Ennée et Anchise 1619 Rome, Galerie Borghèse
Le rapt de Proserpine 1622 Rome, Galerie Borghèse
David 1624 Rome, Galerie Borghèse
Apollon et Daphné 1625 Rome, Galerie Borghèse
Fontaine des tritons 1635 Rome
Fontaine des quatre rivières 1651 Rome
La vérité 1652 Rome, Galerie Borghèse
Extase de sainte thérèse 1652 Rome
Trône de saint Pierre 1666 Rome
La bienheureuse Ludovica Albertoni 1674 Rome
Tombeau d'Alexandre VII 1678 Rome

Sculpteur et architecte italien né à Naples le 7 décebre 1598, mort à Rome le 28 novembre 1680, maître de l'art baroque. Fils du peintre et sculpteur Pietro Bernini, il manifeste très tôt des dons exceptionnels que ne tarde pas à remarquer le pape Paul V à qui l'enfant est présenté. A la vue d'un dessin que, sur sa demande, Lorenzo venait de faire en quelques traits de plume : "Cet enfant, dit le pape, sera le Michel-Ange de son siècle", et il confia le soin de diriger ses études au cardinal Barberini, depuis Urbain VIII. À quatorze ans, il sculpte le buste du cardinal Borghèse. Avant l'âge de dix-huit ans, il fera courir les foules qui s'empressent de trouver les oeuvres du jeune prodige (David et les groupes d'Enée, de Daphné et de Proserpine) supérieures même à la statuaire antique

Grégoire XV ne fut pas moins bienveillant que Paul V pour le Bernin ; il le créa chevalier de l'ordre du Christ et, quand le pape mourut, l'artiste reconnaissant veilla jusqu'au dernier moment près du lit de son bienfaiteur. Un mois après, Urbain VIII prenait la tiare et, le jour de son couronnement, il accueillit son ancien protégé en lui disant: "C'est un grand bonheur pour vous, Cavalier, de voir le cardinal Barberini élevé à la papauté, mais c'est pour nous un bonheur encore plus grand que le Cavalier Bernin vive sous notre pontificat." Pendant les onze années de son règne, il lui montra toujours une affection paternelle et l'admit dans sa familiarité la plus intime.

Après lui avoir imposé pendant deux ans une étude particulière de la peinture et de l'architecture, il le chargea d'élever sous la coupole de Saint-Pierre une construction monumentale. Bernin lui présenta le projet du baldaquin et suggéra l'idée de prendre pour l'exécuter les poutres en bronze du Panthéon. Il acheva en neuf ans cette œuvre dont les proportions colossales font presque oublier le mauvais goût. II eut aussi à décorer les quatre piliers qui supportent la coupole, travail qui plus tard lui suscita bien des ennuis. On prétendit en effet qu'il avait diminué la solidité des piliers, que des lézardes s'étaient produites dans la coupole, d'où la nécessité de l'entourer d'un cercle de fer. Rien n'était vrai dans ces allégations d'une envieuse malignité. Les cages d'escaliers dans l'intérieur des piliers dataient de la construction primitive, les lézardes et le cercle de fer étaient du XVIe siècle.

Tout en dirigeant ces grands travaux, Bernin s'occupait d'autres ouvrages, moins importants, mais d'un meilleur goût, comme la statue de sainte Bibiane, et le tombeau de la comtesse Mathilde. Il ne s'accordait pas de repos, ses forces s'épuisèrent, il fut pris de fièvre et l'on craignit pour sa vie. La consternation fut générale, le pape ordonna que son médecin vit le malade deux fois chaque jour et, lui-même, accompagné de seize cardinaux, il alla le visiter. Pendant sa convalescence, trop faible encore pour reprendre son travail habituel, Bernin s'avisa d'écrire des comédies qui furent jouées, avec le plus grand succès, par ses amis et ses élèves. En 1639, cédant à l'insistance du pape, il se maria et, de préférence aux grands et riches partis qui s'offraient à lui, il choisit dans une famille honorable, mais de condition assez modeste, une charmante jeune fille. Cette union fut heureuse. Le nom du maître était célébre alors, non seulement en Italie, mais dans les pays étrangers. Philippe IV, d'Espagne, lui commandait un grand crucifix en bronze pour l'Escurial; le duc de Modène, le roi Charles 1er, le cardinal de Richelieu voulaient avoir leur buste de sa main. Pendant les dernières années d'Urbain VIII, il fit encore un nombre de travaux considérable. La façade du palais Barberini le classa parmi les maîtres en architecture; il construisit la fontaine de la Barcaccia; celle du Triton et beaucoup d'autres; il éleva les deux malheureux clochers du Panthéon et l'une des deux tours commencées par Charles Maderne et qui devaient surmonter la façade de Saint-Pierre. Ses ennemis lui rendirent le service de faire abattre, sous Innocent X, cet ouvrage inachevé. Enfin, Urbain VIII chargea le Cavalier de lui préparer un tombeau qui ne fut terminé qu'après la mort de ce pontife.

Innocent X, qui lui succéda, était l'ennemi des Barberini, les créatures d'Urbain VIII, et Bernin au premier chef, tombèrent en disgrâce, mais le Cavalier comptait à Rome beaucoup d'amis de haut rang, et l'un d'eux, le cardinal Cornaro, lui commanda le groupe de Sainte Thérèse. Le travail est d'une extrême finesse, mais l'expression voluptueuse de la sainte et le sourire peu céleste de l'ange font penser à l'amour profane plutôt qu'à l'amour divin. C'était l'œuvre préférée du maître.

Innocent X avait demandé aux principaux architectes de Rome, sauf au Bernin, un projet de fontaine pour la place Navone, mais aucun de ces dessins ne le satisfaisait. Un modèle fait par le Bernin à la demande du prince Ludovisi, fut placé comme par hasard sur le passage du pape et lui plut tellement que, le jour même, il manda le Cavalier et le chargea de construire la fontaine. Quand elle fut achevée, il vint la voir, en fut enchanté, puis demanda quand les eaux joueraient. Bernin répondit qu'il mettrait tout son zèle à satisfaire au plus tôt Sa Sainteté ; sur quoi le pape lui donna sa bénédiction et partit, mais à peine eut-il fait quelques pas qu'il entendit le bruit des cascades et, ravi du spectacle qu'elles présentaient. "Bernin, dit-il, cette charmante surprise me fera vivre dix ans de plus." A partir de ce jour, il lui témoigna la plus grande bienveillance, disant que "le Bernin était né pour vivre avec les princes". En effet dans sa longue carrière au service de neuf papes, le Cavalier dut leur constante faveur à ses qualités de parfait courtisan non moins qu'à son mérite. Parmi les nombreux travaux qu'il fit on commença sous Innocent X, on peut citer le tombeau de Santa Francesca Romana et le palais de Monte Citorio, l'un de ses meilleurs ouvrages.

Alexandre VII (Chigi), dès avant sa promotion au cardinalat, était lié d'amitié avec Bernin. Parvenu à la papauté, il le nomma architecte de la Chambre, et le Cavalier conserva toujours cette charge très enviée. Il était alors au comble de la gloire et de la fortune. Christine de Suède, retirée à Rome, le visitait dans son atelier et touchait de sa main l'habit poudreux du sculpteur. Le pape voulut aussi, comme Urbain VIII, l'honorer de sa visite et l'idolâtrie populaire s'accrut encore en le voyant se placer au rang des grands maîtres par ses deux plus beaux ouvrages d'architecture: la colonnade de la place Saint-Pierre et l'escalier royal du Vatican. La colonnade et les galeries rectilignes, qui font suite à ses avenues demi-circulaires, dissimulent dans leur admirable perspective l'irrégularité du terrain et le défaut d'harmonie que présentaient les lignes des deux places. C'est un décor sans rival. En refaisant l'escalier royal, Bernin se montra constructeur de premier ordre et non moins habile dans l'ornementation.

II exécuta ou dirigea sous le pontificat d'Alexandre VII d'autres travaux, statues, églises, palais, etc., en nombre incroyable, et qui, pour la plupart, furent achevés dans l'espace de dix ans. De plus, il commença la grande composition de la tribune dans l'abside de Saint-Pierre. Cet immense décor est, dit Cicognara, une des oeuvres les plus grandioses du Bernin, mais de son plus mauvais goût. Il fut exécuté en trois ans.

Pendant qu'il dirigeait ces immenses travaux, le Cavalier fut appelé en France. Louis XIV voulait achever le Louvre. Colbert, peu satisfait des plans que lui soumettaient les artistes français, résolut de consulter les architectes de Rome et notamment le Bernin. Le projets des autres maîtres italiens ne furent pas agréés ; celui du Cavalier fut aussi l'objet de critiques dont s'offensa la vanité du maître; il consentit pourtant, sur les instances du cardinal légat et de l'ambassadeur de France, à envoyer de nouveaux plans qui plurent davantage; mais pour s'entendre à ce sujet plus facilement, on résolut de faire venir le Bernin à Paris. Louis XIV écrivit au pape, pour lui demander qu'il permît à Bernin de quitter Rome, et adressa, par courrier exprès, au Cavalier, la lettre la plus flatteuse. L'ambassadeur de France se rendit en pleine cérémonie au Vatican, puis à la demeure du Bernin pour remettre au Saint-Père et au Cavalier les lettres du roi.

Bernin partit de Rome, au mois d'avril 1665, avec son fils Paolo, deux de ses élèves et quatre personnes de suite, défrayé de tout, voyageant comme un souverain, et reçu avec les plus grands honneurs dans les cours de Florence et de Turin, puis dans les grandes villes de France. Près de Paris, il trouva un gentilhomme attaché à la personne de Louis XIV, M. de Chantelou, que le roi avait chargé de l'accompagner partout et de lui servir d'interprète. Un hôtel somptueux l'attendait et un carrosse de la cour était à sa disposition. Colbert vint lui souhaiter la bienvenue et le présenta au roi, à Saint-Germain; il lui fit, ainsi que Chantelou, les honneurs de Paris, où le Cavalier ne trouva guère à louer que la fontaine des Innocents, le Luxembourg et la fresque de Mignard au Val-de-Grâce. Les Tuileries lui parurent une "grande petite chose".

Le roi lui demanda de faire son buste en marbre et vint poser dix fois dans son atelier. Ce buste est à Versailles, dans la galerie de Diane. L'esprit du Cavalier et sa finesse de courtisan furent appréciés; mais ses critiques, justes quelquefois, et sa dédaigneuse vanité firent une impression fâcheuse. II recevait mal les observations de Colbert sur les plans du Louvre. Dans son projet, la cour du Louvre prenait la forme d'une croix grecque et les chefs-d'œuvre de Pierre Lescot et de Paul Ponce disparaissaient en grande partie. Il n'avait d'ailleurs aucun souci de l'aménagement intérieur et de la distribution des logements, pas même de celui du roi, disant que cela regardait le grand maréchal des logis. Ce qu'on a dit de son admiration pour l'œuvre de Perrault est du reste complètement dénué de fondement. La colonnade du Louvre n'était pas commencée et le Cavalier ne paraît pas en avoir vu le projet. Enfin, le 17 octobre le roi posa en grande cérémonie la première pierre de la façade du Louvre. Le 20, Bernin quitta Paris, magnifiquement rémunéré par Louis XIV. On crut voir cependant qu'il était peu satisfait et l'on fut surpris, non sans raison, qu'il n'eût remercié ni le roi, ni Colbert.

De retour à Rome, il reprit le cours de ses grands travaux. Clément IX, Clément X et Innocent XI lui montrèrent autant de bienveillance que leurs prédécesseurs. Sous Clément IX il fit, pour le pont Saint-Ange, les statues qui le décorent. Vers le même temps, il exécuta la statue équestre de Louis XIV, qui, plus tard, apportée à Versailles, fut transformée en Marcus Curtius et placée près de la pièce d'eau des Suisses. Sous Innocent XI, Bernin termina le tombeau d'Alexandre VII, le dernier de ses ouvrages importants. Il n'avait rien perdu de son activité juvénile, quand, à l'âge de 82 ans, il fut frappé d'apoplexie et mourut quelques jours après. On lui fit des funérailles magnifiques, et il fut enterré à Sainte-Marie-Majeure. Le Bernin était de taille médiocre, assez maigre; il avait le teint brun, les cheveux et les yeux noirs, le nez aquilin, une physionomie imposante et très expressive. II était fort irascible, il parlait facilement et avec esprit. Aucun statuaire n'a tant produit. Il exécuta de sa main trente-sept bustes et cinquante-huit statues; de plus, cinquante ouvrages d'architecture furent élevés par lui-même ou sur ses plans. On le regarde généralement comme personnifiant, surtout en sculpture, le mauvais goût de la décadence et, s'il ne fit que suivre à cet égard la tendance de son siècle, on peut dire que par ses talents mêmes et son incontestable supériorité, plus que personne il en hâta les progrès.

source: A. Le Pileur, article "Bernini" de La grande encyclopédie réalisée par une société de savants et de gens de lettres, tome sixième, p. 390-392.


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