KKim Hye-ja, une veuve, élève son fils unique Do-joon qui est sa seule raison d'être. A 28 ans, il est loin d'être indépendant et sa naïveté le conduit à se comporter parfois bêtement et dangereusement ce qui rend sa mère anxieuse. Ainsi s'en est-il pris à de riches professeurs d'université qui l'avaient frôlé avec leur Mercedes. Sous l'impulsion de son ami Jin-tae, il les a poursuivis jusqu'au terrain de golf. Jin-tae a cassé un rétroviseur de la Mercedes et si lui, trop maladroit, n'y est pas arrivé, il les a quand même combattus à coups de poings. Arrêtes par la police qui souhaiterait classer l'affaire, Do joon avoue pourtant qu'il est responsable du très cher rétroviseur cassé comme s'en plaint Jin-tae, qui sait se tirer d'affaire en comptant sur les trous de mémoire de Do-joon, par ailleurs très influençable.

Tout en réconfortant son fils et en s'inquiétant de sa sexualité, Hye-ja se demande comment, elle va payer le rétro. Elle demande un prêt à son amie photographe sur laquelle elle pratique l'acuponcture au noir et abreuve de potion pour qu'elle puisse être enceinte.

Un soir, alors qu'il a attendu vainement Jin-tae dans un bar, Do-joon suit une lycéenne qui se cache à son approche. Le lendemain, la fille est retrouvée morte et Do-joon est accusé car on a retrouvé une de ses balles de golf près du corps.

Afin de sauver son fils, sa mère remue ciel et terre mais l'avocat incompétent qu'elle a choisi ne lui apporte guère d'aide. La police classe très vite l'affaire. Comptant sur son seul instinct maternel, ne se fiant à personne, la mère part elle-même à la recherche du meurtrier, prête à tout pour prouver l'innocence de son fils...

Bong met en scène une société coréenne totalement gangrenée par l'irresponsabilité, l'impossibilité de lier raisonnablement action et réaction et où l'individu ne peut être défendu que par une pulsion archaïque : les liens du sang indéfectibles et rétrogrades liés à un traumatisme initial.

La gangrène sociale affecte toute la construction du film depuis sa structure jusqu'au maniérisme du plan en passant par les fausses pistes dramatiques ou liées au montage.

Forme classique gangrenée

Au niveau de la structure du film, le plan initial est un flash-forward que l'on comprend après l'incendie provoqué par la mère suite à la révélation du brocanteur. Celui-ci prend en charge le flash-back explicatif ; flash-back qui révèle lui-même une ellipse du récit, à peine indiquée par un faux raccord.

Le maniérisme du plan est manifeste dans celui où la mère, devant l'arrêt de bus, verse les médicaments dans le gosier de son fil alors que celui-ci urine contre un pan de mur bleu. La position incongrue du cadavre, l'eau qui atteint le doigt de Jin-tae, l'enfant et mère vus en plongée verticale viennent dire qu'une signification plus haute que celle contenue dans l'histoire est à chercher.

Les fausses pistes dramatiques concernent les coupables possibles : Jin-tae, des puritains du quartier ayant voulu exposer la pécheresse, des membres honorables de ce même quartier ayant commandité les deux voyous pour récupérer les photos du portable, le brocanteur.

Celles-ci sont subtilement mises en scène d'une part avec le gimmick (espèce d'idiot) qui fait réagir violemment Do-joon lorsqu'on le traite ainsi, dans le commissariat, le détenu dans la prison qui trouve son aboutissement dans le flash-back. Le sang qui coule du nez de "Riz sauté" révélé par la photographe nous indique dès le départ qu'il s'agit d'une fausse preuve qui est recueillie contre JP par la police.

Le montage contribue également à brouiller les pistes : le doigt coupé monté en alternance avec la rue où une voiture va renverser Do-joon, le défilement des photos du portable avec le souvenir enfin revenu à Do-joon... qui, devant la solution apportée par la mère décide de ne pas tout révéler.

Rancoeur et souvenirs douloureux

Dans cette société où la police se contente des pistes les plus simples, payent les plus fragiles : Do-joon, JP, le brocanteur sans oublier "Riz sauté".

Hye-ja aurait sans doute préféré un fils innocent ou peut-être un fils se croyant innocent. Pourtant Do-joon s'y prend délicatement pour annoncer sa culpabilité à sa mère lui indiquant pourquoi le coupable a porté le corps en haut de l'immeuble, non pas pour l'exposer à la vue de tous comme un linge sale, mais pour que quelqu'un vienne la porter à l'hôpital. En lui remettant sa boite d'aiguilles pour l'acuponcture, il lui indique aussi qu'il sait jusqu'où elle est allée pour le défendre.

Hye-ja n'a plus qu'à se piquer la cuisse pour oublier rancoeur et souvenirs douloureux, entre elle et son fils deux meurtres biens réels ont définitivement anéanti leur innocence.

Jean-Luc Lacuve le 31/01/2010

 

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Mother
2009
Genre : Film noir
Cannes 2009 :  Un certain regard (Madeo). Avec : Kim Hye-ja (la mère), Won Bin (Do-joon), Jin Ku (Jin-tae), Je-Mun (le lieutenant) et Hong-Jo (le sergent). 2h09.