ai tant souffert et tant espéré pour la France, d’y attendre la résurrection, comme j’y ai attendu la victoire ".

Il continue de poursuivre une vie errante (Bernanos a déménagé une trentaine de fois dans sa vie) après la Libération. Le général de Gaulle, qui l'a invité à revenir en France (« Votre place est parmi nous », lui fait-il savoir dans un câble daté du 16 février 1945) veut lui donner une place au gouvernement. En dépit d'une profonde admiration pour lui, le romancier décline cette offre. De Gaulle confiera plus tard, à propos de Bernanos : « Celui-là, je ne suis jamais parvenu à l'attacher à mon char... ».

Pour la troisième fois, on lui propose alors la Légion d'honneur, qu'il refuse également. Lorsque l'Académie française lui ouvre ses portes, il répond : "Quand je n'aurai plus qu'une paire de fesses pour penser, j'irai l'asseoir à l'Académie ".

Lors de son retour en France, Bernanos est, en fait, écœuré par l'épuration et l'opportunisme qui prévaut à ses yeux dans son pays. N'ayant pas l'échine souple, il reste en marge. Il voyage en Europe pour y faire une série de conférences, dans lesquelles il alerte ses auditeurs, et ses lecteurs, sur les dangers du monde de l'après-Yalta, de l'inconséquence de l'homme face aux progrès techniques effrénés qu'il ne pourra maîtriser, et des perversions du capitalisme industriel (voir La Liberté pourquoi faire ? et La France contre les robots, 1947).

Il part pour la Tunisie en 1947. Bernanos y rédige quelque temps avant sa mort (due à un cancer du foie) un scénario cinématographique adapté du récit La Dernière à l'échafaud de Gertrud von Le Fort, lui-même inspiré de l'histoire véridique de carmélites guillotinées sur la place du Trône, appelées les "carmélites de Compiègne"», auquel la romancière avait ajouté le personnage fictif de Blanche de la Force (translittération de von Le Fort). Bernanos y traite de la question de la grâce, de la peur, du martyre. Bien plus qu'un scénario, ce texte, considéré comme le "testament spirituel de Bernanos" et publié en 1949, fut d'abord adapté au théâtre par Jacques Hébertot et créé le 23 mai 1952 au théâtre Hébertot, avant de devenir le livret de l'opéra homonyme du compositeur Francis Poulenc, créé en 1957 à la Scala de Milan. Il a par la suite servi de base au film Le Dialogue des carmélites réalisé en 1960 par Philippe Agostini et le père Bruckberger à l'initiative du projet avec Bernanos.

Bernanos meurt d'un cancer, en 1948, à l'hôpital américain de Neuilly, en laissant le manuscrit d'un dernier livre, paru de façon posthume : La France contre les robots

Source : Wikipedia

 

 



Les romans de Georges Bernanos et leurs adaptations

1926 : Sous le soleil de Satan
1927 : L'Imposture
1929 : La Joie
1935 : Un crime
1936 : Journal d'un curé de campagne
1937 : Nouvelle Histoire de Mouchette
1943 : Monsieur Ouine
1949 : Le dialogue des Carmelites (scénario, devenu pièce, opéra et film)
1950 : Un mauvais rêve.


Sous le soleil de Satan
1926

Germaine Malhorty, dite Mouchette, est la fille du brasseur de bière le plus aisé de Campagne, village du boulonnais. Elle s'ennuie et a pris pour amant le marquis Jacques de Cadignan dont elle attend un enfant. Le père s'en inquiète vainement auprès du marquis. Mouchette n'obtient pas davantage de lui un départ immédiat pour Boulogne et, un peu par accident, le tue avec son fusil. Elle s'enfuit, songe au suicide, puis se tourne vers le docteur Gallet, député de la circonscription, dont elle fait son amant. Il refuse de la faire avorter et refuse d'entendre sa confession au sujet du meurtre du marquis que la justice a classé comme un suicide. Mouchette s'écroule dans une crise d'hystérie. Elle est internée dans une maison de repos où elle donne naissance à un enfant mort né.

L'abbé de Campagne, le doyen Menou-Segrais, a pris pour vicaire l'abbé Donissan, jeune prêtre mal noté qu'il prend le risque de former. Il l'envoie à Etamples assister un vieux prêtre pour des confessions. L'abbé se perd en route et, à la tombée de la nuit, s'en revient vers Campagne où il rencontre le diable sous les traits d'un maquignon. Le diable tente vainement de le convaincre de cesser de s'en remettre à Dieu et de se reposer sur lui. Il lui propose de se voir en lui-même comme nul ne s'est connu. Ce que Donissan refuse. Il lui est alors accordé de voir au travers des autres. En rentrant, il rencontre Mouchette qui erre près du château du marquis. Voyant en elle, il lui révèle que son crime ne lui appartient pas qu'elle est la proie des générations passées possédées par le diable. De désespoir, dépossédée du dernier orgueil qui lui restait, celui de son crime, Mouchette se suicide. Alors que Menou-Segrais est convaincu que Donissan est un saint, on lui apprend le suicide de Mouchette. Une lettre de l'évêque explique le scandale dont s'est rendu coupable Donissan en portant le corps agonisant de Mouchette sur l'hôtel de l'église. L'évêque a dû l'envoyer à la Trappe pendant cinq ans.

L'ancien vicaire de Campagne est le prêtre du hameau de Lumbres où il est considéré comme un saint. Ainsi est-il appelé par la mère d'un garçon agonisant. Alors que l'enfant est mort, il le ressuscite avec le curé de Luzarnes comme témoin. Donissan meure d'une crise cardiaque le jour qu'un illustre romancier, " vieillard qui exerce la magistrature de l'ironie ", était venu le visiter espérant trouver une tranquille paix de l'âme.

1987. Maurice Pialat : Sous le soleil de Satan. Avec : Gérard Depardieu (Donissan), Sandrine Bonnaire (Mouchette), Maurice Pialat (Menou-Segrais), Alain Artur (Cadignan), Yann Dedet (Gallet), Brigitte Legendre (la mère de Mouchette). 1h43 soit 1h30 sur DVD, hors génériques : Donissan, vicaire chez Menou-Segrais (10'40'), Mouchette chez Cadignan puis lavant ses chaussures (9'), Mouchette chez Gallet (11'), Donissan avec Menou-Segrais (2'), La rencontre du Diable (11'), Donissan Mouchette (9').L'aveu à Menou-Segrais (2'30). Suicide de Mouchette (2'30), Mouchette portée sur l'autel (3'40), Les adieux à Menou-Segrais (5'40), A Lumbres (2'20), le miracle de l'enfant Havret (11'), Menou-Segrais à Lumbres (1'50), Agonie de Donissan (4,50'), Menou-Segrais ferme les yeux de Donissan (1'40).


Maurice Pialat, au sommet de sa popularité après Police (1985), songe à un film qui pourrait lui rapporter la palme d'or. Il connaît bien Bernanos et une adaptation serait un retour aux souvenirs heureux du tournage de La maison des bois. Le sujet n'est pas très moderne mais Thérèse, le film d'Alain Cavalier a été primé à Cannes en 1986 avant de connaître un large succès public. Trois versions du scénario sont écrites par Sylvie Danton même si, au générique, c'est Pialat, qui est crédité de l'adaptation. Celle-ci est terminée lorsque commence le tournage… où vont s'accumuler les incidents. Trois opérateurs vont se succéder sur le plateau. Si Depardieu et Sandrine Bonaire sont de l'aventure dès le départ, Pialat trouve sur place des non professionnels pour interpréter la mère de Mouchette et la mère Havret. Pour le personnage de Cadignan, il a recourt à Alain Artur, le régisseur général du film. La scène avec le docteur Gallet est d'abord tournée avec Claude Berri. Puis Jean-François Stévenin est appelé avant que Pialat ne se décide à la tourner avec son monteur, Yan Dedet, le lendemain de la fête de la fin du tournage. C'est le même Dedet qui a sauvé une première fois le film en montant la séquence de le rencontre du diable de façon convaincante alors que son tournage, commencé de jour en nuit américaine, s'était prolongé tard avec un éclairage de nuit, retardé par Depardieu qui s'en était soudainement pris violemment à son partenaire. Enfin Pialat souffre d'hypertension et, lors d'une crise, il reste reclus dans sa chambre pendant près d'une semaine, interrompant le tournage d'autant.

Adaptation improbable, casting en partie improvisé, tournage difficile, Sous le soleil de Satan va pourtant s'avérer une œuvre très personnelle et remporter, in extremis la palme d'or.

Pialat simplifie le roman en éliminant classiquement certains épisodes et personnages. Il se dispense des deux premiers chapitres du roman et des cinq derniers faisant ainsi disparaître les personnages du père de Mouchette et du romancier San-Marin. Il respecte néanmoins la succession des sept principales péripéties dramatiques : meurtre de Cadignan, refus de Gallet, rencontre avec le diable, rencontre avec Mouchette, suicide de Mouchette, Miracle de l'enfant ressuscité, mort de Donissan. A l'exception d'une courte scène, toutes les autres sont marquées par la présence de Menou-Segrais, rôle que s'est attribué Pialat et qui ponctue ainsi le film de sa présence qui va bien au-delà de celle qu'a le personnage dans le roman. De façon exemplaire, c'est par le regard de Menou-Segrais sur la tonsure de Donissan que s'ouvre le film et c'est aussi Menou-Pialat qui ferme les yeux de Donissan.

L'histoire de Mouchette qui ouvre le roman ne commence ainsi qu'après dix minutes. Elle est initiée par un regard de Donissan qui semble voir Mouchette arriver chez Cadignan. Ce raccord regard joue un peu le rôle des flashes forward qui avaient tant désarçonné les lecteurs de Bernanos qui désigne très tôt Donissan comme le futur prêtre de Lumbres, le futur saint de Lumbres. Ici, c'est aussi très tôt que le don de la vision intérieure est accordé à Donissan qui "voit" Mouchette.

Ce rapprochement brutal de ces deux séquences sera poursuivi tout au long du film qui représente ainsi une différence notable avec le roman dont le rythme est plus varié : les quatre chapitres de la première partie sont deux fois plus longs que les quatre du prologue eux même deux fois plus longs que les quinze de la seconde partie où la séquence du miracle notamment est racontée de façon hachée et fragmentaire au sein de ses dix premiers chapitres. De même, la longue agonie de Mouchette avait été racontée par une lettre où il est dit que ce n'est que dans ses derniers instants qu'elle est portée par le prêtre devant l'hôtel. Pialat au contraire met face à face le suicide de Mouchette et le miracle de l'enfant Havret : le corps soulevé de l'enfant fait écho au corps de Mouchette posé devant l'autel.

Bernanos contrebalance en effet la dimension mystico-fantastique de son roman par une affirmation renouvelée de la véracité des faits rapportés par de multiples témoins souvent au moyen de lettres. Pialat n'a pas besoin de ces précautions car, excepté cette séquence du miracle, exceptionnelle par sa durée et sa mise en scène, il gomme les aspects les plus fantastiques du roman. Le maquignon ne prend jamais l'aspect du diable, ni ne fait de tours. La vision fantastique par Donissan de sa propre personne dédoublée n'est pas visualisée par Pialat.

Le roman de Bernanos est une œuvre de combat contre une chrétienté assagie qui n'ose plus même prononcer les noms de Dieu et de Satan. Le film de Pialat une œuvre de combat contre un milieu du cinéma qui n'ose plus rien n'exiger de la mise en scène ni forcer les acteurs à donner plus que leur image. C'est une œuvre de combat pour un cinéma moderne où s'affrontent de grands blocs de séquences dans lesquels le metteur en scène exerce sa pleine maîtrise en laissant ses acteurs aller au bout d'eux-mêmes : Sandrine Bonnaire jusqu'à la blancheur hystérique, Gérard Depardieu jusqu'à l'épuisement du corps.

 


Journal d'un curé de campagne
1936

Un jeune prêtre gravement malade sans le savoir arrive dans sa première paroisse, Ambricourt. Il est animé d'un zèle dévorant mais se heurte à l'incompréhension de ses paroissiens. Les enfants du catéchisme se dérobent avec une perversité inconsciente; le châtelain, sur qui il espère s'appuyer, se ferme dès qu'il est question de sa liaison avec l'institutrice.

Au château la comtesse vit repliée sur elle-même, dans le souvenir d'un enfant mort désespérément révoltée contre Dieu. Chantal, fille unique des châtelains, est une adolescente orgueilleuse, jalouse et bouleversée par la liaison de son père. Seul, le curé de Torcy parait comprendre son jeune confrère. Avec les jours, les charges banales du ministère, le jeune prêtre se sent consumé par la solitude. Il ne peut plus prier, s'efforce d'accepter.

Une visite au château le jette au cœur du drame de la comtesse. Il vaincra cette révoltée. Réconciliée avec Dieu, la comtesse est terrassée par une crise cardiaque. Chantal fait courir le bruit que le prêtre a provoqué cette crise par sa dureté. Puis c'est le village qui l'accuse de se livrer à la boisson parce que son estomac ne peut plus supporter qu'un peu de pain trempé dans du vin. Son état s'aggrave. À Lille, il consulte un spécialiste qui lui révèle sa maladie : un cancer de l'estomac. Il meurt chez un camarade du séminaire, défroqué, en prononçant les mots qui expriment sa réussite intérieure, en dépit de son échec apparent : "tout est grâce".

1951. Robert Bresson, Journal d'un curé de campagne. Avec : Claude Laydu (Ambricourt), Jean Riveyre (Le comte), Marie-Monique Arkell (la comtesse), André Guibert (Le curé de Torcy), Nicole Maurey (Louise), Nicole Ladmiral (Chantal). 2h00.

 


Nouvelle histoire de Mouchette
1937

Mouchette, jeune Picarde de quatorze ans, s’est échappée de l’école où Madame, son institutrice, la brime cruellement. La vieille fille, dans son désir aveugle d’enseigner à tout prix et surtout de forcer les réticences, a transformé l’enfant en objet de dérision pour toute la classe. Mouchette qui n’a pas confiance dans ses propres qualités, qui se croit stupide, a développé une passivité, un repli sur soi et une sournoiserie pour protéger sa blessure de mal-aimée. Ce soir d’hiver où souffle le « vent noir », elle a choisi de regagner par le bois de Manerville la sordide masure qui abrite mal sa famille. Mais un violent orage et la nuit qui vient de tomber la désorientent tandis que la terre détrempée s’oppose à son avancée. Effondrée, trempée, épuisée, elle ne peut qu’accepter l’aide du beau braconnier Arsène qui la conduit à un de ses abris où il fait une flambée et lui offre du genièvre en guise de reconstituant. Le piégeur est ivre, déjà il manifeste son appétence pour cette jeune chair, il se répand en histoires extraordinaires pour séduire la gamine. Il a été mordu cruellement et, devant la fillette, il cautérise sans un cri la plaie avec la braise du foyer. Ils changent d’abri en pleine nuit. Mouchette, amoureuse du mauvais garçon si différent des hommes du village, le suit sans crainte. Comme il a des ennuis avec les gardes-chasse, il essaie de rendre l’enfant complice en lui proposant de livrer un faux témoignage. En effet il prétend s’être battu avec le garde Mathieu qui ne supporterait pas de voir le braconnier tourner autour de sa jeune femme, Louisa. C’est le garde qui l’aurait cruellement mordu. Arsène, gorgé d’alcool et déjà taraudé par la crise d’épilepsie qui va le terrasser en présence de Mouchette, ne se rappelle plus ce qui s’est passé alors. Il lui semble qu’il a tué le garde en le frappant au moyen d’un piège. Revenu de l’évanouissement dû à la crise et à l’alcool, il donne libre cours à son désir et violente la fillette.

Mouchette rentre chez elle endolorie, ne comprenant pas encore complètement ce qui lui est arrivé, mais pressentant le malheur, une honte secrète, qui va détruire sa raison de vivre. Elle y retrouve sa mère qui souffre d’une maladie de poitrine, dans l’indifférence générale de sa misérable famille. Le père et les fils sont partis s’enivrer. Seuls sont restés au logis la mère qui vient d’entrer en agonie et le jeune frère Gustave encore en nourrice. Au petit matin la mère meurt sans que la jeune fille, dérangée par les braillements du nourrisson, ait pu confier son trop lourd secret à sa maman. À l’aube, après être entrée sans joie dans son adolescence en défiant son père d’un vigoureux juron, elle s’enfuit de chez elle.

Chez l’épicière, Mouchette, qui s’est laissée séduire par le café et les vieux croissants, a permis aux commères d’entrapercevoir les stigmates de son agression. Elle se fait injurier ce qui redouble sa honte. En fait elle a formé le projet d’aller voir le garde Mathieu, d’aller « jusqu’au bout de son malheur ». Le garde est là, reposé, sans trace de blessure… Arsène a donc menti pour attirer la jeune fille. Le garde confirme son différend sans importance de la veille avec le braconnier, mais il apprend surtout à Mouchette qu’Arsène a été arrêté le matin même, accusé d’avoir dynamité la rivière afin de pourvoir des grossistes de la grande ville peu scrupuleux. Pour sa défense, le mauvais garçon a affirmé avoir secouru Mouchette à l’heure du délit, loin du lieu de la pêche interdite. Mouchette confirme l’alibi, ce qui lui vaut les sarcasmes de l’agent fédéral. Prise dans ses contradictions, elle laisse deviner le drame de la nuit. Voulant couvrir son beau bourreau, effrayée par la compassion féminine de Louisa, laissant libre cours à sa révolte animale, elle fanfaronne en déclarant qu’Arsène est son amant. Elle a décidé de retourner chez elle, mais sur le retour elle rencontre la gardienne des morts qui l’invite à se reposer. Mouchette est prise par la magie du lieu : un intérieur bien propret et une vieille femme douce. La vieille femme envoûte l’enfant par le récit de la mort d’une jeune fille riche qu’elle a veillée autrefois. D’ailleurs la bonne sorcière qui pratique le culte païen des morts a destiné à Mouchette les vêtements de l’antique défunte. Mouchette, dont la révolte a été vaincue par la bonté de la vieille, livre son secret hideux.

L’enfant va se rendre dans une ancienne carrière dont le fond est une mare aux eaux claires. Le lieu est ironiquement celui des rencontres amoureuses de ses compagnes. C’est là que Mouchette va célébrer ses épousailles avec la mort. Après avoir revêtu maladroitement et avec rage les habits de la belle jeune fille défunte, elle se noie. (source : www. étudeslittéraires.com)

 

1967. Robert Bresson, Mouchette. Avec : Nadine Nortier (Mouchette), Jean-Claude Guilbert (Arsène), Maria Cardinal (La mère de Mouchette), Paul Hébert (Le père de Mouchette), Jean Vimenet (Mathieu), Marie Susini (La femme de Mathieu). 1h18.

 


Le dialogue des Carmelites
1949

Durant la Révolution française, le clergé est persécuté. C'est la période de la Terreur. Dans un carmel à Compiègne, la vie des religieuses bascule.

1960. Philippe Agostini, Raymond Leopold Bruckberger Le dialogue des Carmelites. Avec : Jeanne Moreau, Alida Valli, Pierre Brasseur. 1h52.